18 Septembre 2015  |  Économie
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 06/2015

Les entreprises suisses et les risques liés à l’exportation

Comme le montre un sondage mené par la Haute école spécialisée bernoise et Euler Hermes auprès de 357 sociétés, les entreprises suisses minimisent leurs risques en diversifiant les destinations d’exportation, tout en privilégiant les Etats-Unis, la Chine et les Etats du Golfe.

Quelque 400 entreprises suisses, dont les deux tiers affichant une part d’exportations de plus de 30 %, ont révélé les risques actuels et futurs qui les concernaient, ainsi que a manière dont elles y font face. L’enquête menée par la Haute école spécialisée bernoise et Euler Hermes a analysé tous les risques liés à l’exportation. En voici les principaux résultats.
Les entreprises suisses d’exportation sont fortement affectées par les risques liés à l’exportation:
  • 56 % des entreprises interrogées indiquent avoir perdu des mandats à cause de la situation monétaire actuelle.
  • Un quart des entreprises participantes ont révélé avoir des clients à l’étranger qui n’ont pas réglé des factures.
  • 10 % des entreprises ont même été confrontées à des problèmes de liquidités en raison de mandants étrangers non payés.
 
Ludovic Subran, économiste en chef du groupe Euler Hermes, se prononce sur la force actuelle du franc: «Les coûts peuvent être réduits à court terme afin d’amortir les conséquences du franc fort. Nous le constatons aujourd’hui déjà. Cependant, cela ne suffira pas sur le long terme. Il convient plutôt d’opter pour une diversification plus prononcée, tant au niveau des produits que des régions cibles. Par rapport au franc suisse, le dollar n’a pratiquement pas perdu de valeur. Cela incite à exporter vers des régions dans lesquelles on paie en dollars, là où les monnaies locales sont liées au dollar, comme en Asie du Sud-Est ou dans les pays arabes.»

Le franc suisse par rapport aux devises des principaux pays de destination. sources: Bloomberg, Euler Hermes
Les estimations des sociétés et les prévisions de risques par secteur.
sources: Haute école spécialisée bernoise, Euler Hermes
 
Les entreprises d’exportation doivent faire face à trois risques principaux
L’étude réalisée par la Haute école spécialisée bernoise et Euler Hermes démontre que le risque conjoncturel, ainsi que le risque monétaire et le risque du ducroire représentent notamment les trois risques principaux pour les entreprises suisses d’exportation. Fait surprenant: les entreprises estiment que le risque conjoncturel et le risque monétaire constituent une menace semblable.
En général, quelque 80 % des entreprises considèrent que les risques n’évolueront pas dans un proche avenir, voire qu’ils augmenteront encore. Dans ce contexte, il est surprenant qu’un grand nombre d’entreprises ne prennent pas de mesures en ce qui concerne les risques individuels appréciés comme élevés, comme le risque conjoncturel, par exemple.
Parmi les entreprises suisses d’exportation, 87 % étaient moyennement à fortement concernées par le risque monétaire. Les entreprises suisses sont cependant sensibilisées à ce risque et étonnamment bien préparées:
  • Près de la moitié des entreprises augmentent les achats à l’étranger et réduisent les coûts en Suisse.
  • 29 % d’entre elles indiquent exécuter des garanties sur des opérations à terme sur devises.
  • 32 % (un taux remarquablement élevé) indiquent pouvoir établir leurs factures à l’étranger en francs suisses.
  • 24 % déclarent même de pouvoir augmenter les prix à l’étranger en cas d’appréciation du franc suisse.
  • Seulement 5 % des entreprises interrogées ne prennent pas de mesures.
«Ces entreprises ont fait leurs devoirs et disposent d’un avantage concurrentiel leur permettant de reporter partiellement les frais liés au franc fort sur leurs clients à l’étranger», explique Paul Ammann, responsable de l’étude à la Haute école spécialisée bernoise.
Il est passionnant de constater que 88 % des entreprises ont été concernées fortement ou moyennement par le risque conjoncturel par le passé et que 83 % des entreprises prévoient même que le risque conjoncturel va augmenter ou rester identique. Néanmoins, 23 % des entreprises n’adoptent aucune mesure pour y remédier. Pratiquement la moitié de toutes les entreprises sondées essaient de minimiser le risque par la diversification, c’est-à-dire par une présence dans les principales destinations d’exportation. D’autres entreprises adaptent à temps leurs ressources dans les pays concernés ou se retirent du pays en question en cas de problèmes liés à la conjoncture.
«Connaître les risques liés aux pays et aux secteurs peut être décisif pour la réussite des affaires», Stefan Ruf, PDG d’Euler Hermes Suisse en est persuadé. «Il vaut la peine d’externaliser vers un partenaire tiers spécialisé. Euler Hermes analyse continuellement les risques liés aux pays et aux secteurs et met les informations à la disposition de ses clients», affirme Stefan Ruf.
55 % des entreprises ont été fortement ou moyennement concernées par le risque du ducroire (incapacité ou non-volonté de paiement du client). Un quart des entreprises participantes ont révélé avoir des clients à l’étranger qui n’ont pas réglé des factures et avoir même été confrontées à des problèmes de liquidités en raison de mandants étrangers non payés. Les entreprises essaient de minimiser le risque par des arrhes, des acomptes et des contrôles de solvabilité. En comparaison, les garanties, les assurances-crédits et le recouvrement par une entreprise tierce ne sont que très rarement appliqués.
 
