30 Mars 2018
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 01/2018

Examen des caractéristiques du dévoilement de l’agression sexuelle chez les enfants et les adolescents

par Samuel Alain, Jacinthe Dion et Mireille Cyr

Résumé
Le dévoilement est un enjeu central pour l’aide aux victimes d’agression sexuelle (AS). Il est à la source de plusieurs bienfaits sur le plan psychologique et constitue un moyen privilégié afin d’obtenir un accès à des ressources d’aide adaptées. Cependant, les données sur la prévalence du dévoilement nous informent que plusieurs victimes choisissent de taire l’agression. L’objectif de cette étude est premièrement de brosser un portrait des caractéristiques du dévoilement de l’AS et deuxièmement d’examiner si les caractéristiques des victimes ou de l’agression influencent ce dévoilement. Pour ce faire, 64 transcriptions d’entrevues d’enquête de victimes âgées de 4 à 17 ans ont été codifiées. La grille de codification permet de prélever l’information sur le type de dévoilement, le receveur, les obstacles, les incitateurs, le délai et le nombre de tentatives. Les résultats des analyses statistiques descriptives effectuées à l’aide des données codifiées suggèrent que contrairement au sexe des victimes, l’âge de celles-ci est relié à certaines caractéristiques du dévoilement, notamment le choix du receveur ainsi que le type d’obstacles. Par ailleurs, la majorité des participants mentionne avoir eu à dévoiler l’agression à plus d’une personne avant que des démarches formelles soient entamées. Enfin, pour la majorité des victimes, ce sont des influences internes (émotions, cauchemars, prise de conscience) qui ont enclenché le processus de dévoilement. Les nouvelles connaissances issues de cette étude pourront être utilisées à titre de soutien théorique à la mise en place des mesures préventives visant à augmenter la prévalence du dévoilement de l’AS.

Summary
Disclosure is one of the keys to providing help to victims of sexual abuse (SA). It is a source of many psychological benefits and a way to obtain appropriate support resources. However, there is an important difference between the number of victims that have been sexually abused and the number that have actually disclosed the abuse. This means that many victims choose to keep silent about their abuse. Therefore, the first objective of this study is to draw a portrait of the characteristics of the disclosure of SA. The second aim is to explore if these characteristics are the same by taking into account the victim and the abuse’s characteristics. A total of 64 transcriptions of SA forensic interviews conduct by police officers and social workers had been codified to trace the relevant information about the disclosure. All the victims were aged between 4 and 17 years old. A codebook was developed to collect the characteristics of disclosure (e.g., type of disclosure, confident, obstacles, incentive, delay, number of attempts) into the transcriptions. The results of the descriptive statistical analysis suggest that contrary to the sex of the victim, the age influences some characteristics such as the choice of the confidant and the obstacles that prevent victim to disclose. Moreover a majority of the victims mention that they had to do more than one disclosure attempt before they had been taken care of by the authorities. Finally, the disclosure of a majority of the victims in this study had been influenced by internal factors (emotions, nightmares, realization). New knowledge brought by this study will improve our comprehension of SA disclosure. These findings could be used as theoretical background for preventive measures aiming to improve the number of sexual abused victims that disclose the abuse to authorities.


29 Juin 2018

Des avatars du sexe mâle emprisonné

Partie d’une expérience carcérale prolongée et de témoignages de détenus approchés en mode d’observation participante, cette réflexion s’appuie ainsi sur un travail auto-ethnographique largement introspectif. Elle se réfère non moins à de nombreux travaux anglo-saxons et notamment américains, menée quant à eux dans un contexte certes très différent, mais néanmoins souvent fort éclairant.
Si la sexualité en prison n’a rien d’une génération spontanée, le carcan carcéral exerce un effet de catalyse sensible sur les comportements importés, pouvant de ce fait aboutir - malgré qu’en ait l’institution - à une véritable métamorphose de la libido de nombre de ses usagers. Elle peut à tout le moins conduire à des modifications plus ou moins durables de l’orientation sexuelle ou à de graves perturbations, voire un véritable Etat de Stress Post-Traumatique Carcéral (ESPTC).
Sont ici analysés, avec leurs manifestations, les divers facteurs concourant à altérer la sexualité des usagers de la prison. L’ambition est ainsi de contribuer à mieux cerner, à côté de l’impact de la personnalité et de l’histoire des individus enfermés, celui de l’incarcération sur leur libido et leurs comportements sexuels et de montrer comment le régime disciplinaire et l’univers monosexué de la prison composent une synergie délétère aux conséquences souvent lourdes sur leurs chances de (ré)insertion.
29 Juin 2018

Vers l’application pertinente de certaines pratiques/connaissances relevant des neurosciences aux techniques d’audition?

Dans un système reposant sur la recherche de la vérité matérielle, la preuve est la pièce maîtresse du procès pénal. Les déclarations des suspects, des témoins ou autres apportent des informations qu’il convient de corroborer avec d’autres moyens de preuve mais qui peuvent aussi s’avérer les seuls éléments sur lesquels fonder une éventuelle culpabilité. Autant dire que leur appréciation et la valeur probante qui en découle sont, dans ces derniers cas, cruciales. Savoir comment s’assurer que les déclarations traduisent la vérité est d’autant plus difficile que les dires d’une personne peuvent être volontairement ou involontairement fausses. Les neurosciences nous apportent toujours plus d’informations quant au fonctionnement cérébral et l’on sait par exemple que les zones d’activation du cerveau varient sous l’effet de certains facteurs, que le contrôle cognitif peut subir des influences ou encore que des éléments autres que purement rationnels permettent d’expliquer le processus décisionnel. Il est possible de se demander si ces connaissances et pratiques pourraient se mettre au service de la recherche de la vérité dans le procès pénal et devenir des outils aux mains des personnes en charge de mener des auditions en leur permettant de déceler les fausses déclarations involontaires autant que de favoriser les vraies déclarations volontaires. Si certaines connaissances sont nécessaires afin d’apprécier correctement les déclarations, il convient de ne pas extrapoler certaines pratiques et de rappeler les limites qui s’imposent tant au niveau légal qu’en termes de faisabilité et de sens qu’il convient d’attacher à certains résultats d’expérience.
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