21 Janvier 2019  |  Vie des entreprises
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 11/2018

Un bachelor comme plateforme de lancement, un master pour l’avenir

Elsbeth Heinzelmann*

Non, il n’est pas question ici du célibataire le plus séduisant du paysage télévisuel helvétique, mais bien d’un baccalauréat universitaire: le Bachelor of Science en Microtechnique et technique médicale proposé par la Haute école spécialisée bernoise. Les étudiants peuvent ensuite opter, parmi vingt masters, pour le Master of Science in Biomedical Engineering.

Un projet commun de la Haute école spécialisée bernoise (BFH) et de l’Université de Berne, en liaison avec l’Institute for Surgical Technology and Biomechanics (ISTB) et l’ARTORG Center for Biomedical Engineering Research, a permis de mettre sur pied le «Bachelor of Science en Microtechnique et technique médicale», ainsi que le «Master of Science in Biomedical Engineering».
 
Andreas Waldmann, directeur des affaires cliniques chez Swisstom AG. (Photo: vorfilm.ch)
 
 
Regarder à l’intérieur de la cage thoracique
Tout a commencé par une vision, se souvient Stephan Böhm, docteur en médecine. «Aux soins intensifs, je voyais mourir certains de mes patients sous ventilation artificielle; j’aurais tellement voulu pouvoir regarder à l’intérieur de leur cage thoracique et optimiser leur traitement…». Avec le soutien de confrères, l’idée lui est venue d’obtenir des images du poumon ventilé en utilisant la tomographie par impédance électrique (TIE), directement au chevet du patient et sans effet indésirable. De faibles flux de courants alternatifs circulent à travers le thorax et génèrent, à la surface, une tension électrique que trente-deux électrodes placées dans une ceinture spécialement conçue à cet effet, permettent de mesurer.
 
Une ceinture pour un appareil TIE
Andreas Waldmann a la créativité dans le sang. Tout jeune enfant, lorsqu’il assemblait ses Lego de couleur ou bricolait avec son jeu de construction KAPLA, il faisait preuve d’une grande imagination. Devenu trop grand pour jouer avec les planchettes en pin, il entreprit un apprentissage d’électronicien chez Siemens à Albisrieden, dans la banlieue de Zurich. Il effectua ensuite son service militaire en tant que sanitaire à l’hôpital municipal Triemli à Zurich. «Mon travail consistait à laver les patients et à mesurer leur pression artérielle et leur température», se souvient-il. C’est cette première impression de la technique médicale pratique qui l’a fasciné et incité à entreprendre un BSc. en microtechnique et technique médicale à la Haute école spécialisée bernoise.
Dans le cadre de son travail de bachelor, la tâche d’Andreas Waldmann a consisté, avec Thomas Riedel, docteur en médecine et privat-docent à l’Hôpital de l’Île, à équiper une ceinture de seize électrodes passives pour un appareil TIE, dans le but d’enregistrer la fonction pulmonaire de patients. «L’innovation résidait dans le fait qu’il n’était plus nécessaire de coller manuellement les électrodes d’ECG l’une après l’autre, comme c’était le cas auparavant, mais qu’elles étaient intégrées dans la ceinture», explique Andreas.

Des électrodes brodées – une idée folle ?
Chaque électrode, formée d’un fil électrique conducteur, est reliée à une conduite d’alimentation constituée de circuits brodés sur une seconde couche textile placée sur une première, du côté qui n’est pas en contact avec le corps. Chacune des électrodes est reliée au circuit conducteur correspondant, par une surface de contact. Cette tâche a été confiée à la société saint-galloise Bischoff, spécialisée dans les broderies suisses haut de gamme.
Ce projet témoigne de manière exemplaire, du caractère interdisciplinaire de la filière microtechnique et technique médicale de la BFH, dans laquelle les étudiants associent électronique, mécanique et informatique dans l’optique de développer des applications profitant aux patients. Les professeurs Jörn Justiz et Volker Koch de la BFH ajoutent: «Pour ce travail de bachelor, Andreas Waldmann a obtenu le prix de l’innovation de Berthoud, doté de 10’000 francs».
Parallèlement, avec son collègue Josef Brunner, le Dr Stephan Böhm a fondé, à Landquart, la société Swisstom, spécialisée dans la fabrication de ceintures d’électrodes pour la surveillance pulmonaire par tomographie par impédance électrique. «Compte tenu de nos compétences et de notre intérêt commun pour la TEI, nous avons lancé un projet CTI (Commission pour la technologie et l’innovation) avec la participation d’Andreas Waldmann», raconte Volker Koch. «Andreas a travaillé pendant toutes ses études de master sur ce thème, auquel il a également consacré son mémoire de Master in Biomedical Engineering», ajoute-t-il.
 
