12 Juillet 2017  |  Vie des entreprises
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 04/2017

Décolletage et taillage dans l’Arc jurassien

Edouard Huguelet

L’association professionnelle suisse AFDT (Association des fabricants de décolletages et de taillages) a convié la presse à deux journées de conférences et de visites d’entreprises. Cette branche industrielle, relativement peu connue sort de sa réserve pour se présenter, en portant l’accent sur son implantation traditionnelle dans l’Arc jurassien.

La Suisse est l’un des centres de production les plus importants au monde en matière de décolletage. «Près de 60 % de sa production s’exporte directement dans le monde entier et notre pays recense plus de 230 entreprises actives dans ce secteur, occupant en tout quelque 4000 collaborateurs», affirme Dominique Lauener, actuel président de l’AFDT, qui précise: «L’Arc jurassien regroupe en fait la moitié des entreprises de décolletage installées en Suisse».
L’association fédère actuellement 56 entreprises du domaine du décolletage et du taillage, sises dans les cantons de Berne, Neuchâtel, Vaud et Jura. En ce qui concerne les exportations, les produits issus de la branche du décolletage s’adressent principalement au secteur de l’automobile, de l’aérospatial, de l’aéronautique et de la défense, ainsi qu’à l’industrie médicale, à la connectique et à l’appareillage. Quant à la demande indigène, elle reste certes toujours fortement orientée vers l’horlogerie, mais elle se dirige de plus en plus vers d’autres secteurs, comme les techniques médicales, la connectique et l’appareillage fin.
Pour ce qui concerne l’appareil de production, les machines à commande CNC ont permis de réaliser des pièces plus complexes, mais les tours automatiques traditionnels à cames n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sont imbattables pour la production de pièces simples et précises produites en grandes séries.
 
Tours automatiques à cames: disposition caractéristique des porte-outils (porte-burins en étoile et bascule porte-burins).Source: Famille Petermann, Moutier
 
 
De notables atouts, mais aussi quelques faiblesses
Dominique Lauener évoque les points forts de notre industrie: «Ce sont avant tout le savoir-faire d’une main-d’œuvre reconnue mondialement grâce à une formation professionnelle adéquate et à une longue tradition de haute précision, une industrie des machines performante, des fabricants d’outillage de précision compétents et aussi des producteurs de métaux et alliages semi-finis». Ces arguments, qui concernent l’ensemble de la branche MEM (machines, équipements électriques et métaux) suisse, s’appliquent évidemment par analogie au secteur spécifique du décolletage et du taillage.
«Il faut néanmoins relever quelques faiblesses, notamment les effets pervers du franc fort qui pénalisent depuis quelques années déjà nos exportations, une rétribution plus élevée du personnel en comparaison mondiale, ainsi que le coût de l’immobilier, de même qu’un manque croissant de main d’œuvre qualifiée», constate Dominique Lauener. L’association qu’il préside en est consciente et a déjà commencé, en collaboration avec le CIP-CTDT, à relever le défi en matière de formation, formation continue et promotion-valorisation des métiers de la branche, qu’il s’agisse de post-formation, de reconversion pour adultes ou d’acquisition du métier pour les jeunes.
 
Tour automatique à commande CNC. Exemple: Tornos SwissNano.
 
 
Les métiers de la mécanique et tout spécialement ceux du décolletage et du taillage ont longtemps eu mauvaise presse. Et pourtant tout évolue. Depuis plusieurs années déjà, les conditions ont changé: les ateliers d’antan, sombres, crasseux, bruyants et à l’atmosphère embrumée d’un dense brouillard d’huile ont disparu pour faire place à des usines modernes comportant des systèmes de production à commande numérique, mettant en valeur les potentialités professionnelles des collaborateurs, aussi bien sur le plan pratique que théorique.
 
La formation et le futur
Dans l’Arc jurassien, la formation de base des professionnels de l’industrie de précision est gérée par le CAAJ (Centre d’apprentissage de l’Arc jurassien) implanté à La Chaux-de-Fonds et à Moutier. L’enseignement est dispensé dans les écoles professionnelles, à savoir le CEFF (Centre de formation professionnelle Berne francophone) à St-Imier pour le Jura bernois, le CIFOM (Centre interrégional de formation des montagnes neuchâteloises) au Locle et le CNIP (Centre Neuchâtelois d’Intégration Professionnelle) à Couvet pour le canton de Neuchâtel, ou encore le CEJEF (Centre jurassien d’enseignement et de formation) à Delémont pour le canton du Jura.
Les jeunes gens ayant obtenu un CFC (certificat fédéral de formation) de mécanicien de production ou de polymécanicien – et plus récemment de micromécanicien orientation décolletage – peuvent, en outre, par le biais de la maturité professionnelle –laquelle peut se dérouler en parallèle avec l’apprentissage –, accéder aux études HES avec les niveaux «bachelor» et «master», auprès de hautes écoles d’ingénieurs telles que les HES-SO ou HES-Arc. Une autre passerelle, moins connue, consistant en un cours d’une année au CMS (cours de mathématiques spéciales de l’EPFL), peut également être envisagée à l’issue de la formation avec maturité professionnelle, ouvrant les portes de l’EPFL. Toutes les perspectives sont donc envisageables.
 
Machine automatique à tailler les dentures. Exemple: Affolter AF 110.
 
 
Le CTDT (Centre technique et de formation de l’industrie suisse du décolletage et du taillage), basé au CIP à Tramelan, est spécifiquement actif dans la formation continue et la reconversion professionnelle dans les métiers du décolletage. Un cours de formation initiale de mécaniciens de production pour adultes est également proposé, ainsi que des cours inter-entreprises, de même que d’autres cours dédiés à des sujets spécifiques. En ce qui concerne l’appui pratique, le CIP-CTDT possède deux ateliers, l’un doté de sept décolleteuses CNC, trois tours CNC et deux centres d’usinage CNC, l’autre de treize décolleteuses à cames, six machines à tailler et huit affûteuses.
En ce qui concerne les perspectives de la branche, Dominique Lauener conclut: «Nous arrivons à l’ère des robots et l’on évoque souvent, et même parfois en la mettant à toutes les sauces, la nouvelle orientation industrielle appelée Industrie 4,0 visant une informatisation intégrale et une robotisation poussée des entreprises industrielles». Notons pour terminer qu’une structure spécifique appelée «Plate-forme décolletage» sera proposée aux visiteurs lors du prochain salon SIAMS, qui se déroulera au forum de l’Arc à Moutier du 17 au 20 avril 2018.
 
Le CIP, le CIP-CTDT et l’AFDT
  • Le CIP (Centre Interrégional de Perfectionnement) est une institution de droit public du canton de Berne, qui propose des cours de formation continue, de reconversion et de perfectionnement axés sur la pratique, dans de nombreux domaines.
    www.cip-tramelan.ch
  •  Le CIP-CTDT (Centre technique et de formation de l’industrie suisse du décolletage et du taillage), implanté sur le site du CIP, est un centre de formation continue et de reconversion pour les industries de son ressort.
    www.cip-tramelan.ch/cip-ctdt
  • L’AFDT (Association des fabricants de décolletages et de taillages) dont l’homologue en Suisse alémanique est l’association SwissPrecision, est hébergée au CIP-CTDT. Elle fédère les entreprises du secteur du décolletage et du taillage implantées dans l’Arc jurassien.
    www.afdt.ch
 
 

À suivre: suite et fin de cet article dans La Revue Polytechnique No.5, édition de mai 2017, avec un reportage auprès de trois entreprises actives dans le décolletage, un fabricant de semi-profilés métalliques et un constructeur de tours automatiques.


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