28 Juillet 2016  |  Environnement
Publié dans Sécurité Environnement 02/2016

Un institut polaire et une expédition en Antarctique

Le Swiss Polar Institute sera dédié́ à l’étude des pôles et des environnements extrêmes. Son premier projet est d’envergure: une expédition scientifique internationale de circumnavigation autour du continent Antarctique, réunissant 55 chercheurs issus de 30 pays et travaillant sur 22 projets de recherche.

L’avenir des pôles représente un enjeu crucial. Ces régions, qui subissent de plein fouet les impacts du réchauffement, feront l’objet, dans les prochaines décennies, de larges négociations au niveau mondial. Pour apporter sa pierre et faire entendre sa voix dans un domaine où elle possède déjà̀ une solide expertise, la Suisse annonce aujourd’hui la création du Swiss Polar Institute (SPI).
 
Une cinquantaine de chercheurs du monde entier embarqueront pour trois mois à bord de l’Akademik Treshnikov, un navire russe dédié́ à la recherche scientifique.(© AARI )
 
Un consortium d’universités suisses
Ce nouveau centre interdisciplinaire sera dédié́ à la recherche sur les pôles et autres environnements extrêmes. Basé à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), cet institut est un consortium d’universités suisses, composé de l’EPFL, de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et de l’Université́ de Berne - cofondé avec les Editions Paulsen. Placé sous le patronage du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), le Swiss Polar Institute aura un ancrage national et une vocation résolument internationale.
L’explorateur polaire Frederik Paulsen est à l’origine d’une telle initiative: «Le SPI va permettre de faire avancer la recherche dans les environnements extrêmes et contribuer au développement de la science polaire, ainsi que favoriser les échanges entre les institutions publiques et académiques, l’industrie et des partenaires privés», a-t-il déclaré.
 
Un projet d’envergure
Pour marquer son démarrage, le SPI lance un projet d’envergure: l’Antarctic Circumnavigation Expedition (ACE), la première expédition scientifique à faire le tour complet du continent Antarctique. Cette opération, dont le cœur logistique est soutenu par l’entreprise Ferring Pharmaceuticals, a pour but de mesurer et quantifier l’impact des changements climatiques et de la pollution dans l’océan Austral.
Fin décembre 2016, une cinquantaine de chercheurs du monde entier embarqueront pour trois mois à bord de l’Akademik Treshnikov, un navire russe dédié́ à la recherche scientifique. Vingt-deux projets de recherche – émanant d’équipes suisses, mais aussi britanniques, françaises, australiennes, etc. - ont été́ sélectionnés pour être menés à bien durant ce voyage. Ils touchent des domaines aussi variés que la glaciologie, la climatologie, la biologie et l’océanographies.
 
A la station Davis en février 2016, un capteur installé sur un éléphant de mer permet de mesurer la conductivité et la température de l’eau de mer pendant la plongée de l’animal. (Illustration Clive McMahon)
 
Des liens entre milieux polaires et régions alpines
Ce projet d’envergure illustre parfaitement la mission du SPI. En effet, la nouvelle entité́ se veut une plate-forme où les experts mondiaux de la recherche polaire pourront conjuguer leurs connaissances - en faisant des liens entre milieux polaires et régions alpines, par exemple, à l’instar de ce qui est fait dans le domaine spatial.
«Le paysage suisse des hautes écoles doit sa compétitivité́ à l’association judicieuse des principes de concurrence et de coopération institutionnelles», explique Mauro Dell’Ambrogio, Secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation. «Le Swiss Polar Institute est un exemple fort de coopération intelligente», ajoute-t-il.
Le centre aura aussi pour rôle de faire l’état des lieux, d’énoncer et de sensibiliser le public aux multiples enjeux que pose l’évolution des pôles et du climat en général. Ses activités auront des retombées sur le développement des technologies adaptées aux milieux extrêmes. Le SPI offrira ainsi un atout de poids à la Suisse, qui veut être un acteur déterminant dans le cadre des accords internationaux sur l’avenir des régions polaires, notamment dans les discussions sur le Traité de l’Antarctique.
 
En jeu: l’équilibre climatique de la Terre
Etudier et mieux comprendre le fonctionnement des pôles, qui jouent un rôle central dans l’équilibre climatique terrestre, est capital. Régulé́ par les échanges entre courants atmosphériques et océaniques, le climat agit comme une immense machine thermique. Celle-ci dépend directement du mouvement de convection existant entre régions polaires et régions tropicales: des courants marins d’eaux glacées vont, en profondeur, des pôles vers l’équateur, tandis qu’inversement, des eaux et de l’air chauds sont acheminés en surface vers les régions froides. Cette mécanique à la fois complexe et fragile joue également un rôle crucial dans le cycle du carbone, en permettant l’absorption dans les océans d’une grande partie du CO2dissous dans l’atmosphère.
Bien que largement préservés de l’implantation et des activités humaines, les environnements polaires en subissent directement les conséquences. «Essentiels pour l’équilibre du climat, les pôles sont aussi les régions les plus sensibles aux changements. C’est là que l’on enregistre les plus grands écarts de températures», relève Philippe Gillet, vice-président de l’EPFL, spécialiste en sciences de la Terre et en planétologie. De fait, l’hiver 2015-2016 a été́ le plus doux jamais enregistré au pôle Nord, avec des températures positives en décembre et janvier, alors qu’habituellement, elles frôlent les -20 °C à cette période.
 