Parler le langage des médecins en étant compréhensible
Andreas Waldmann a ensuite effectué quatre mois de service civil au service pédiatrique de l’Hôpital de l’Île, auprès du Dr Thomas Riedel. C’est alors qu’il a pris sa décision de partir s’installer à Landquart. Il y occupe maintenant le poste de directeur des affaires cliniques chez Swisstom. «Avec sept spécialistes, nous sommes une petite entreprise qui réalise des développements en équipe. Chacun est responsable, apporte sa contribution sur la base de ses compétences professionnelles, et tous tirent à la même corde», résume-t-il. «Aujourd’hui, je profite des acquis de ma formation: l’Université de Berne est plutôt scientifique, la BFH, quant à elle, est axée sur la pratique. Mais toutes deux enseignent aux étudiants comment aborder et développer des projets avec logique, prendre des responsabilités et faire preuve d’autonomie. Dans le domaine des dispositifs médicaux techniques, il est important de parler le langage des médecins et, en tant qu’ingénieur, d’être compréhensible. Les projets CTI sont particulièrement instructifs pour les étudiants, dans la mesure où ils constituent d’importants défis», conclut-il
À la BFH, le Bachelor of Science en microtechnique et technique médicale forme les étudiants, non seulement à devenir des généralistes, mais aussi des spécialistes de techniques à très petite échelle. Les matières abordées vont de l’optique et de la technologie des capteurs, à la technique médicale, en passant par la robotique. (www.bfh.ch/bachelor).

Aymeric Niederhauser, créateur professionnel chez Creaholic SA.
 
 
Embrasser de nouveaux défis
Adrian Sallaz qui, avant son activité de collaborateur scientifique à la BFH, avait effectué un apprentissage professionnel de polymécanicien dans une grande entreprise de technique médicale, a un parcours similaire. «Ici, selon l’usage qui est fait de la machine, nous rencontrons sans cesse de nouveaux problèmes particulièrement complexes», raconte Adrian avec enthousiasme. Ce qu’il a trouvé fascinant, c’est de constater que, dans l’industrie des machines, des problèmes épineux étaient parfois résolus grâce à des idées simples.
«Je m’efforce de résoudre les problèmes avec simplicité tout en tenant compte des aspects pratiques», ajoute-t-il. Il a ensuite décidé d’entreprendre un BSc. de Microtechnique et technique médicale à la BFH, où il s’est familiarisé avec l’électronique et, partant, la programmation. «Sans ces deux disciplines, de nos jours, on ne va pas loin !». Adrian a saisi la chance qui lui était offerte de travailler à temps partiel à la BFH et s’est lancé dans un Master in Biomedical Engineering avec une spécialisation dans les implants électroniques.
 
Un système de perçage chirurgical avec neuromonitorage
Son mémoire de master fut consacré à un système de perçage chirurgical à haute vitesse avec neuromonitorage intégré. Réalisé sur mandat de la société Bien-Air du Noirmont (JU), ce projet a été une grande réussite. «Adrian Sallaz est même maintenant cité en tant qu’inventeur sur un brevet», se félicite Volker Koch. Cette fructueuse collaboration a conduit à un projet subventionné par Innosuisse (anciennement CTI), sur lequel Adrian a travaillé pendant près de deux ans avec ses collègues Roman Amrein et Sascha Tschabold, ainsi que d’autres ingénieurs et étudiants, sous la direction des professeurs Koch et Justiz.
 
L’apport d’un spécialiste de l’automatisation
Un jour, un collègue lui a soufflé que le spécialiste de l’automatisation Balluff AG, de Bellmund (BE), qui propose des technologies de capteurs destinées notamment à l’industrie à l’échelle internationale, était à la recherche d’un développeur ingénieux pour son équipe de quatre personnes. Après s’être rapidement informé sur la structure de cette entreprise dirigée par la même famille depuis quatre générations, comptant 3600 collaborateurs et des sites de production dans le monde entier, Adrian Sallaz a estimé que c’était là une bonne idée.
Le contrat a été signé en mai 2018 et Adrian s’enthousiasme: «Avec Balluff, je voudrais contribuer à développer quelque chose qui n’existe pas encore et dont le marché a besoin, acquérir de nouveaux clients et faire progresser l’entreprise. Beaucoup de choses apprises durant le cursus ne prennent toute leur signification que plus tard dans la pratique, lorsque nous pouvons nous en servir avec un objectif précis», déclare-t-il.
 
