18 Décembre 2018  |  Éditorial
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 12/2018

Éditorial (12/2018)

Le réveil de la conscience écologique
Les rapports alarmistes sur l’état de la planète se succèdent et il semble que l’opinion publique prend enfin conscience que la situation, qu’elle considérait souvent comme anecdotique, est désormais pour le moins préoccupante. L’été caniculaire, les inondations dans le sud de ­l’Europe, les incendies en Californie et au Canada, les éboulements de plus en plus fréquents, la fonte des glaciers sont des événements qui marquent les esprits.
Les appels des climatologues et le dernier rapport alarmant du GIEC ne passent plus inaperçus. Le Panel international sur le progrès social, qui rassemble plus de 300 chercheurs, a publié un rapport sur le mauvais état de la planète et proposé des solutions pour y remédier. Dans son ouvrage Effondrement, le biologiste américain Jared Diamond théorise le risque de disparition de nos sociétés face au désastre écologique. Il évoque plusieurs dangers ayant de fortes probabilités de mettre en péril la survie de l’espèce humaine.
En font partie la modification du climat, la raréfaction des ressources naturelles suite à la pollution et à la disparition de certaines espèces – les insectes, notamment –, les inégalités sociales sources d’affrontements entre riches et pauvres – à l’instar de ce qui se passe actuellement en France –, et enfin, conséquence de ce qui précède, le risque d’un conflit majeur pouvant même impliquer l’arme atomique. 
À cela s’ajoute la surpopulation de la planète. Pour lutter contre le réchauffement, mais aussi préserver la biodiversité, les ressources en eau, agricoles et halieutiques, freiner la croissance démographique est devenu une nécessité absolue. Lors de la COP23 qui s’est tenue l’an dernier à Bonn, 15’000 scientifiques du monde entier ont lancé un appel urgent insistant sur l’obligation d’une forte réduction du taux de fécondité dans plusieurs régions du monde.
Le défi climatique est donc en train de devenir un sujet majeur, en particulier parmi la population urbaine et chez les jeunes générations. Les spécialistes de l’opinion observent cependant que ce sentiment d’urgence n’est pas partagé par les catégories populaires et peu diplômées, pour lesquelles le péril environnemental, même s’il s’approche à grands pas, passe après les soucis du quotidien et les fins de mois difficiles. Si une telle attitude peut se comprendre, c’est beaucoup moins le cas de celle – bien plus inquiétante – de certains ­climatosceptiques qui, de l’autre côté de l’Atlantique, persistent à nier le réchauffement climatique, tout en prônant les bienfaits du charbon et des schistes bitumineux.
Pour terminer cette année sur une note optimiste, relevons encore, comme l’affirme Jared Diamond, que jamais l’effondrement d’une société n’a été attribué qu’aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs permettent de croire qu’il n’y a aujourd’hui rien d’inéluctable dans la course accélérée à la dégradation de notre environnement.
 
par Michel Giannoni


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