21 Juin 2020  |  Exobiologie
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La première protéine extraterrestre attend sa validation

Georges Pop

Des scientifiques de l’Université Harvard affirment avoir découvert la première protéine extraterrestre dans une météorite tombée en Algérie, il y a 30 ans. Ils ont révélé les résultats de leurs recherches sur ArXiv, un site américain ouvert aux prépublications scientifiques, notamment dans les domaines de l’astrophysique, de la biologie, de l’informatique et des mathématiques. Cependant, leurs conclusions doivent être encore validées.

Des acides aminés ont déjà été observés et analysés dans des météorites. En revanche, aucune protéine complète d’origine extraterrestre n’avait, à ce jour, été identifiée. Mais cela pourrait être chose faite, à en croire trois chercheurs au nombre desquels figure Julie McGeoch, une biologiste moléculaire de l’Université Harvard, co-auteure d’une étude prépubliée sur le site de partage scientifique ArXiv. Si elle se confirme, cette découverte offrirait de nouvelles pistes pour comprendre les origines de la vie dans l’Univers.
Les acides aminés trouvés dans les météorites découvertes jusqu’ici sur le sol terrestre n’avaient pas de chaîne assez longue pour mériter le statut de protéine. Il pourrait, semble-t-il, en être tout autrement de la molécule trouvée dans la météorite Acfer 086, une petite chondrite carbonée de 173 g, découverte en Algérie en 1990. On ignore la date de son impact, sa chute n’ayant pas été observée.
 

La météorite Acfer 086 est une petite chondrite carbonée de 173 g, découverte en Algérie en 1990. On ignore la date de son impact, sa chute n’ayant pas été observée. (© Yahoo)
 

L’hémolithine : une molécule comprenant des chaînes de glycine
Les chercheurs qui ont analysé un échantillon de la roche se sont servis des instruments de spectroscopie de masse les plus récents. Le procédé consiste à utiliser le mouvement des ions dans les champs électriques et magnétiques, puis de les classer en fonction du rapport entre leur masse et leur charge, le but étant de caractériser la structure chimique de l’objet observé. C’est lors de cet examen que les scientifiques affirment avoir identifié une molécule comprenant des chaînes de glycine reliées par des atomes de fer, d’oxygène et de lithium. La molécule qui, selon eux, n’a aucun équivalent connu sur notre planète, montre cependant une structure très semblable à celle d’une protéine terrestre. Elle a été baptisée par ses découvreurs.
Suspectant l’hémolithine d’être d’ascendance extraterrestre, les scientifiques ont mesuré le rapport deutérium-hydrogène de la molécule. Ils ont constaté qu’il n’avait aucune équivalence sur Terre. Il serait cependant similaire à celui de certaines comètes de longue période, ce qui a fait dire à Julie McGeoch qu’il s’agissait bien là de « la première protéine d’origine extraterrestre jamais découverte dans une météorite ».
 

La découverte d’une première protéine d’origine extraterrestre plaiderait en faveur de la théorie de la panspermie, selon laquelle les éléments indispensables à l’apparition de la vie seraient présents partout dans l’Univers.
 

Un bon point pour la théorie de la panspermie
Les trois chercheurs sont d’autant plus convaincus de la validité de leurs conclusions, que les atomes observés aux extrémités de la protéine se disposent en une structure capable d’absorber les photons, puis de scinder les molécules d’eau en hydrogène et oxygène. Ils estiment que, grâce à ces propriétés, l’hémolithine pourrait être capable de contribuer au processus de production d’une énergie d’origine chimique, nécessaire à l’apparition de la vie.
Cette découverte, pour autant qu’elle se confirme, viendrait renforcer l’hypothèse de la panspermie, selon laquelle les éléments essentiels à l’apparition de la vie sont déjà présents partout dans l’espace. Reste que cette étude n’a pas encore été vérifiée par d’autres scientifiques. Il convient donc de rester prudent dans l’attente d’analyses complémentaires.
 
À propos du site ArXiv
Le site arXiv est une archive ouverte de prépublication d’articles scientifiques dans les domaines de la physique, de l’astrophysique, des mathématiques, de l’informatique, des sciences non linéaires et de la biologie quantitative. À l’origine, ce site fut développé par le physicien américain Paul Ginsparg, en 1991, pour des prépublications dans le seul domaine de la physique. Progressivement, l’archive a inclus d’autres disciplines. Hébergé au départ au laboratoire national de Los Alamos, le site est actuellement géré par l’Université Cornell. En février 2020, le total des dépôts sur le site ArXiv s’élevait à 1,6 million de prépublications. (Source Wikipédia).
 
 
Julie E. M. McGeoch
Department of Molecular and Cellular Biology
Université Harvard
mcgeoch@fas.harvard.edu
www.mcb.harvard.edu


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