Les prévisions de l’évolution du risque par pays. sources: Haute école spécialisée bernoise, Euler Hermes
Les exportations vers la Russie en pour cent des exportations totales, par secteur. sources: Swiss-Impex, Euler Hermes
 
Prévision: transfert des marchés cibles pour les exportations
Il est également intéressant de voir la manière dont les entreprises suisses évaluent le développement des marchés d’exportation. Elles partent du principe que les exportations vers les Etats-Unis, la Chine et les Etats du Golfe augmenteront.
«C’est la bonne stratégie à prendre pour répartir les risques». Paul Ammann de la Haute école spécialisée bernoise en est convaincu. «Cela permet de compenser au moins partiellement les exportations vers l’Union européenne, qui sont en baisse», affirme Stefan Ruf. D’un autre côté, les entreprises suisses d’exportation s’attendent à un recul des exportations dans la zone UE.
Ludovic Subran l’affirme: «Même si de nombreuses entreprises suisses d’exportation attendent des baisses pour leurs grandes destinations européennes, comme l’Allemagne et la France. Il sera difficile de pénétrer de nouveaux marchés. Pour ce faire, il faut tout reconstruire à partir de zéro, la structure de distribution ou les partenaires locaux sur place. Cela nécessite une stratégie sur le long terme, qui prendra beaucoup de temps, mais qui sera indispensable en fin de compte.»
 
Environnement économique pour les entreprises suisses d’exportation et prévisions
En vue des risques de crédit grandissants et de la croissance économique affichant une baisse globale d’e 1 % cette année, le nombre d’insolvabilités a, pour la première fois, nettement augmenté depuis la crise financière. Pour cette année, Euler Hermes s’attend à 4450 faillites d’entreprises, ce qui représente une hausse de 5 % par rapport à 2014. Ce chiffre devrait
encore légèrement augmenter pour 2016. A la fin 2016, les exportations pourraient, pour la première fois, contribuer positivement à la croissance.
«La question qui reste ouverte est celle des investissements privés et publics, qui n’ont pratiquement pas évolué au cours de ces dernières années: comment augmenter les investissements, alors que la demande venant d’Europe est faible», constate Ludovic Subran. «Les entreprises suisses doivent trouver davantage de partenaires dans les pays européens, car il est aujourd’hui avantageux d’y faire ses achats. D’autre part, les investissements sont nécessaires pour justifier les prix plus élevés des produits «Swiss Made». En plus des produits classiques, il faut des prestations de services correspondantes. Le client à l’étranger devrait percevoir la même prestation que celui résidant en Suisse. Je suis persuadé que les entreprises suisses savent aujourd’hui déjà à quoi il faut prêter attention et qu’elles trouveront une solution», affirme Ludovic Subran.
 
