25 Septembre 2015  |  Édito
Publié dans Sécurité Environnement 03/2015

Éditorial (3/2015)

Sept cent tonnes bien mal placées
Sept cent tonnes de cyanure de sodium stockées dans l’immense zone industrielle de Tianjin, à moins d’un kilomètre des habitations, sont parties en fumée. Avec quelles conséquences ?
Le cyanure de sodium (NaCN) est un sel alcalin hygroscopique, de couleur blanche. On l’utilise dans l’industrie métallurgique, dans la synthèse de matières plastiques, dans les traitements de surfaces, dans l’extraction minière de l’or, ainsi qu’en bijouterie, car il a la particularité de former avec ce métal, un composé soluble dans l’eau. Dans la nature, les algues, les champignons, les bactéries ainsi que les arthropodes contiennent des glycosides cyanogéniques produisant des cyanures. Les feux de forêt en sont également une source.
Extrêmement toxique en inhalation, par contact dermique et par ingestion, le cyanure est un poison qui se lie à l’ion ferrique d’une enzyme pour bloquer la respiration cellulaire, principalement au niveau du cerveau. Il s’en suit un coma convulsif avec apnée et arrêt cardio-vasculaire, la mort survenant au bout de quelques minutes. Des antidotes existent pour faire face à une absorption restreinte; l’hydroxocobalamine (un dérivé de la vitamine B12) et la cyanocobalamine en sont un exemple.
En milieu acide, les sels de cyanure se transforment en acide cyanhydrique (HCN), dans une moindre mesure au contact de l’eau et de l’humidité de l’air. Il est donc possible qu’une partie des 700 tonnes de NaCN de Tianjin ait engendré ce toxique très apprécié des concepteurs des chambres à gaz de sinistre mémoire. Mais aucune information n’a filtré, pour l’heure, sur d’éventuelles victimes du cyanure. Heureusement, le seuil de perception olfactive de l’HCN est faible - 1 ppm environ -, soit près de cinquante fois inférieur au taux atmosphérique présentant un risque pour la santé. L’odeur d’amandes amères bien connue des chimistes et des galvanoplastes est donc un précieux signal d’alarme.
Et qu’en est-il de l’impact sur l’environnement ? Si la contamination de l’eau n’est pas à négliger, l’ensemble de la chaîne alimentaire pourrait être affectée, le cyanure s’attaquant à tous les organismes. Son faible taux de dégradation dans l’air - la demi-vie de l’HCN est de deux à trois ans - et sa résistance à la photolyse en font une menace pour de nombreux écosystèmes. Par ailleurs, ses réactions de dégradation conduisent à la production de monoxyde de carbone, d’ammoniac et d’oxyde nitrique, ce qui n’est pas beaucoup mieux ! Pour terminer sur une note optimiste, relevons que le cyanure ne s’accumule pas dans l’organisme, contrairement à d’autres poisons, comme l’arsenic ou les pesticides.
 
Par Michel Giannoni


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