10 Juillet 2017  |  Machines-outils
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 04/2017

Trois témoins du passé

Edouard Huguelet

Avez-vous déjà entendu parler des décolleteuses Gauthier, ESSAIME ou Jean Simon ? Pour découvrir ces réalisations étonnantes et originales des temps anciens, un détour par Moutier s’impose, au Musée du Tour automatique. Elles ont fait l’objet d’une présentation publique du 8 au 12 mars au Forum de l’Arc.

Ces trois machines, vénérables témoins du passé, ont toutes deux points communs: ce sont les réalisations de sociétés industrielles pratiquement inconnues. Elles ont vécu un moment de gloire éphémère avant de disparaître dans l’océan de l’oubli, ceci jusqu’à leur renaissance grâce à une équipe bénévole de mécaniciens qui les ont récupérées et ont rendu à ces joyaux leur lustre du passé.
 
À gauche, Stéphane Froidevaux, à droite Francis Koller, respectivement conservateur et président du
Conseil de fondation du Musée du Tour automatique et d’Histoire de Moutier, présentant la décolleteuse Gauthier. (Photo: RJB)
 
 
De la Forêt noire à Tavannes
Les initiales S et M (S pour Sandoz et M pour Moritz) sont à l’origine du nom de marque ESSAIME, pour une entreprise créée par Charles Sandoz Moritz et qui s’applique à des tours automatiques produits à Tavannes entre 1910 et 1020.
L’histoire démarre en 1908 lorsque Charles Sandoz (second fils d’Henri Sandoz, fondateur de Tavannes Watch Co) et mécanicien de son état, effectue un stage professionnel en Bade Württemberg à Schramberg (Forêt-Noire) pour parfaire ses connaissances, en l’occurrence dans la célèbre société horlogère Junghans. C’est là qu’il imagine la mise au point d’un tour automatique qui pourrait notamment servir à l’usinage des anneaux bélières, qui fixent la chaînes de montres de poche à leurs boîtier.       De retour à Tavannes en octobre 1910, s’inspirant de ses réflexions, Charles Sandoz développe un tour automatique dont la cinématique est inspirée des premières décolleteuses Tornos, Bechler et Petermann, mais dont l’originalité provient du fait qu’il comporte deux broches et deux bascules porte-outils superposées, permettant de quasiment doubler la production d’un tour automatique. C’est à ce moment-là qu’il fonde la société ESSAIME, dont il reste le propriétaire jusqu’en 1920. Dès cette date, les activités de cette dernière sont incorporées au nouveau département mécanique de Tavannes Watch Co, qui deviendra par la suite, à partir de 1938, la fabrique de machines Tavannes Machines Co., qui produisit les célèbres tours automatiques multibroches verticaux Gyromatic. Pour la petite histoire, la décolleteuse ESSAIME, propriété du Musée du Tour automatique, a été récupérée en Australie!
 
Le tour automatique ESSAIME: deux décolleteuses en une.
 
 
Une embrouille technico-politico-commerciale sur fond de Seconde guerre mondiale
Jean Simon (1904-1970) a fondé son atelier de mécanique au début des années trente. Son entreprise, occupant une dizaine de collaborateurs, était établie à Moutier dans un bâtiment appelé «Werkhof», avec pour premières activités la construction de petits tours d’outilleurs pour horlogers et la révision de machines-outils.
La mise en fabrication de tours automatiques date des années 1938-1939. En effet, peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français avait ouvert une mission d’achats à Genève, dont le but était de s’approvisionner très rapidement et massivement en Suisse, de moyens de production pour accélérer ses fabrications d’armement en prévision du conflit imminent. Les tours automatiques de Moutier étaient particulièrement prisés, mais leurs trois fabricants (Petermann, Tornos et Bechler) ne pouvaient satisfaire cette subite demande, notamment en raison du ralentissement de la production provenant du fait qu’un grand nombre de collaborateurs avaient dû rejoindre l’armée. La mission française jugea alors opportun de passer commande pour une vingtaine de décolleteuses de type 15 (passage de barres de diamètre 16 mm maximum) à la société Jean Simon, qui avait opportunément proposé ses services, la moitié du montant de la facture devant être réglée à l’achat et le solde à la livraison. L’affaire fut conclue et les arrhes versées en espèces sonnantes et trébuchantes. Mais suite à l’invasion de la France par les troupes allemandes en juin 1941, il semblerait que seules deux ou trois machines ont finalement été livrées. L’entreprise fut déclarée en faillite en 1942.
 
