26 Janvier 2017  |  Environnement
Publié dans Sécurité Environnement 04/2016

Réhabiliter les stations alpines en mémoire du passé

La station du Super Saint-Bernard et celle du Furggen ont repris vie grâce à deux projets de master en architecture de L’EPFL. Entre réaffectation minimaliste et écologique, ces études interrogent l’avenir de ce patrimoine architectural oublié.

Faillite, changement climatique, manque d’investissement... De nombreuses stations alpines sont laissées à l’abandon en Suisse. Forts de ce constat, quatre étudiants de master en architecture de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont fait le pari de réhabiliter, le temps d’un exercice, deux installations de remontées mécaniques. Ils leur ont consacré leur travail de diplôme.
Passionnés de montagne, Yannick Guillermin et Sacha Rey se sont penchés sur la revitalisation de la station du Furggen, près de Zermatt, sur la frontière italo-suisse. Cette bâtisse marquait le point d’arrivée du téléphérique, à quelque 3500 m d’altitude. Elle est l’œuvre de l’architecte italien moderniste Carlo Mollino, connu pour ses constructions en montagne. Le tout est à l’abandon depuis 1992.
 
Un projet de conservation de graines florales.
 
Une banque de graines florales alpines
Avant que leur choix ne se porte sur la région du Furggen, les étudiants ont contacté quelque 400 communes de Suisse possédant du terrain au-dessus de 1500 m d’altitude. Ils ont ensuite évalué́ le potentiel d’une cinquantaine de bâtiments abandonnés.
La vue imprenable de l’ancienne station sur le Cervin, sa position de nid d’aigle, la qualité́ de sa construction et sa galerie couverte ont convaincu les architectes de son grand potentiel. La flore de haute montagne étant menacée par le changement climatique, ils ont décidé́ de transformer la station désaffectée en banque de graines florales alpines.
 
Un observatoire pour les botanistes, avec un laboratoire et une bibliothèque.
 
Un exploit architectural du passé
«Nous proposons de construire sept frigos sous la galerie, directement dans le permafrost de la montagne. La température annuelle varie entre -1 et 1 °C, l’idéal pour la conservation de graines florales», explique Sacha Rey. Les étudiants ont souhaité conserver les murs d’origine comme patrimoine architectural, contrairement aux pratiques courantes. «La tendance en Suisse est plutôt de tout démonter. Or il ne faut pas oublier qu’à l’époque, c’était une prouesse de construire en haute montagne. Nous pensons donc qu’il faut garder des traces de cet exploit et mettre en valeur ces ruines», ajoute Sacha Rey.
De bâtisse abandonnée, le téléphérique du Furggen reprendrait donc vie sous la forme d’un observatoire pour les botanistes, avec un laboratoire, une bibliothèque, un espace d’exposition et un gîte de huit lits. «Le téléphérique serait réaffecté́ pour le transport des graines florales», ajoute Yannick Guillermin.
 
Un projet témoin à un coût minime
En bas de la montagne, à l’entrée du tunnel du Grand-Saint-Bernard, un autre projet de réaffectation de station alpine a pris forme. «Nous voulions intervenir de manière écologique et économique, proposer une sorte de projet témoin de réhabilitation de station de montagne», explique Loïc Schaller, auteur du projet de master aux cotés de Lisa Robillard.
La station abritait la gare de départ du téléphérique. Elle est à l’abandon depuis sa mise en faillite il y a six ans. «Beaucoup de personnes de la région de Bourg-Saint-Pierre y sont attachées, c’est là qu’elles ont appris à skier. Nous ne voulions donc pas dénaturer le bâtiment existant avec un projet démesuré́, mais le rendre viable, rentable et l’intégrer à la culture locale», détaille le jeune architecte.
Le projet propose ainsi d’accentuer les activités sportives de la région en offrant aux randonneurs, cyclistes et amateurs de peau de phoque un vrai lieu de rencontre et de dépôt pour leur matériel. L’espace accueillerait également un restaurant et un musée historique dédié́ à la construction du tunnel du Grand-Saint-Bernard. Ce musée serait intégré́ à l’offre culturelle de la région, à l’instar de
la Fondation Gianadda et de la Fondation Barry, à Martigny. Il entrerait en écho avec la récente candidature de la région Aoste- Martigny pour entrer au patrimoine mondial de l’UNESCO.
 
Un musée dédié à la construction du tunnel.
 
Réhabiliter plutôt que détruire ou construire
«Les stations de ski ne peuvent plus compter sur la saison hivernale pour être rentables. Nous avons donc voulu leur montrer les options qui s’offraient à elles pour étendre leurs activités le reste de l’année, précise Loïc Schaller. Les travaux que nous proposons sont minimalistes et peu gourmands en énergie grise. Au final, nous voulions montrer qu’il est plus rentable de réhabiliter ces bâtiments que de les détruire.»
Le constat est le même du coté́ des auteurs du projet de la banque de graines florales: «Exploiter le potentiel des bâtisses abandonnées permet d’éviter le mitage du territoire en montagne», souligne Yannick Guillermin. «Et il n’y a pas que les anciennes stations de ski à exploiter», ajoute son camarade de projet de master, Sacha Rey, «mais aussi les anciens bunkers de l’armée, les cabanes de montagnes, les barrages abandonnés et bientôt, à l’heure de la fibre optique, les infrastructures liées aux antennes téléphoniques.» Autant de futurs chantiers pour les architectes.
 
Sandrine Perroud
Service de presse EPFL
Tél.: 079 656 32 09
sandrine.perroud@epfl.ch


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