Défauts de paiement et problèmes de liquidités. Source: Euler Hermes
Enquête sur l’évolution des exportations au cours des deux dernières années,
par rapport aux estimations pour l’année à venir.
sources: Haute école spécialisée bernoise, Euler Hermes
 
Mesures de couverture et canaux d’information
L’enquête avait également pour objectif d’identifier les événements susceptibles d’inciter les entreprises à prendre davantage de mesures de couverture pour prévenir les risques. Dans ce contexte, on constate que ce sont le plus fréquemment un recul de la marge ou des pertes sur débiteurs à
l’étranger qui incitent les entreprises à agir de manière préventive et de couvrir les risques futurs.
Dans le cadre de l’enquête, on a également analysé comment les entreprises suisses d’exportation s’informaient dans le flux d’informations actuel. Il est intéressant de constater que les partenaires de distribution dans les pays d’exportation et les sources internes sont les plus fréquemment cités comme sources d’informations des entreprises. Les médias et sites Internetsont les canaux d’information les plus souvent utilisés pour couvrir les risques liés à l’exportation.
«On n’a que rarement recours aux partenaires tiers spécialisés présents sur place dans les pays d’exportation. Ainsi, les entreprises sous-estiment le risque de prendre de mauvaises stratégies et mesures suite à un manque d’informations ou à des informations erronées. Des connaissances approfondies sur les pays et les secteurs, ainsi que des connaissances sur le recouvrement local valent de l’or pour les entreprises exportatrices», explique Stefan Ruf.
 
Gains et pertes potentiels des exportations en 2015 vers les marchés
d’exportation clés (en milliards de CHF).
sources: Chelem, IMF, Euler Hermes
Gains d’exportation potentiels en 2015 pour six des plus grands secteurs d’exportation (en milliards de CHF). sources: Chelem, IMF, Euler Hermes
 
Le contrôle régulier des mesures de couverture au niveau de la direction est décisif
En ce qui concerne les mesures de couverture, on remarquera que celle la plus fréquemment citée présuppose l’accord du client à l’étranger: ainsi, des mesures telles que le paiement anticipé (35 %), l’établissement de la facture en francs suisses (28 %) et les acomptes ne peuvent être prises qu’en consultation avec le client.
«Sur le long terme il est important que les entreprises suisses d’exportation reconsidèrent l’application de telles mesures: il est très probable que les clients ne seront plus prêts à effectuer un paiement anticipé dans quelques années, étant donné que de nouveaux concurrents feront leur apparence dans de nombreux domaines, avec des produits d’une qualité similaire, comme les fabricants chinois de machines, par exemple», affirme Paul Ammann.
«L’application de mesures ne requérant pas l’accord du client, c’est-à-dire une couverture du risque adaptée aux clients, peut s’avérer être un avantage concurrentiel décisif», ajoute Stefan Ruf.
«Pour de nombreux risques estimés comme importants, un nombre étonnamment élevé d’entreprises ont répondu n’adopter aucune mesure de couverture. Il est important que les entreprises suisses positionnent la gestion des risques au niveau stratégique, qu’elles réagissent de manière proactive aux risques et qu’elles vérifient régulièrement l’évaluation des risques et l’application des mesures de couverture au niveau de la direction de l’entreprise», conclut Paul Ammann.
 
Insolvabilité des entreprises. sources: nationales, Euler Hermes
Niveaux de risque des secteurs suisses.
Source: Euler Hermes
 
Conclusion
C’est la première fois que tous les risques liés à l’exportation ont été analysés dans le détail en Suisse et que les entreprises ont été interrogées quant aux mesures de couverture. L’accent n’était pas uniquement mis sur le risque monétaire, comme cela était de coutume jusqu’à présent.
L’objectif consiste à fournir aux entreprises exportatrices une plate-forme de comparaison et à les aider à couvrir les risques ou démontrer les potentiels d’optimisation. Tous les risques liés à l’exportation ont fait l’objet de l’enquête: risque monétaire, risque conjoncturel, politique et interculturel, risque du ducroire et de la sécurité, ainsi que le risque d’une sécurité juridique insuffisante.
La grande majorité des entreprises sondées sont des PME employant 10 à 250 personnes. Ont été interrogées uniquement des entreprises exportatrices qui produisent des marchandises d’investissement ou standard, qui sont actives dans les projets spécifiques aux clients ou dans le commerce, ou encore qui vendent des prestations de services.
www.ti.bfh.ch/exportrisiko_monitor
 
