25 Octobre 2017  |  Éditorial
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 10/2017

Éditorial (10/2017)

Cassini a rejoint Galileo
Le 15 septembre dernier, vingt ans après avoir quitté la Terre, la sonde Cassini a plongé dans l’atmosphère de Saturne, après avoir effectué vingt-deux passages entre la planète géante et ses anneaux. Cette mission a fait l’objet d’une remarquable collaboration entre la NASA et l’Agence spatiale européenne; en effet, c’est l’ESA qui a construit le module Huygens, qui s’est détaché de Cassini pour aller se poser sur le satellite Titan. La moisson de données et d’images récoltées par la sonde et son atterrisseur est exceptionnelle. Elle donnera du grain à moudre aux scientifiques pendant des décennies.
Durant les treize ans passés en orbite autour de Saturne, Cassini a scruté les moindres recoins de la planète aux anneaux et de ses lunes, découvrant de nombreux objets célestes, dont six satellites. Elle a pris un demi-million de photos à très haute résolution et collecté plus de 5000 Gbit de données. Elle a fourni, lors de sa plongée finale, des informations sur les champs gravitationnel et magnétique de l’astre, ainsi que sur son atmosphère.
Mais les découvertes les plus extraordinaires concernent les deux satellites, Encelade et Titan. Cassini a d’abord enregistré des températures anormalement élevées au pôle sud du premier, puis découvert de gigantesques panaches de gaz et de glace s’y échappant. Elle a traversé ces geysers et y a détecté de l’hydrogène, mais aussi des composés organiques et du sel, prouvant ainsi qu’un océan existe sous la croûte gelée d’Encelade et qu’il repose sur un fond rocheux. Et là où l’eau est présente sous forme liquide, la vie a des chances de se développer.
Sur Titan, le module Huygens a repéré des lacs d’hydrocarbures, ainsi qu’une atmosphère comportant, outre de l’azote, une cinquantaine d’ions organiques de très haut poids moléculaire. Il a mesuré les vents et les températures, déterminé la nature du sol du satellite et sa topographie. Les scientifiques pensent également qu’un océan d’eau est enfoui 50 km sous sa surface.
Ces deux caractéristiques font de Titan le seul corps du Système solaire, avec la Terre, à posséder une étendue liquide à sa surface, ainsi qu’une atmosphère majoritairement composée d’azote. Des processus chimiques complexes peuvent donc s’y dérouler, comme des réactions d’oxydo-réduction et même prébiotiques, fournissant une énergie propice à l’émergence d’acides aminés, voire de micro-organismes. C’est la puissance gravitationnelle de Saturne qui fournirait à ses satellites l’énergie nécessaire à ces phénomènes.
À l’instar de la chute de Galileo sur Jupiter il y a 15 ans, la destruction programmée de Cassini était indispensable pour éviter que la sonde s’écrase sur Titan ou Encelade, risquant de contaminer par des bactéries importées de la Terre, l’un de ces deux astres qui possèdent des conditions favorables à l’apparition de la vie.
 
par Michel Giannoni


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