26 Mars 2012  |  Édito
Publié dans Sécurité Environnement 02/2012

Éditorial (2/2012)

Les biocarburants sont-ils un faux-semblant écologique?
La prise de conscience de la limite des réserves de pétrole, la nécessité de réduire les émissions de gaz carbonique à effet de serre font que nous sommes dans une période où il est urgent de trouver des énergies de substitution. De ces points de vue, notre société semble actuellement favorable à la production de biocarburants à partir de matériaux organiques provenant, par exemple, de la culture de végétaux. Ils pourraient constituer une excellente alternative d’avenir aux produits pétroliers. En particulier dans le domaine des transports où ils ont un rendement supérieur à celui de l’essence. De plus, leur faible taux d’émission de gaz à effet de serre font d’eux un moyen efficace de lutte contre les changements climatiques. Les pays européens projettent de parvenir d’ici 2020 à ce que l’énergie renouvelable intervienne pour au moins 10 % dans le transport. Les biocarburants viendraient certainement en premier lieu.
Cela suffit-il à faire des biocarburants une alternative crédible et d’être des produits capables à eux seuls de remplacer le pétrole tout en répondant aux engagements communautaires des énergies renouvelables? Non, car selon certaines hypothèses, la surface agricole qu’il faudrait dédier à la production de biocarburants afin de remplacer, dans toute l’Union européenne, l’équivalent de 5,75 % selon le contenu énergétique des carburants, dépasserait 14,5 millions d’hectares, soit trois fois la superficie de la Suisse. De plus, il ne faut pas oublier que la production de ces biocarburants engendrerait des rejets polluants. Selon une étude américaine, l’énergie dépensée par le processus de fabrication du bioéthanol étant même de 29 % supérieure à l’énergie contenue dans celui-ci.
A titre d’exemple, l’usine coopérative Eco Energie Etoy, seule entreprise romande à produire du biocarburant à partir de colza, risque de devoir fermer. En effet, elle doit prouver que ses activités ont un bilan écologique acceptable. En outre, elle n’est plus exemptée d’une taxe sur les carburants qui s’élève à 80 centimes le litre et a pour conséquence d’augmenter les coûts d’exploitation.
Actuellement, la production des biocarburants doit encore faire ses preuves pour une utilisation à grande échelle. Il s’agit avant tout de leur attester des qualités écologique, tout en tenant compte de leur méthode de fabrication, du développement rural, de la protection du droit à la terre et de leurs impacts sur la biodiversité, la pollution des sols et la sécurité alimentaire. En conclusion, la production de biocarburants en alternative à l’énergie fossile n’est pas encore réaliste.
 
Par James Dettwiler


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