16 Avril 2020  |  Sécurité
Publié dans Sécurité Environnement 01/2020

Un chantier de 15 ans pour démanteler la centrale de Mühleberg

Georges Pop

Le vendredi 20 décembre dernier, à 12 heures 30 précises, la centrale nucléaire de Mühleberg (CNM) a été définitivement mise à l’arrêt, après 47 ans de service. Sous les caméras de la chaîne de télévision alémanique SRF, les techniciens de la centrale ont procédé à sa déconnexion manuelle en appuyant sur deux boutons, première étape d’un démantèlement méthodique qui, sécurité oblige, va durer au moins jusqu’en 2034. Plus de 200 personnes travailleront sur le chantier. La désaffection d’une centrale nucléaire helvétique qui alimentait le réseau est une première. Une page du nucléaire suisse se tourne.

Les préparatifs en vue du démantèlement complet de la centrale bernoise ont commencé au début de ce mois de janvier, moins d’un mois après sa mise à l’arrêt. L’exploitant, BKW SA, les Forces motrices bernoises, indique que les combustibles radioactifs vont, dans un premier temps, être entreposés dans la piscine de désactivation de la centrale. Ce n’est qu’à partir de l’année prochaine qu’ils seront progressivement acheminés jusqu’au centre de stockage intermédiaire de Würenlingen, dans le canton d’Argovie, géré par la société Zwischenlager Würenlingen AG. C’est là que sont déjà entreposés les déchets issus du démantèlement de la centrale nucléaire expérimentale de Lucens, dans le canton de Vaud, fermée en 1969 après la fusion partielle du cœur de son réacteur à la suite d’un problème de refroidissement. Cet accident reste le plus grave de l’histoire nucléaire suisse.
 

La centrale nucléaire de Mühleberg produisait 5 % des besoins suisses en électricité. Elle a été arrêtée le 20 décembre dernier. (© BKW)
 
 
Démontage, décontamination et conditionnement
Selon le calendrier prévu par BKW SA, vers la fin 2024 tous les combustibles devraient avoir été évacués du site de Mühleberg. Plus de 98 % de la radioactivité aura alors été théoriquement éliminée. Parallèlement, la salle des machines sera vidée et adaptée en vue du traitement des matériaux. « Les premières opérations de démontage commenceront là où cela sera possible », assurent prudemment les responsables du chantier.
Il est prévu que les parties restantes du site qui ont été en contact avec la radioactivité seront démontées à partir de 2025. Le démontage des parties fortement contaminées s’effectuera sous l’eau, celui de la plupart des autres composants dans la salle des machines. Les éléments ainsi récupérés seront « dans la mesure du possible » décontaminés et les débris conditionnés. Les matériaux décontaminés seront mis en décharge comme des déchets ordinaires ou recyclés. Quant aux déchets radioactifs, ils seront à leur tour expédiés puis entreposés dans le centre de stockage de Würenlingen.
À la fin de l’année 2030, toutes les sources radioactives devraient, en principe, avoir été éliminées de la centrale. Les lieux seront alors soumis au contrôle des autorités compétentes qui devront constater l’absence de sources de rayonnements. Si c’est bien le cas, la reconversion du site pourra être validée. Quant aux travaux de démantèlement conventionnels, ils ont été planifiés à partir de 2032. Si aucun projet de reconversion n’est proposé ou retenu, les bâtiments de la centrale seront détruits. Les déchets issus de la démolition seront soit recyclés, soit mis en décharge. Aussitôt le chantier parachevé, en 2034 selon le plan, le site pourra être réaménagé. Pour autant forcément que tout se passe comme prévu !
 

