14 Décembre 2017
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 04/2017

Le phénomène du lévirat et la problématique de la prise en charge des enfants orphelins: le cas des peuples Bété de la région du Gôh

par Nakpon Joceline Agbadou

Résumé
Le lévirat est une pratique coutumière en Côte d’Ivoire par laquelle un frère s’unit à la veuve de son frère ou un fils aîné à celle de son père dans l’optique de perpétuer la lignée et surtout de créer un cadre de protection et d’assistance aux enfants du défunt. Cette pratique existe également chez le peuple Bété dans la région du Gôh, où elle tend cependant à disparaître. Paradoxalement, les veuves et orphelins l’approuvent. Trois villages ont constitué les sites de la présente étude. Celle-ci a pour objectif d’analyser les difficultés de la prise en charge des enfants orphelins dans le contexte du lévirat. Pour ce faire, au plan méthodologique, pendant 11 mois, des entretiens directifs et semi-directifs ont permis de recueillir des données auprès des populations rurales et urbaines. Cette étude a recouru aux analyses qualitatives et quantitatives. En termes de résultats, il apparaît que la prise en charge des enfants orphelins est confrontée à des problèmes: le détournement du patrimoine du défunt et l’effritement des valeurs culturelles. Ladite étude vient ainsi insister sur la nécessité de la protection véritable de ces enfants afin que puisse subsister le lévirat; une coutume ancestrale, qui en réalité préserve la cohésion familiale, la protection de l’orphelin, voire son intégration sociale.

Summary
The lévirat is a customary practice in Ivory Coast by which a brother unites with the widow of his brother or an elder son with his father’s one in order to immortalize the lineage and especially to create a frame of protection and assistance to the children of the deceased. This practice also exists in the Bété people in the region of Gôh, where it tends however to disappear. Paradoxically, the widows and the orphans approve it. Three villages established the sites of the present study. This one has for objective to analyze the difficulties of the coverage of the orphan children in the context of the levirat. To do so, during 11 months, directive and semi-directive interviews allowed collecting data in rural and urban populations. This study relied on qualitative and quantitative analyses. In terms of results, it seems that the coverage of orphan children is confronted with problems: the misappropriation of the heritage of the deceased and the disintegration of the cultural values. The study insists on the necessity of a real protection of these children so that the levirat can remain; an ancestral custom, which, in reality, protects the familial cohesion, the protection of the orphan, and even its social integration.


29 Juin 2018

L’enquête criminelle en matière d’homicide sexuel: Succès et échecs à travers 26 cas

Comment se déroule une enquête qui parvient à élucider rapidement un homicide sexuel? Quelles sont les caractéristiques de l’enquête qui s’éternise? Quels sont les facteurs sous le contrôle des enquêteurs qui contribuent à une élucidation rapide? Telles sont les questions auxquelles cet article veut répondre. Nous racontons le déroulement d’enquêtes ciblant 10 cas d’homicide sexuel résolus rapidement et 16 cas résolus beaucoup trop tard, et dans quelques cas, qui ont permis à un meurtrier de devenir un meurtrier en série. Ces narrations sont regroupées en quatre sections: I) Cas d’élucidations rapides grâce à des enquêteurs performants. II) Homicides résolus rapidement grâce à la collaboration de témoin ou des aveux spontanés du meurtrier. III) Homicides résolus très tardivement suite à des erreurs. IV) Cas au cours desquels des erreurs des enquêteurs ont laissé le champ libre à des meurtriers en série. La conclusion présente les conditions d’une élucidation rapide et véridique: 1) une lecture attentive de la scène de crime; 2) le prélèvement et l’exploitation des traces ADN; 3) une bonne communication entre enquêteurs, témoins et protagonistes; 4) une attention au réseau social de la victime; 5) une saine réserve vis-à-vis de l’interrogatoire; 6) une attention aux antécédents criminels variés des suspects.
29 Juin 2018

Vers l’application pertinente de certaines pratiques/connaissances relevant des neurosciences aux techniques d’audition?

Dans un système reposant sur la recherche de la vérité matérielle, la preuve est la pièce maîtresse du procès pénal. Les déclarations des suspects, des témoins ou autres apportent des informations qu’il convient de corroborer avec d’autres moyens de preuve mais qui peuvent aussi s’avérer les seuls éléments sur lesquels fonder une éventuelle culpabilité. Autant dire que leur appréciation et la valeur probante qui en découle sont, dans ces derniers cas, cruciales. Savoir comment s’assurer que les déclarations traduisent la vérité est d’autant plus difficile que les dires d’une personne peuvent être volontairement ou involontairement fausses. Les neurosciences nous apportent toujours plus d’informations quant au fonctionnement cérébral et l’on sait par exemple que les zones d’activation du cerveau varient sous l’effet de certains facteurs, que le contrôle cognitif peut subir des influences ou encore que des éléments autres que purement rationnels permettent d’expliquer le processus décisionnel. Il est possible de se demander si ces connaissances et pratiques pourraient se mettre au service de la recherche de la vérité dans le procès pénal et devenir des outils aux mains des personnes en charge de mener des auditions en leur permettant de déceler les fausses déclarations involontaires autant que de favoriser les vraies déclarations volontaires. Si certaines connaissances sont nécessaires afin d’apprécier correctement les déclarations, il convient de ne pas extrapoler certaines pratiques et de rappeler les limites qui s’imposent tant au niveau légal qu’en termes de faisabilité et de sens qu’il convient d’attacher à certains résultats d’expérience.
Polymedia Meichtry SA | Chemin de la Caroline 26 | 1213 Petit-Lancy | Genève | T: +41 22 879 88 20 | F: +41 22 879 88 25 | info@polymedia.ch