28 Mai 2020  |  Environnement
Publié dans Sécurité Environnement 01/2020

Les tourbières du Vieux Continent se meurent

Georges Pop

Le constat est alarmant : au cours de ces 300 dernières années, depuis le début de l’ère industrielle, les tourbières européennes ont subi un assèchement généralisé dû essentiellement aux activités humaines. Or, ces biotopes contribuent fortement à l’équilibre écologique de la planète en absorbant bien plus de CO2 qu’elles n’en rejettent. La fonction de puits de carbone joué par les tourbières est désormais menacée, selon une étude à laquelle a contribué Edward Mitchell, professeur de biologie à l’Université de Neuchâtel où il dirige le Laboratoire de biodiversité du sol. 

Les 38 co-auteurs de la recherche, dont les conclusions ont été publiées dans la revue de référence Nature Geoscience, ont examiné une trentaine de tourbières situées en Grande-Bretagne, en Irlande, en Scandinavie et en Europe continentale, et notamment en Suisse. Ils ont observé à partir des subfossiles végétaux et des amibes qui peuplent ces zones humides, que 60 % des sites étudiés se sont davantage asséchés entre le début du XIXe siècle et l’an 2000, qu’au cours des 600 dernières années. De plus, 40 % de ces biotopes étaient plus secs ces deux derniers siècles qu’au cours des 10 siècles qui ont précédé et 24 % plus secs qu’il y a 2000 ans. Suivant leurs conclusions, « l’humidité de nombreuses tourbières européennes pourrait maintenant s’éloigner de son niveau naturel ».
 
Les tourbières, comme celle du Marais Rouge, près des Ponts-de-Martel (NE), retiennent à elles seules le tiers du carbone terrestre de surface. (© myswitzerland)

 
Des puits de carbone menacés
Les chercheurs craignent qu’à terme, si ce processus persiste, voire s’amplifie, les tourbières ne passent de la fonction de puits de carbone à celle de nouvelle source de CO2, ce qui contribuerait à accélérer l’effet de serre. Ils soulignent que les tourbières retiennent à elles seules le tiers du carbone terrestre de surface, alors qu’elles ne représentent en superficie qu’à peine 3 % des terres émergées. Ils demandent une gestion et une restauration urgente de ces milieux.
En Suisse, Edward Mitchell a notamment analysé deux tourbières altérées par les activités humaines : celle de Praz-Rodet dans la Vallée de Joux (VD) et celle de Mauntschas en Engadine (GR). La première, située à un peu plus de 1000 m d’altitude, autrefois en partie exploitée, est encore partiellement préservée mais souffre de la déforestation environnante, les zones boisées ayant été transformées en pâturages. Jadis protégée des vents grâce à la forêt, la tourbière est désormais sujette à leur effet desséchant. Quant à la seconde, située à plus de 1800 m d’altitude, non loin de certaines pistes de ski, il est manifeste qu’elle s’assèche fortement sous l’effet du réchauffement climatique.
 
La tourbière qui se trouvait dans la région de Kloten a été asséchée pour permettre le développement de l’aéroport.
 
 
Restaurer les zones humides sans attendre
« Il faut savoir que 90 % des tourbières suisses ont été détruites pour des raisons qui touchent à l’agriculture ou à l’aménagement du territoire. C’est le cas par exemple à Kloten avec le développement de l’aéroport », observe Edward Mitchell. « Quant aux 90 % de celles qui restent, elles sont menacées par le risque qu’elles relâchent à terme dans l’atmosphère le CO2 qu’elles retiennent ». Le processus n’est cependant par irréversible, explique le biologiste : « Pour restaurer la plupart de ces zones humides, il suffirait le plus souvent de supprimer les drainages qui ont été aménagés précédemment et qui les privent de l’eau dont elles ont besoin. Il suffirait de restaurer l’environnement initial. Mais il est urgent de le faire ! Faute de quoi, elles perdront leur statut de puit de carbone et passeront à celui d’émetteur de CO2 ».
Les travaux du biologiste neuchâtelois et de ses collègues européens mettent en lumière un paradoxe : nombre de gouvernements ainsi que les opinions publiques des pays du Nord s’alarment de la destruction des forêts primaires. Ils semblent cependant négliger encore le sauvetage de leurs propres zones humides, qui pourtant jouent un rôle comparable dans l’équilibre climatique. Selon l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), les marais suisses sont certes protégés depuis 1987 et il est interdit d’en extraire de la tourbe. Cependant, d’après certaines estimations, jusqu’à 524’000 m3 de tourbe sont importés chaque année. Afin de réduire les dommages écologiques commis hors du territoire helvétique, le Conseil fédéral a adopté, il y a quelques années, un plan d’abandon de la tourbe qui prévoit, dans une première phase, la prise de mesures volontaires par le secteur privé. Le moment est peut-être venu de passer à des mesures plus contraignantes, tout en songeant à restaurer ici ce qui peut encore l’être.

Prof. Edward Mitchell
Laboratoire de biodiversité du sol
UNINE    
Tél 032 718 23 45
Edward.mitchell@unine.ch


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