Le radar WaMoS II monté sur la proue d’un navire permet de détecter l’élévation de la surface de l’océan Au cours de l’expédition ACE, ce système sera installé sur le navire de recherche pour relever des données sur les vagues dans l’océan Austral.(Univ. of St. Andrews (UK) - Andrew Brierley)
 
De possibles découvertes
Les vingt-deux projets retenus porteront sur des sujets aussi variés que la composition du plancton, la vie d’espèces animales menacées, la présence de micro-plastiques dans les eaux environnantes, le cycle du carbone, les micro-organismes prospérant dans les fonds marins ou dans la glace, l’impact des vagues sur les côtes, et bien d’autres encore.
«L’initiative ACE est une opportunité́ unique», commente le professeur Jean Jouzel, glaciologue et climatologue, membre du panel ACE. Réunir autant de projets et de disciplines différentes pour faire le tour de l’Antarctique et collecter un nombre significatif de données scientifiques nous permettra de mieux comprendre le passé et d’anticiper l’avenir de l’Océan austral. Car bien qu’elle soit isolée, cette partie du globe subit durement les effets de l’activité́ humaine et du changement climatique. C’est une région clé́, dont dépendent le cycle du carbone et le sort du continent Antarctique. Dans les siècles à venir, elle pourrait donc jouer un rôle crucial dans la montée du niveau des mers», poursuit le chercheur.
 
Des techniques d’avant-garde
Ces recherches feront appel aux techniques de collecte et d’analyse de données les plus avancées. Réalisées dans des milieux extrêmes encore peu explorés, elles permettront d’en savoir plus sur des composés biochimiques et des micro-organismes encore jamais ou peu étudiés. Les résultats pourraient donc mener à des découvertes et à de nouvelles applications intéressantes en biotechnologie, en médecine ou en science de l’environnement.
 
Des défis mondiaux
Le Swiss Polar Institute valorise les contributions scientifiques, économiques et diplomatiques suisses à la compréhension et la résolution des grands défis mondiaux, tels que les changements climatiques et environnementaux ou la gestion des ressources globales, grâce aux développements scientifiques et technologiques les plus avancés. Il relie la recherche sur les pôles et autres environnements extrêmes (écosystèmes alpins, lacs, glaciers, réseaux fluviaux, systèmes planétaires) aux derniers développements technologiques, dans des domaines tels que les satellites, la télédétection et autres technologies spatiales, ou encore le traitement des données, les drones, la robotique, les capteurs environnementaux, la gestion de données massives, les énergies renouvelables, la médecine, etc.
 
Ferring Pharmaceuticals
Basée en Suisse, Ferring Pharmaceuticals est une société́ biopharmaceutique privée, axée sur la recherche et active au niveau mondial. Elle identifie, développe et commercialise des produits innovants dans les domaines de la santé reproductive, l’urologie, la gastro-entérologie, l’endocrinologie et l’orthopédie. Elle dispose de filiales dans une soixantaine de pays et commercialise ses produits dans 110 pays.
www.ferring.com
 
Le Traité sur l’Antarctique
Le Traité sur l’Antarctique a été signé à Washington le 1er décembre 1959 par les douze pays dont des scientifiques s’étaient livrés à des activités dans et autour de l’Antarctique pendant l’Année géophysique internationale 1957-1958. Il est entré en vigueur en 1961. Depuis, un nombre élevé d’autres nations y ont adhéré pour porter à 53 aujourd’hui le nombre total des parties.
Au nombre des dispositions importantes du Traité figurent les suivantes:
  • Seules les activités pacifiques sont autorisées dans l’Antarctique. (Article premier)
  • La liberté de la recherche scientifique dans l’Antarctique et la coopération à cette fin (…) se poursuivront.(Article II)
  • Les observations et les résultats scientifiques de l’Antarctique seront échangés et rendus librement disponibles.(Article III)
  • Aucun acte ou activité intervenant pendant la durée du présent Traité ne constituera une base permettant de faire valoir, de soutenir ou de contester une revendication de souveraineté territoriale dans l’Antarctique, ni ne créera des droits de souveraineté dans cette région. Aucune revendication nouvelle, ni aucune extension d’une revendication de souveraineté territoriale précédemment affirmée, ne devra être présentée pendant la durée du présent Traité.(Article IV)
 
Philippe Gillet
EPFL
Tél.: 021 693 70 58
philippe.gillet@epfl.ch
 
Gottardo Pestalozzi
WSL
Tél.: 044 739 22 40 / 079 224 20 18
gottardo.pestalozzi@wsl.ch
 
Claudia Naegeli
EPFZ
Tél.: 044 632 41 41
mediarelations@hk.ethz.ch
 
Prof. Thomas Stocker
Université de Berne
stocker@climate.unibe.ch
Tél.: 031 631 44 62
 
Nicole Barraud-Estoppey
Ferring Pharmaceuticals
Tél.: 058 301 00 53
nicole.barraud-estoppey@ferring.com


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