20 Juin 2018  |  Édito
Publié dans Sécurité Environnement 03/2018

Éditorial (3/2018)

Ignorance ou mauvaise foi ?
À partir du 1er juillet 2018, la limitation de vitesse chez nos voisins français sera abaissée de 90 à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles dépourvues de séparateur central. Tout comme en Suisse, aux Pays-Bas et dans les pays nordiques. Bien évidemment, cette décision totalement impopulaire est dénoncée par les associations d’automobilistes.
Comment peut-on imaginer qu’un projet visant à améliorer la sécurité routière et à épargner quelques centaines de vie par an suscite rejet et incompréhension par une majorité de la population ? Tout simplement selon le principe: «Je conduis prudemment et les accidents, ça n’arrive qu’aux autres» ! Mais quels sont donc les arguments des opposants ? «L’effet de la réduction de la vitesse sur le nombre et la gravité des accidents reste à démontrer», déclarent-ils. Eh bien, en voici la démonstration !
Si toutes les voitures roulaient à 2 km/h, c’est une évidence, il n’y aurait jamais d’accident. Si elles roulaient toutes à 200 km/h, il est tout aussi évident qu’il y aurait pléthore d’accidents. Entre 2 km/h et 200 km/h, il y a ce qu’on appelle un «gradient», c’est-à-dire le taux de variation continue d’une grandeur physique. En d’autres termes, il s’agit d’une progression – non pas d’une progression arithmétique (comme 2, 4, 6, 8, 10, 12…), mais d’une progression géométrique (comme 2, 22, 23, 24, 25, 26…, soit 2, 4, 8, 16, 32, 64…). Pourquoi donc ? Parce que l’énergie cinétique – c’est-à-dire l’énergie dissipée lors de l’accident et qui provoque les déformations du véhicule et les traumatismes des occupants – est proportionnelle au carré de la vitesse. Ainsi, lorsque la vitesse double, l’accident sera quatre fois plus grave et lorsqu’elle triple, il causera neuf fois plus de dégâts. En diminuant la vitesse de 12,5 % (de 90 à 80 km/h), on réduit l’énergie cinétique de 26,5 % !
À cela s’ajoute la baisse de la distance de freinage, c’est-à-dire du nombre de mètres parcourus entre le moment ou le conducteur appuie sur la pédale de frein et le moment où la voiture s’arrête. Et là aussi, la progression – ou plutôt la dégression – est géométrique. Ainsi faudra-t-il à une voiture roulant à 80 km/h, 8 m de moins pour s’arrêter (13 m de moins si la route est mouillée), que si elle roulait à 90 km/h. Remarquons encore que sur une distance de 100 km (hors autoroutes et routes avec séparateur central, rappelons-le), les malheureux automobilistes qui auront dû réduire leur vitesse auront perdu… moins de huit minutes !
Que faut-il en conclure ? Que les personnes qui prétendent que la réduction de la vitesse n’aura aucune influence sur la gravité des accidents, soit ignorent cette loi de la physique, soit sont de mauvaise foi – c’est-à-dire qu’elles ne sont pas dupes de ce qu’elles affirment – et ce, pour des raisons diverses (égoïstes, économiques, politiques, électorales…).
 
Par Michel Giannoni


Polymedia Meichtry SA | Chemin de la Caroline 26 | 1213 Petit-Lancy | Genève | T: +41 22 879 88 20 | F: +41 22 879 88 25 | info@polymedia.ch