Réserve
Certains des énoncés contenus dans le présent document peuvent être de nature prospective et fondés sur les hypothèses et les points de vue actuels de la direction de la société. Ces énoncés impliquent des risques et des incertitudes, connus et inconnus, qui peuvent causer des écarts importants entre les résultats, les performances ou les événements qui y sont invoqués, explicitement ou implicitement, et les résultats, les performances ou les événements réels.
 
Euler Hermes est un leader mondial des solutions d’assurance-crédit et un spécialiste des domaines du recouvrement et de la caution. Avec plus de 100 ans d’expérience, Euler Hermes offre une gamme complète de services pour la gestion du poste clients. Son réseau international de surveillance permet d’analyser la stabilité financière de PME et de grands groupes actifs dans des marchés représentant 92 % du PNB global.
Basée à Paris, la société est présente dans plus de 50 pays avec plus de 6000 employés. Membre du groupe Allianz, elle est cotée à NYSE Euronext Paris (ELE.PA). Le groupe est noté AA- par Standard & Poor’s et Dagong Europe. La société a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 2,5 milliards d’euros en 2014 et garantissait pour 860 milliards d’euros de transactions commerciales dans le monde fin 2014.
Euler Hermes Suisse a plus de 50 collaborateurs répartis entre son siège principal à Zurich et ses sites de Lausanne et de Lugano.
 
www.eulerhermes.ch
 
 
La Haute école spécialisée bernoise (BFH) fournit des prestations adaptées à la formation et la formation continue, à la recherche et au développement appliqués, ainsi qu’au transfert de connaissances technologiques. Elle met l’accent sur trois exigences: la qualité élevée pour pouvoir mettre à la disposition de l’économie des spécialistes et prestations qualifiés et novateurs; l’orientation internationale pour pouvoir offrir aux étudiants et aux enseignants les meilleures chances dans le monde globalisé de la formation et de l’économie; des pensées et des actions interdisciplinaires pour répondre aux exigences élevées posées aux équipes hétérogènes dans le secteur de l’industrie et des sciences.
La Haute école spécialisée bernoise réunit six départements sous un même toit et propose 29 filières d’études bachelor, 21 d’études master, ainsi que de nombreuses offres de formations continues.
 
www.bfh.ch
www.ti.bfh.ch
 
Euler Hermes Suisse
Annalisa Job
Tél.: 044 283 65 14
annalisa.job@eulerhermes.com
Tel.: 079 370 67 86
paul.ammann@bfh.ch
www.ti.bfh.ch/weiterbildung


12 Mai 2019  |  Économie

Forte croissance des demandes de brevets de la Suisse

Les demandes de brevets helvétiques auprès de l’Office européen des brevets (OEB) ont bondi de 7,8 % en 2018. Aucun autre pays que la Suisse n’observe autant de demandes de brevets par habitant. Les techniques de mesure et les dispositifs médicaux sont les secteurs les plus innovants. Trois universités figurent parmi les déposants suisses les plus actifs auprès de l’OEB. Le canton de Vaud est à nouveau le plus dynamique en matière de brevets.
25 Février 2019  |  Économie

L’industrie suisse perd de sa force d’innovation

Le nombre d’entreprises industrielles suisses investissant dans la recherche et le développement a connu une baisse entre 1997 et 2014. C’est l’une des principales conclusions d’une nouvelle étude de l’Académie suisse des sciences techniques.
POLYMEDIA SA | Av. de Riond-Bosson 12 | CH-1110 Morges | T: +41 (0)21 802 24 42 | F: +41 (0)21 802 24 45 | info@polymedia.ch