22 Juillet 2016  |  Génie civil
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 05/2016

Deux mille cinq cent tonnes poussées à travers l’Arve

Michel Giannoni

Depuis le premier coup de pioche donné en novembre 2011, le chantier CEVA – la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-vives-Annemasse – se concrétise avec le percement de tunnels et la construction de ponts et de gares. Le 16 avril a été inauguré le pont sur l’Arve reliant les tunnels de Pinchat et de Champel. Mais il a d’abord fallu pousser à travers la rivière ce mastodonte de 2500 tonnes.

Après avoir été́ construit en atelier, puis assemblé, soudé et peint sur le site du Val d’Arve – des travaux qui ont duré près d’un an –, le pont sur l’Arve reliant les tunnels de Pinchat et de Champel a été́ poussé pendant trois jours pour rejoindre l’autre rive. Il s’agit d’une technique exceptionnelle, en raison de l’ampleur de l’ouvrage.
C’est grâce à la force de deux vérins ancrés à l’avant du pont, sur la culée de la rive de Carouge, que le mastodonte a décollé́ le 12 avril, pour d’abord atteindre la première pile provisoire positionnée dans l’Arve, puis la deuxième, afin de parvenir à sa position définitive deux jours plus tard.
 
Le pont prêt à être poussé à travers l’Arve. Seul l’avant-bec dépasse de la butte.
 
Une structure métallique de 2500 t
Cet ouvrage composé d’une structure métallique a un poids de 2500 t –dont 1200 t de métal et 1300 t de béton. Au final, il pèsera quelque 3800 t, pour 87 m de long et environ 10 m de large et 10 m de haut.
Le pont a été poussé au-dessus de l’Arve sur une distance de 80 m, à l’aide de deux vérins hydrauliques entraînés par des moteurs électriques de 30 kVA, ancrés à l’avant, sur la culée de la rive carougeoise. Chaque vérin peut, à l’aide de câbles, tirer jusqu’à 200 t. Durant l’opération, ils n’ont eu à tirer que 130 t.
 
Les deux groupes hydrauliques actionnant les vérins. En arrière-plan, l’un des vérins avec les câbles de traction.
 
Un poussage à la vitesse d’un escargot
Le poussage a été effectué –sans compter les arrêts –à une vitesse de 7 m/h, celle d’un escargot. Une soixantaine de personnes –ingénieurs et ouvriers – étaient présents sur le site pour s’assurer que tout se passe bien. Afin de permettre à l’ouvrage de glisser, des patins en téflon-néoprène ont été posés au fur et à mesure sous la surface du pont, «un peu sur le modèle de l’Egypte ancienne, où des rouleaux en bois étaient utilisés pour déplacer de gros blocs de pierre», explique Tiziano Bernasconi, le chef de projet.
L’infrastructure a ensuite glissé sur des appuis provisoires qui ont été érigés au milieu de la rivière. Des guides métalliques dressés sur chacun de ces appuis ont permis d’assurer le bon alignement du pont durant l’opération. Lorsqu’il a atteint sa position définitive, l’avant-bec en métal blanc installé en tête de la structure a été démonté. On a alors légèrement surélevé le pont, afin de pouvoir positionner ses appuis définitifs.
«Ces étapes importantes permettent de mettre en valeur le travail effectué depuis plusieurs mois par les collaborateurs des entreprises et mandataires impliqués, et de montrer que le projet CEVA continue de se matérialiser pas à pas», a déclaré́ Antoine Da Trindade, le directeur de projet.
 
Le pont dans sa position définitive. Les deux supports au milieu de la rivière n’ont pas encore été retirés.
 
Conçu pour s’intégrer dans le paysage
D’une longueur de 87 m, ce pont vitré, lauréat du concours d’architecture organisé en été 2004 et remporté par le groupement genevois Vd’A, est conçu pour s’intégrer harmonieusement dans le paysage verdoyant des falaises de l’Arve, qu’il surplombe de 6 m environ, en fonction de la hauteur de la rivière. Sa structure entièrement fermée par des panneaux de verre à facettes contribuera à réduire le bruit lors du passage du train.
 
 
L’inauguration a attiré un large public
Le jour de l’inauguration, le vendredi 15 avril, le site du Val d’Arve a ouvert ses portes au public. Près de 1500 visiteurs ont pu se rendre sur le pont enjambant l’Arve, découvrir cet imposant ouvrage et revoir le poussage grâce au film projeté́ sur écran. Une exposition de photographies retraçant les différentes étapes de la construction a été présentée le long du chemin des Orpailleurs, jusqu’au 25 avril.
 
Le pont tel qu’il sera lors de sa mise en service en 2019, avec le vitrage contribuant à réduire le bruit lors du passage des trains. (Infographie CEVA)
 
La poursuite des travaux
À la suite du poussage qui vient d’être effectué,la construction des tranchées de liaison sur chaque rive a débuté. Il faudra encore bétonner la partie supérieure de l’ouvrage et construire les banquettes. Un chemin pour les piétons, desservant les installations sportives de Carouge, situées de part et d’autre de l’Arve, sera aménagé sur le toit du pont. Ce n’est qu’à la fin des travaux, que le vitrage sera posé, peu avant la mise en service prévue en 2019.
 
Le projet CEVA
Le chantier CEVA a débuté en novembre 2011. Cette ligne ferroviaire reliera la gare de Cornavin à Annemasse en 20 minutes, à raison de six trains par heure. Bien plus qu’une liaison entre la rive gauche et la rive droite, CEVA est un trait d’union pour toute une région, permettant de relier près d’un million d’habitants. Le réseau de mobilité du Grand Genève développe des connexions simples et rapides, coordonnées avec ce nouveau tracé.
De nouveaux quartiers prendront vie autour des stations CEVA, avec des logements, des écoles, des surfaces commerciales et des zones de loisirs. Tout au long de la ligne, de nouveaux espaces publics s’installeront: places de la gare, voie verte et promenades accueilleront piétons et cyclistes. Echelonnés sur environ six ans, ces développements sont synonymes d’un nouveau souffle pour la région, avec une vision et une perspective pour le long terme.
www.ceva.ch
 


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