11 Mai 2020  |  Médecine régénérative
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 03/2020

Vers des greffes d’organes sans donneur

Créer des organes à transplanter plutôt que de les prélever chez un donneur, telle est l’ambition du projet ORGANTRANS, placé sous la supervision du CSEM, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique, basé à Neuchâtel. Le projet est soutenu par Horizon 2020, le nouveau programme de financement de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne, pour la période 2014-2020. Les huit partenaires associés au projet envisagent de créer « une structure d’organe » grâce à l’impression 3D de tissus.

Le consortium européen ORGANTRANS annonce un ambitieux projet de « recherche disruptive », afin de créer des structures d’organes à base de tissus humains, élaborés par impression 3D. Sous la coordination du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM), à Neuchâtel, les huit membres du consortium disent vouloir développer une méthode automatisée et standardisée de production de tissus pour remplacer, à terme, les organes à transplanter prélevés sur des donneurs. Il s’agit, lors d’une première étape, de produire des tissus destinés à des patients souffrant d’insuffisance hépatique terminale.
 

Créer des organes à transplanter en ingénierie tissulaire plutôt que de les prélever chez un donneur, telle est l’ambition du projet ORGANTRANS.(© CSEM)
 
Suppléer à la pénurie d’organes
Dans son communiqué, le CSEM insiste sur l’urgence de trouver de nouvelles solutions pour pallier la pénurie d’organes à transplanter. Actuellement, moins de 10 % des besoins mondiaux de transplantation sont satisfaits. De plus, l’écart entre le nombre de patients inscrits sur les listes d’attente et celui des organes disponibles ne cesse de croître. Or, la production d’organoïdes offre une piste sérieuse pour remplacer, dans le futur, les organes issus de donneurs. Les organoïdes sont notamment obtenus à partir d’une ou plusieurs cellules initiatrices d’un tissu ou de cellules souches embryonnaires, capables de se développer en trois dimensions.
L’objectif d’ORGANTRANS consiste, dans l’immédiat, à fabriquer du tissu hépatique dont pourraient bénéficier les patients souffrant d’insuffisance hépatique terminale (IHT), une défaillance du fonctionnement des cellules du foie qui se manifeste surtout lors d’hépatites, de cirrhoses ou de cancers du foie. Seuls, cependant, les patients présentant encore du tissu hépatique résiduel sain seront « éligibles » pour l’expérimentation. Les malades sélectionnés pour les premiers essais subiront un prélèvement de cellules souches adultes, qui seront isolées, « auto-organisées » en organoïdes, assemblées par impression, puis mûries dans un bioréacteur combiné, « le premier du genre au monde », souligne le CSEM. Outre l’absence de recours à un donneur, le principal avantage du processus est son rapport personnalisé. En reproduisant les propres cellules souches du patient pour construire le foie, le risque de rejet de l’organe est réduit.
 

Le projet ORGANTRANS, financé à hauteurs de 6,3 millions d’euros par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne, est dirigé par le CSEM. (© CSEM)

 
Après le foie, d’autres organes
Le coordinateur du projet, Gilles Weder, biologiste au CSEM, ne cache pas son optimisme sur l’issue du projet. « L’expertise du consortium est telle que nous sommes capables de combiner, au sein de la même plateforme, les différents environnements nécessaires au biomimétisme et à l’assemblage autonome des organoïdes ; deux éléments essentiels et indispensables à la création par bio-ingénierie d’une structure hépatique saine et sans risque », souligne-t-il. Lui et les chercheurs avec lesquels il travaille ne cachent pas que les expériences sur les tissus hépatiques pourront à l’avenir être transposés pour réparer ou guérir d’autres tissus, comme ceux du pancréas.
Le projet ORGANTRANS est financé  à hauteur de 6,3 millions d’euros par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 (H2020) de l’Union européenne. Outre le CSEM, deux entreprises suisses sont associées au projet : Kugelmeiers AG, dont le siège est à Erlenbach (ZH) et regenHU Ltd., basé à Villaz-Saint-Pierre (FR).
 
À propos du consortium ORGANTRANS
Le consortium ORGANTRANS (TRANSplantation contrôlée d’ORGANoïdes comme catalyseur de la translation vers la médecine régénérative) réunit huit partenaires : le CSEM (Suisse), coordinateur du projet, l’Université d’Utrecht (Pays-Bas), responsable des cellules souches adultes et des tests in vitro, Kugelmeiers AG (Suisse), pour la production standardisée d’organoïdes, l’Institut Leibniz (Allemagne), pour les biomatériaux, regenHU Ltd. (Suisse) pour la bio-impression, VIB (Belgique) pour la vascularisation et AMIRES (République tchèque) pour la gestion du projet et sa diffusion. Trois centres de transplantation européens se sont engagés, à des titres divers, à soutenir le transfert vers l’application clinique : le King’s College de Londres (Royaume-Uni), le Centre de transplantation d’Heidelberg (Allemagne) et l’Institut de médecine expérimentale de Prague (République tchèque).
 
 
Gilles Weder
CSEM
gilles.weder@csem.ch
Tél. 079 176 54 70
www.organtrans.eu
www.csem.ch


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