24 Juin 2014  |  Bibliographie
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 02/2014

Bibliographie (2/2014)

par Marie-Claude Hertig

Sociologie de la délinquance et de la justice pénale, par Jacques Faget, 3ème édition, Ed. érès  2013, Toulouse, 2013, 245p.
L’auteur, directeur au CNRS et enseignant dans diverses universités européennes, en est ici à la 3ème édition, revue et corrigée, de son ouvrage, après celles de 2002 et 2007. Il est à la recherche d’une justice pénale différente de celle que nous connaissons de nos jours et qui n’est plus adaptée à notre civilisation, soit celle dont traite déjà bon nombre de ses écrits sur la médiation, la justice de proximité et le travail social. Ce livre s’adresse aux étudiants en sciences sociales et humaines et surtout en criminologie, mais peut également intéresser bien d’autres milieux, tels le législateur et les parlementaires.
Après un rappel historique de la sociologie criminologique, deux parties suivent, la 1ère étant consacrée  à la «Sociologie de la délinquance», qui fait l’objet d’un grand nombre de théories, dont celle dite de la domination, qui retient l’attention de J. Faget dans cette 3ème édition. La lecture de cette partie montre les nombreuses circonstances qui peuvent conduire un individu à passer à l’acte. Ces théories font appel à la pauvreté, à la race, à l’éducation, à la situation familiale, au milieu social et ses influences, à des évènements particuliers, etc. Les experts constatent aussi que les délits commis ne sont pas les mêmes selon qu’ils émanent de milieux sociaux défavorisés ou d’un establishment aisé à la recherche de profits faciles. Les conflits internationaux ainsi que l’attitude de mouvements totalitaires, plutôt orientés à droite, favorisent eux aussi une délinquance incontrôlable, quelle soit physique ou économique.
La 2ème partie du livre intitulée «Sociologie de la justice pénale» s’attache à la politique criminelle qui relève de la responsabilité des gouvernements. J. Faget passe en revue  le travail des tribunaux, l’attitude de la police, des assistants sociaux et des gardiens de prison, pour en conclure que pratiquement tout est à revoir. On reproche aux tribunaux de ne pas donner suite à toutes les plaintes enregistrées et de ne se saisir que de celles qui ont une empreinte médiatique ou politique, ou encore celles qui favorisent l’avancement professionnel. La police, elle, souvent n’agit pas avec le tact et le respect de l’individu que l’on peut en attendre, notamment au regard des droits de l’homme. La tâches des assistants sociaux et des gardiens de prison s’est considérablement modifiée ces dernières décennies dans la mesure où les généreuses intentions d’alors ont disparu. Il n’est plus question d’éduquer, resocialiser et replacer l’individu dans un milieu social adapté. Les effets négatifs de l’incarcération inquiètent aussi beaucoup J. Faget. Ce dernier mentionne également la création de nombreuses sociétés de surveillance, concurrentes de la police d’Etat, les réglements d’affaires qui échappent à la surveillance des tribunaux, ainsi que les atteintes physiques et économiques graves sans suite pénale.
Ce n’est que depuis peu que les victimes ont commencé à être prises en considération. Elles sont entendues, des cellules psychologiques sont mises en place, un véritable travail a été réalisé, mais, hélas, les médias et certains mouvements populistes en font leurs choux gras pour attirer l’attention du citoyen sur l’insécurité ambiante.
Les Etats peinent à réagir face à ces situations politique, sociale et économique en constante évolution. Ils doivent lutter contre la petite délinquance d’une part, contre la grande délinquance internationale d’autre part, laquelle demande une collaboration entre Etats. Faut-il considérer la sanction comme une peine, une punition, ou essayer à nouveau la réinsertion, la médiation, la réparation? Dans le but d’être mieux à même de répondre à ces questions, l’auteur suggère que tous les responsables engagés dans la lutte contre la criminalité incluent dorénavant dans leur bagage professionnel un diplôme attestant de leurs connaissances criminologiques.


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