Le démantèlement méthodique de la centrale prendra au moins 15 ans. Il produira 200’000 tonnes de déchets dont 8 % sont radioactifs. (© BKW)
 
 
La question des déchets radioactifs
L’exploitant précise que le démantèlement de la centrale nucléaire de Mühleberg produira quelque 200’000 tonnes de déchets. Selon ses estimation, 8 % d’entre eux - soit 16’000 tonnes - seront radioactifs. « Mais la plus grande partie le sera faiblement », souligne-t-il en assurant que « ces matériaux pourront être décontaminés avant d’être réutilisés ou éliminés comme des déchets de construction ordinaires. Au final, il restera à peine 2 % de déchets radioactifs qui devront être soumis à une procédure d’élimination spécifique ».
Quelle est la quantité de déchets radioactifs qui, à terme, devra faire l’objet d’un stockage géologique en profondeur pour protéger la population et l’environnement ? Pas de réponse précise pour l’immédiat ! La Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs (Nagra) est, quant à elle, toujours à la recherche d’un site de stockage définitif sur le territoire suisse. Le site de Bülach dans le canton de Zurich est actuellement en cours d’évaluation. Il pourrait apparemment faire l’affaire. Mais rien n’est encore acquis ! Et il faudra compter sans doute avec les oppositions de la population qui risquent tôt ou tard de faire obstacle aux projets de la Nagra !

Un coût total supérieur à 2 milliards de francs
Les dépenses liées au démantèlement ainsi qu’au stockage des déchets sont, quant à elles, entièrement à la charge de l’entreprise exploitante. La désaffectation de la centrale, qui coûtera sur le papier 927 millions de francs, sera financée par les réserves et les payements consentis au Fonds fédéral de désaffectation. À quoi il faut ajouter les coûts de la gestion des déchets dangereux, qui sont estimés à 1,4 milliard de francs, couverts par les contributions versées au Fonds fédéral de gestion des déchets radioactifs. Ces deux fonds sont gérés par la Confédération. C’est elle qui fixe le montant des contributions.

Réactions et questions
Le 20 décembre dernier, un petit groupe de militants écologistes a manifesté sa joie devant le siège de BKW SA au moment de l’arrêt de la centrale. Les partisans de l’énergie nucléaire, de leur côté, ont exprimé leur inquiétude quant à l’avenir de l’approvisionnement énergétique en Suisse. En attendant une transition vers les énergies renouvelables une partie de l’électricité qui ne sera plus produite à Mühleberg (5 % du besoin national) sera compensée par des importations de France et d’Allemagne, deux pays où l’atome, pour le premier, et le charbon, pour le second, sont largement exploités pour produire du courant électrique.
Qualifié d’ « historique » par la presse, le premier chantier de démantèlement d’une centrale nucléaire en Suisse - si l’on excepte celui du Lucens - laisse non seulement ouvertes passablement de questions sur l’avenir énergétique du pays, il autorise aussi une appréhension légitime sur un processus sécuritaire extrêmement complexe, certes minutieusement préparé et planifié, mais qui reste sujet à des imprévus.
 
À propos de la centrale de Mühleberg
La centrale nucléaire de Mühleberg est située 15 km en aval de Berne et à 70 km au nord-est de Lausanne. Elle utilise les eaux de l’Aar pour le refroidissement de son unique réacteur. Mise en service le 6 novembre 1972, elle fut la deuxième centrale nucléaire à être exploitée en Suisse et l’une des plus anciennes au monde, après Beznau 1, mise en service le 1er septembre 1969 sur le territoire de la commune de Döttingen, dans le canton d’Argovie. La centrale est équipée d’un unique réacteur à eau bouillante (REB) d’une puissance thermique maximale de 1097 MW.Sa génératrice, d’une puissance électrique de 335 MW, en fait la plus petite centrale nucléaire suisse en termes de puissance délivrée sur le réseau. Depuis le début de son activité, la puissance électrique de la génératrice a été modifiée à plusieurs reprises : elle était de 320 MW lors de sa mise en service jusqu’en mars 1993, de 336 MW jusqu’au 11 novembre 1993 et est de 335 MW à partir de cette date. Le 30 octobre 2013, l’exploitant, la société BKW Energie SA, avait annoncé la fermeture de la centrale pour décembre 2019, en raison des investissements trop coûteux pour la poursuite de son exploitation.
 
 
BKW SA
3013 Berne
Tél. 058 477 51 11
www.bkw.ch


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