20 Décembre 2013  |  Bibliographie
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 04/2013

Bibliographie (4/2013)

par Marie-Claude Hertig

De la police et du contrôle social, par Jean-Louis Loubet del Bayle, La nuit surveillée, Les Editions du Cerf, Paris 2012, 220p.
L’auteur, bien connu de la présente Revue,  professeur  et fondateur du Centre d’études et de recherches sur la police (CERP) à Toulouse, s’attache de façon intéressante à l’évolution du contrôle social au fil des ans et à l’influence de cette évolution sur l’activité des milieux policiers. Le contrôle social, expression d’origine anglaise, peut se traduire par «régulation sociale». Il est l’objet de nombreuses définitions, mais ici l’auteur retient qu’il s’agit «de règles, de normes régissant la vie sociale» qui doivent être respectées par chacun d’entre nous afin d’assurer le bon fonctionnement de notre société.
La vie en société n’est supportable que si les habitants d’une région obéissent aux mêmes règles de comportement, de politesse, de tolérance. Les libertés de l’homme ont leurs limites dans l’acceptation de ces normes, sinon l’anarchie est proche. Les relations sociales doivent être pacifiées, ce qui n’est pas évident lorsque des individus profitent de leurs forces, physique ou mentale, pour dominer, voire terroriser leurs semblables. Pourquoi l’individu se sent-il obligé d’obéir aux normes  de la société dans laquelle il vit? Il y a plusieurs raisons, à commencer par le besoin d’être félicité et  l’envie de conserver son rang dans la société, mais aussi la peur d’être sanctionné, d’être rejeté et banni du territoire. A une époque pas si lointaine où la police était quasi inexistante, les gens respectaient certaines règles pour éviter la dénonciation, l’accusation et les peines corporelles  douloureuses  administrées par des bourreaux. La «justice» régnait dans le village sans police ou grâce à la sentence du roi.
Au cours des siècles, les normes sociales ont évolué dans le sens notamment d’un relâchement de la morale et l’augmentation des incivilités des individus entre eux. Cela peut s’expliquer par la migration de la population de la campagne vers les villes, ce qui  a conduit l’homme à se sentir plus libre, ou moins surveillé dira-t-on, lui permettant de se mal conduire dans l’anonymat de la cité. Ensuite, ce sont les familles, les écoles et les institutions religieuses qui ont perdu de leur pouvoir d’éducation et, encore maintenant, la discussion se poursuit pour trouver des responsables face à une jeunesse sans repères. L’individu est devenu «hyperindividualiste», il ne se préoccupe plus que de lui-même, ignorant les normes de jadis, les anciennes croyances morales intimidantes, voire les superstitions. Il ne dénonce plus.
Ces transformations ont fortement influencé les activités de la police,  croissantes au fil des ans. C’est ainsi qu’est née la sociologie de la police. Cette dernière se doit d’être constamment en adéquation avec la réalité sociale du moment, afin de répondre à tous les besoins, à tous les appels. La police est appelée à intervenir en de nombreuses occasions dans des situations  toutes différentes les unes des autres. Dès lors, son rôle est tellement diversifié et étendu qu’il est difficile de donner une bonne définition du mot «police» ainsi que d’énumérer les affaires  dans lesquelles elle est tenue d’intervenir.
L’auteur constate que de par son rôle et malgré les critiques auxquelles elle doit faire face, la police est l’organisation qui connaît le mieux la société et ses problèmes, c’est elle qui est la plus proche de la population, elle est partout et voit tout. On ne peut se passer d’elle. Son pouvoir et ses responsabilités se multiplient face à l’individualisme et à l’anonymat dans lesquels l’homme vit. Il souligne aussi que la police intervient rarement par la force, contrairement aux idées reçues. Le plus souvent, elle conseille, calme, réconforte, aide.
Un autre chapitre concerne le problème du contrôle qu’une autorité supérieure devrait exercer sur les activités policières: qui peut vraiment contrôler, et comment, face à un corps qui de surcroît applique la solidarité professionnelle?  Enfin, un dernier chapitre traite longuement des rapports entre les médias et la police: qui des deux mène l’enquête, qui renseigne l’autre, qui ment pour connaître le vrai?  La réponse peut quelquefois  être un peu floue.
En conclusion, on peut affirmer que la police, indispensable, n’est pas prête de disparaître, son rôle est toujours plus étendu et complexe, la profession est intéressante mais exigeante.


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