30 Mars 2018
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 01/2018

Violences conjugales dans les ménages à Abidjan: victimisation et maintien dans le couple chez la femme

par Opadou Koudou, Michelle Gbagbo et Magnatié De Serifou

Résumé
Cette étude a pour objectif d’identifier les déterminants psychosociaux du maintien dans le couple chez des femmes victimisées. L’hypothèse postule que la faible estime de soi et l’attachement insécurisé contribuent au maintien dans la relation conjugale violente. Sur le plan méthodologique, deux groupes de femmes ont participé à l’enquête: les femmes victimes qui demeurent dans la relation violente (n=50) et les femmes victimes ayant quitté la relation violente (n=70). L’échelle d’estime de soi globale de Rosenberg, le test de l’attachement amoureux d’Hazan et Shaver et une version abrégée de l’échelle des tactiques de la violence de Murray Strauss, ont été administrés aux 2 groupes. Il en ressort que les femmes victimes qui maintiennent la relation conjugale présentent une faible estime de soi et un attachement insécurisé par rapport au groupe ayant quitté la relation conjugale violente. L’étude de cas montre également que les femmes développent des comportements adaptatifs à la violence comme stratégie de gestion de la violence. Ainsi, elles sont dans le déni de la réalité conjugale violente.

Summary
The objective of this study is to identify the psychosocial determinants of survival in married women. The hypothesis postulates that low self-esteem and insecure attachment contribute to maintaining the violent conjugal relationship. Methodologically, two groups of women participated in the survey: female victims who remain in the violent relationship (n = 50) and female victims who left the violent relationship (n = 70). Rosenberg’s overall self-esteem, the Hazan and Shaver love affair test and an abridged version of Murray Strauss’s scale of tactics of violence were administered to both groups. It shows that female victims who maintain the conjugal relationship have low self-esteem and an insecure attachment to the group that has left the violent marital relationship. The case study also shows that women develop adaptive behaviors to violence as a strategy for managing violence. Thus, they are in denial of violent conjugal reality.


28 Septembre 2018

Les Cercles de Soutien et Responsabilité comme lien possible entre les principes Risque-Besoins-Réceptivité et la Justice restaurative?

Les Cercles de Soutien et Responsabilité (CSR) sont apparus au Canada (Ontario, 1994) de manière intuitive afin de combler un vide en matière de prise en charge des auteurs de violence sexuelle libérés à l’issue de l’exécution de leur peine. Aujourd’hui, les CSR se sont disséminés sur un grand nombre de territoires tout en augmentant leur pertinence quant à l’accompagnement dispensé auprès de cette population. Deux principes guident les CSR, la lutte contre la récidive, le soutien porté à l’auteur. La Justice Restaurative (JR), en parallèle de la Justice pénale traditionnelle, se définit tant comme une philosophie qu’une pratique positive, holistique, d’inclusion des auteurs et victimes d’infraction afin de les laisser se saisir pleinement de leur conflit, avec le soutien de bénévoles et/ou de professionnels. Si les CSR sont régulièrement présentés comme une modalité de JR permettant le lien social restauré entre l’auteur d’infraction, des bénévoles membres de la communauté et des professionnels fortement impliqués, ce que témoigne le second principe des CSR, nous interrogeons ici le lien avec des modalités réhabilitatives, dont le premier principe se rapporte aisément. Les principes Risque-Besoins-Réceptivité (RBR) du modèle de la Prévention de la récidive seront ici largement discutés, en précisant que des liens avec d’autres modèles positifs comme le Good Lives Model (GLM), la Désistance et le Modèle de l’Identité Temporelle (TIM-E) mériteraient également une réflexion.
28 Septembre 2018

Programme de Parrainage de Désistance (PPD) et Cercle de Soutien et de Responsabilité (CSR): synthèse des ressemblances et dissemblances pour une Justice restaurative adaptée en France

Depuis la Loi du 15 aout 2015 et la Circulaire de mars 2017, la Justice restaurative est une mesure qui a vocation à s’appliquer concrètement sur le terrain correctionnel français. Toutefois, les dispositifs restauratifs habituels (eg. médiation, groupe, rencontre) ne sont pas toujours mobilisables tels quels dans les conditions actuelles et exigent des adaptations. Le Programme de Parrainage de Désistance (PPD) est ainsi une déclinaison des Cercles de Soutien et Responsabilité (CSR). Nous présenterons une pratique restaurative implantée dans la réalité des services correctionnels français, ses ressemblances et dissemblances avec un dispositif international reconnu dont il s’inspire. Quels sont les mécanismes du PPD et en quoi répondent-ils ou non aux mêmes modèles théoriques et objectifs de terrain que le CSR? Après avoir supervisés et évalués 18 mois d’existence du PPD sur la base de focus group, de retours de pratiques professionnels, de questionnaires auprès des personnes placées sous main de justice (PPSMJ), nous avons récolté suffisamment d’éléments pour comparer le PPD au CSR sur la base de: i) son implantation et ses caractéristiques générales, ii) ses modèles de références en lien avec les objectifs visés, iii) les enjeux pratiques et concrets de l’application. Si le PPD détient des liens manifestes avec le CSR, il semble répondre à des questionnements spécifiques qui échappent au CSR liés à la réalité correctionnelle française. D’un point de vue théorique, si les deux programmes visent la Prévention de la Récidive et la restauration des liens autour de l’individu, le CSR se structure autour des principes Risque-Besoins-Réceptivité (RBR) quand le PPD puise des sources plus variées et orientés sur la qualité de vie, l’insertion sociale, les perspectives, en lien avec la criminologie positive (eg. GLM, Désistance, TIM-E). L’apparition du PPD semble répondre à une adaptabilité du CSR en France et offrir des réponses diverses à des besoins présents sur le terrain. Le CSR et le PPD peuvent s’auto-alimenter des avancées de l’un et l’autre. Le CSR semble plus solide quant à l’évaluation et la prévention de la récidive, tandis que le second étend le champ de l’intervention aux dimensions sociale, de qualité de vie et de perspectives, dans un système déjà opérationnel.
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