16 Juin 2019  |  Astrophysique
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Un catalogue d’observations pour détecter les galaxies les plus lointaines

Une équipe internationale a détecté et caractérisé des galaxies situées à 13,2 milliards d’années-lumière, que le futur télescope James Webb devra étudier en détail. Il s’agit d’une première dans un champ aussi vaste et lointain.

Comment est née notre Voie lactée? Pour le comprendre, les astrophysiciens et les théoriciens doivent étudier les galaxies les plus lointaines. Le télescope James Webb, dont le lancement est prévu en 2021, aura la tâche d’analyser en détail ces premières galaxies, vieilles d’à peine 600 millions d’années et situées à 13,2 milliards d’années-lumière, aux confins de l’Univers.
Afin de préparer ces futures études, des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec une équipe internationale, ont mis au point un catalogue d’observations qui permet de prédire que le télescope James Webb devrait détecter des galaxies constituées d’étoiles massives dont le rayonnement est beaucoup plus important que la Voie lactée. Ces résultats, publiés dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, suggèrent qu’elles sont responsables de l’un des plus grands changements de l’état général de l’Univers, permettant la naissance de notre galaxie.
 

Image composite Hubble/Spitzer du champ GOODS-North avec la position des galaxies à 13,2 milliards d’années-lumière indiquée par des cercles rouges. Les encarts montrent trois de ces galaxies, telles que vues par le télescope Spitzer. (© UNIGE Stéphane De Barros)
 

Les transitions de phase de l’Univers
Peu de temps après le Big Bang, l’Univers était bien plus chaud et dense qu’aujourd’hui. Avec le temps, il s’est étendu, réduisant progressivement sa densité. Ceci a permis l’émergence des noyaux atomiques et des électrons qui ont pu se combiner. Ce fut la première grande transition de phase de l’Univers.
Mais à cette époque, l’hydrogène était neutre, alors qu’aujourd’hui, il est ionisé. Que s’est-il passé? Qu’est-ce qui a provoqué cette seconde transition de phase de l’Univers? Les astrophysiciens situent ce changement il y a 13 milliards d’années, mais ne savent pas encore pourquoi et comment il s’est produit.
«Résoudre ce mystère est une des missions du télescope spatial James Webb, dont le lancement est prévue pour 2021», déclare Stéphane De Barros, chercheur au Département d’astronomie de la Faculté des sciences de l’UNIGE et premier auteur de l’étude. Avec son miroir de 6,5 m, il devrait permettre des observations détaillées des galaxies les plus lointaines détectées par l’humanité.

Illustration d’une jeune galaxie. (© UNIGE James Josephides)
 
 
Hubble et Spitzer unis dans l’observation
Une hypothèse avancée est que les galaxies lointaines sont très différentes de la Voie lactée. Elles se caractériseraient par un rayonnement bien plus fort, qui aurait pu provoquer cette transition de phase. «Afin de permettre une utilisation adéquate du téléscope James Webb, nous avons voulu dégrossir le terrain en vérifiant certains éléments qui pourraient appuyer cette hypothèse. Pour ce faire, nous avons utilisé le petit télescope Spitzer et nous avons croisé nos observations avec des résultats de recherches menées grâce à Hubble», explique Stéphane De Barros.
Lancé en 2003, Spitzer et son miroir de 85 cm de diamètre est le seul télescope spatial à infrarouge capable de caractériser des galaxies aussi lointaines, à 13,2 milliards d’années-lumière. «Hubble détecte ces galaxies lointaines, puis Spitzer nous permet de déterminer leurs paramètres, c’est-à-dire leur masse stellaire, combien d’étoiles elles forment et à quel rythme, quelle quantité de poussière est présente», poursuit Pascal Oesch, professeur au Département d’astronomie de la Faculté des sciences de l’UNIGE.
En combinant les observations fournies par Hubble et celles effectuées par les chercheurs de l’UNIGE grâce à Spitzer, les astrophysiciens ont prédit que le télescope James Webb devrait être capable de détecter 150 galaxies en une heure de temps d’exposition dans un champ donné, permettant de produire une carte des structures des plus vieilles galaxies de l’Univers.

Une détection toujours plus lointaine
Les scientifiques n’avaient encore jamais réussi à voir si loin et dans un volume si grand. «Nous avons pu observer que ces galaxies sont très différentes de la Voie lactée. Elles sont dominées par des étoiles plus massives, plus jeunes, plus chaudes, dont le rayonnement ionisant est bien plus important. Ce rayonnement pourrait bien être la source de la seconde transition de phase!», s’enthousiasme Stéphane De Barros.
Jusqu’à aujourd’hui, les futures recherches menées par le télescope James Webb reposaient sur un catalogue d’éléments théoriques fondés sur des extrapolations de recherches menées à plus faible distance. «À présent, nous avons mis au point le premier catalogue basé sur des observations réelles effectuées à la bonne distance, et notre catalogue prédit huit fois plus de galaxies que prévu par le catalogue artificiel», conclut Pascal Oesch.

Stéphane De BarrosPost
Faculté des sciences
UNIGE
Tél. 022 379 24 38
Stephane.DeBarros@unige.ch


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