La collaboration entre la BFH et l’Université de Berne
À la Haute école spécialisée bernoise, la filière de Master of Science in Biomedical Engineering est dirigée par le professeur Volker Koch. Grâce à la collaboration entre la BFH et l’Université de Berne, les étudiants diplômés d’une haute école ont accès directement à cette filière. Le cursus, d’une durée de deux ans, est dispensé entièrement en anglais et axé sur la pratique. Il existe en particulier des liens étroits avec l’Hôpital de l’Île et, dans de nombreux projets, avec des entreprises industrielles. Les diplômés bénéficient d’excellentes possibilités de carrière, dans l’industrie comme dans le monde scientifique. Ainsi, même d’anciens étudiants de hautes écoles peuvent obtenir un titre de docteur à la suite de ce master.
(www.bfh.ch/master)
 
La créativité dans le sang
Aymeric Niederhauser était encore bien loin d’entreprendre un master lorsque, petit garçon, il a été fasciné par ce qui se cachait sous le capot des voitures. C’est la volonté de développer des objets – en association, par exemple, avec la technique médicale conçue pour l’humain – qui, après un apprentissage de mécanicien, l’a incité à entreprendre un BSc. en Microtechnique et technique médicale, avec spécialisation en technique médicale, robotique et mécatronique.
«Ce qui m’intéressait, c’était de travailler sur de nouveaux appareils ayant un impact positif sur les patients. À la BFH, j’appréciais le savoir-faire de chacun, la facilité avec laquelle on pouvait approcher l’autre et comment on profite, dans une équipe, d’effets de synergie et du rapprochement de différentes technologies», déclare-t-il.
Après le BSc., il a opté pour le MSc. in Biomedical Engineering à l’Université de Berne. «Ce fut une période très instructive, car les enseignants nous transmettaient le savoir requis sur un mode très vivant, à l’appui d’exemples concrets. En plus du master, je travaillais deux jours par semaine à la BFH en tant que collaborateur scientifique. Durant cette période, j’ai profité de l’atmosphère anglophone de la filière de master, mais j’ai appris aussi comment intégrer, dès le départ, un client ou un utilisateur dans le processus de développement», explique-t-il.

Adrian Sallaz, collaborateur scientifique HuCE BFH Bienne. Activité future chez Balluff AG.
 
 
L’esprit créatif d’un spécialiste de l’innovation
Lors de la journée d’introduction à la BFH, Elmar Mock, l’esprit créatif de Creaholic – le spécialiste de l’innovation de Bienne – a fait une intervention. Ses paroles se sont ancrées profondément dans le cerveau d’Aymeric: «Tout ce que tu vas apprendre est d’une manière ou d’une autre formaté et structuré. Enregistre autant que tu peux et utilise ce que tu juges utile..., mais sans étouffer ni encore moins asphyxier ta créativité». Oui, nous devrions autoriser une dose de folie ! Et cela de la bouche d’un horloger qui avait lancé la légendaire montre Swatch avec son collègue Jacques Müller, développé des piézomoteurs de haute efficacité et un lave-mains qui économise jusqu’à 90 % d’eau. À cette époque, Aymeric Niederhauser ne s’imaginait pas à quel point ces paroles allaient influencer sa carrière.
 
Une nouvelle dynamique pour des idées révolutionnaires
Après ses études, Aymeric Niederhauser s’est mis à la recherche d’un emploi. Inspiré par les mots d’Elmar Mock entendus à l’époque, il a posé sa candidature chez Creaholic. Là, il peut laisser libre cours à sa créativité car, contrairement aux bureaux d’études traditionnels, cette entreprise travaille de manière ciblée, avec des clients prêts pour des innovations révolutionnaires et ce, avant même que le cahier des charges ait été élaboré.
Au printemps 2017, Creaholic a conclu un partenariat d’innovation stratégique avec Swisscom. Dans ce cadre, il a renforcé son équipe en y intégrant vingt-cinq spécialistes de «design thinking» de Swisscom. L’innovation s’est ainsi étendue non seulement aux produits et aux services, mais également à la manière dont travaillent les organisations. Par ailleurs, les équipes de projet – qui portent le nom de «dream teams» chez Creaholic –, dans lesquelles travaille aujourd’hui Aymeric, peuvent être groupées de manières à exploiter mieux encore le potentiel d’innovation.
Depuis sa fondation en 1986, Creaholic a lancé douze jeunes pousses qui développent et commercialisent des produits et des services innovants. Sans doute Henry Ford avait-il raison lorsqu’il disait: «La compétitivité d’un pays ne commence pas dans la halle d’une usine ou dans un laboratoire de recherche. Elle commence dans les salles de classe !».
 
Contact pour la filière de Master in Biomedical Engineering:
Prof. Volker M. Koch
volker.koch@bfh.ch
www.ti.bfh.ch/bme-master
 
Contact pour la spécialisation en technique médicale dans le cadre du Bachelor of Science en Microtechnique et technique médicale
Prof. Jörn Justiz
joern.justiz@bfh.ch
 

*Journaliste science + technologie


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