Le tour automatique Jean Simon: une embrouille commerciale au début de la Première Guerre mondiale.
 

De l’obturateur photographique Prontor aux tours automatiques
Alfred Gauthier fonda en 1902 une société mécanique à Calmbach, dans la vallée de l’Enz, en Forêt-Noire. Ce génial mécanicien a mis au point les fameux obturateurs photographiques Prontor. Le premier modèle, lancé en 1904 et appelé Koilos, était doté d’un dispositif à trois lamelles avec un frein en cuir. D’ailleurs, le logo de la société reproduit l’obturateur à trois lamelles à moitié ouvert, avec les lettres AGC pour Alfred Gauthier Calmbach.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise fut réquisitionnée par le commandement militaire français qui occupait la zone sud de l’Allemagne. Dès 1948, elle put reprendre la fabrication d’obturateurs photographiques et entreprit dès 1964 le développement de machines-outils, initialement dédiées à la production de pièces d’optique, puis au secteur médical dès 1969. À partir de 1976, l’ensemble de la production d’obturateurs du groupe Zeiss lui fut confié et elle abandonna la production de machines-outils. Actuellement, l’entreprise continue ses activités sous le nom de Prontor Werk Alfred Gauthier GmbH à Bad Wilbach.
 
Le tour automatique Gauthier: tout avait démarré en 1904 avec les obturateurs photographiques Prontor.
Cette machine, de conception classique, date du début des années 60.
 
 
Le Musée du Tour automatique et d’Histoire de Moutier
Ce musée retrace, à travers plus de 50 tours automatiques, l’histoire de la fameuse décolleteuse (tour automatique), de 1872 à nos jours, soit depuis les premières machines actionnées par des systèmes à cames, jusqu’à l’avènement du tour automatique à commande numérique. En marge de l’histoire du tour automatique, ce musée s’efforce de reconstituer, par l’écrit, l’image et ses archives, l’histoire treize fois séculaire de Moutier et de la région prévôtoise. Il est ouvert à toutes les personnes intéressées. Des visites guidées peuvent être organisées pour les groupes, sur rendez-vous.
 
Musée du Tour automatique et d’Histoire de Moutier
Rue Industrielle 121, 2740 Moutier
Tél.: 032 493 68 47 / 079 305 22 72
info@museedutour.ch
 
Ouverture
Mercredis et vendredis: 14 h - 18 h
Adultes: CHF 5.-
Enfants, AVS, étudiants: CHF 3.-
Groupes: CHF 4.- par participant
 
Le Musée du Tour automatique et d’Histoire de Moutier (bâtiment actuel) et l’une des salles d’exposition.
 


13 Septembre 2017  |  Machines-outils

Marquage au laser extra-fin et absence de corrosion

La traçabilité à vie des produits constitue un sujet important dans la technique médicale. Y compris pour la société Wyon, qui fabrique des mini-piles pour prothèses auditives. Et parce que les piles deviennent de plus en plus petites, les techniciens d’Appenzell se sont penchés sur l’appareil TruMicro Mark 2000 de Trumpf qui permet de réaliser un marquage extrêmement fin et précis, exempt de corrosion.
30 Octobre 2017  |  Machines-outils

Décolletage-taillage de haute précision

L’entreprise métafil-laGirolle SA, basée à Lajoux dans le canton du Jura, célèbre cette année ses 55 ans d’existence. Elle étoffe sa gamme de décolleteuses CNC réalisant l’usinage complet - y compris le taillage des dentures - de composants destinés à l’horlogerie et au secteur de la micromécanique.
Polymedia Meichtry SA | Chemin de la Caroline 26 | 1213 Petit-Lancy | Genève | T: +41 22 879 88 20 | F: +41 22 879 88 25 | info@polymedia.ch