13 Décembre 2018  |  Environnement
Publié dans Sécurité Environnement 03/2018

Les produits chimiques stagnent dans les plastiques du Léman

Des chercheurs des universités de Genève et de Plymouth ont détecté des niveaux élevés de métaux lourds – dépassant le maximum autorisé par la législation européenne – dans les plastiques collectés sur les berges du lac Léman, reflétant ainsi les dégâts de «l’ère plastique».

Pour la première fois, une analyse chimique des plastiques collec­tés sur les plages du lac Léman a été effectuée par des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) et de l’Université de Plymouth. Celle-ci révèle la présence de cadmium, de mercure et de plomb – parfois à des concentrations très élevées, dépassant le maximum autorisé par la législation européenne.
L’abondance des produits chimiques toxiques, maintenant restreints ou interdits dans la production de plastique, reflète l’âge de l’ère du plastique. Cette étude – l’une des rares à examiner les plastiques dans les lacs d’eau douce – indique que comme les océans, les habitats d’eau douce sont également affectés par ce type de pollution. Ces résultats ont été publiés dans la revue Frontiers in Environmental Science.
 
Des plastiques récoltés sur la plage de la Mala­daire à La Tour-de-Peilz en mars 2016. (© UNIGE Montserrat Filella)

 
L’impact des déchets plastiques sur la faune et la flore
Afin d’évaluer l’impact des débris plastiques sur la faune et la flore, notamment par la toxicité des produits chimiques qu’ils contiennent, l’étude s’est penchée sur une collecte de plastique effectuée sur les rives du Léman en mars 2016.
«Les débris de plastique dans les lacs d’eau douce sont susceptibles de poser les mêmes problèmes à la faune que les plastiques marins. À cet égard, l’enchevêtrement et l’ingestion sont les plus préoccupants», explique Monteserrat Filella, chercheuse au Département F.-A. Forel de la Faculté des sciences de l’UNIGE. «Les produits chimiques dan­gereux que nous trouvons associés à ces plastiques sont également préoccupants. Quand ils sont ingérés par les animaux, les conditions acides et riches en enzymes de l’estomac peuvent accélérer la vitesse à laquelle ces toxines sont libérées dans le corps, affectant les ani­maux concernés», ajoute-t-elle.
 
À chaque étendue d’eau, sa pollution
Les chercheurs de l’UNIGE ont collecté des déchets sur douze plages de galets autour du lac Léman, l’une des plus grandes étendues d’eau douce d’Europe occidentale. Ils y ont trouvé plus de 3000 débris de plastique contenant des objets identifiables (jouets, stylos, cotons tiges, tuyaux, cache-pots, emballages alimentaires), ainsi que des fragments de plastique, y compris de la mousse expansée et du polystyrène.
«Une grande partie des déchets plastiques étaient similaires à ceux que l’on trouve sur les plages marines, à savoir des bouteilles, des pailles et du polys­tyrène», explique Montserrat Filella. «En revanche, il y avait une absence de granulés utilisés comme base pour la production de plastique et une plus faible incidence de fibres filamenteuses prove­nant de la pêche commerciale, comme des cordes, filets, etc.», poursuit-elle. L’absence de ces éléments, souvent dominants sur les plages marines, peut être attribuée aux différences dans l’utilisation du milieu marin et du lac Léman.
 
Des débris de plastique contenant du cadmium découverts sur les rives du lac Léman en mars 2016. (Photo: Montserrat Filella)
 
 
L’analyse chimique révèle de dangereux produits
Plus de six cents des articles en plastique collectés représentant les dif­férents types de déchets trouvés, ont ensuite été analysés pour la re­cherche des toxines, en utilisant la fluorescence X. Cette technique non destructive permet de déterminer la composition chimique des matériaux.
«Nous avons détecté la présence fréquente d’éléments dangereux, tels que le brome, le cadmium, le mercure et le plomb, dans des concentrations très élevées dans certains cas», explique Andrew Tur­ner, professeur agrégé en sciences de l’environnement à l’Université de Plymouth.
L’abondance de ces éléments toxiques, qui sont main­tenant restreints ou interdits, reflète combien de temps le plastique a séjourné dans le lac. Le mercure, par exemple, est un métal qui n’a pas été utilisé dans les matières plastiques depuis des dé­cennies. Le brome, utilisé dans les retardateurs de flamme, était également présent dans des concentrations supérieures au ni­veau maximal autorisé par la directive européenne RoHS (Restriction of Hazardous Substances), dans dix-neuf articles en plastique.
 
Des déchets présents depuis des décennies
Des niveaux élevés de cadmium, associés à des couleurs vives, étaient présents dans 57 articles. Le mercure a été trouvé dans des articles en plastique rouges ou brun rougeâtre, suggé­rant son utilisation comme pigmentation – un processus qui aurait pris fin dans les années 1950. Enfin, le plomb, utilisé pour stabiliser ou colorer les plastiques, était présent dans près d’un quart des articles analysés, 65 d’entre eux dépassant les niveaux de la directive RoHS.
Les systèmes d’eau douce ont été largement négligés en ce qui concerne l’impact du plastique. La plupart des études se sont, jusqu’à présent, concentrées sur les océans. «C’est l’une des rares études sur les plastiques dans les lacs, et la première du genre à être réali­sée dans le lac Léman», explique Andrew Turner. Montserrat Filella ajoute: «Les impacts des éléments toxiques liés au plastique sur la faune lacustre sont actuellement inconnus, mais devraient former la base de recherches futures.»
 
Montserrat Filella
Montserrat.Fillela@unige.ch
UNIVERSITÉ DE GENÈVE
Tél. 022 379 77 17
www.unige.ch


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