14 Décembre 2017
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 04/2017

Le genre devant la justice pénale - Des stéréotypes aux inégalités de traitement

par Véronique Jaquier

Résumé
Arrestations, condamnations, incarcérations: quelles que soient les statistiques, les femmes y sont minoritaires. Mais sont-elles traitées de la même manière que les hommes ? La recherche s’est attelée à décortiquer les décisions judiciaires prononcées à l’encontre des femmes et des hommes, comparant probabilités d’arrestation, renvois en jugement et décisions de classement, libérations sous caution, verdicts et recours à l’incarcération. Les résultats parfois contradictoires de ces études traduisent, en partie, les difficultés méthodologiques inhérentes au fait de tenir compte empiriquement de la multiplicité de paramètres influant sur la décision judiciaire, mais reflètent aussi le principe d’individualisation de la justice. Tantôt circonstance atténuante ou aggravante, être une femme n’est jamais anodin en matière de justice pénale et renvoie à des conceptions particulières du féminin et du masculin, et à leurs interrelations avec d’autres hiérarchies sociales. Des conceptions qui se laissent observer dans les décisions des professionnels de la poursuite pénale et de l’exécution des peines à l’encontre des femmes et des hommes prévenus, accusés et condamnés, mais également dans les opinions du public. Enfin, au-delà des décisions pénales, c’est l’accès même au traitement sociojudiciaire qui est le terrain d’inégalités de genre. Oubliées par le législateur et les institutions sociales et pénales, les «criminelles» sont loin de présenter une unicité de trajectoires de vie. À la variété des circonstances de leur délinquance correspondent des besoins d’intervention complexes auxquels l’on se doit de répondre adéquatement.

Summary
Arrests, convictions, incarceration: regardless of the statistical indicators, women are underrepresented. But are they treated the same as men? Past research embarked on dissecting judicial decisions issued against women and men, comparing probabilities of arrest, prosecution and dismissal, bails, verdicts, and incarceration. The sometimes-contradictory conclusions of these studies reflect, in part, the methodological difficulties inherent in empirically considering the multiple parameters that impact judicial decisions, but also reflect the principle of individualized justice. Sometimes a mitigating circumstance, sometimes an aggravating one, being a woman is never trivial in criminal justice; it refers to specific conceptions of feminine and masculine, and their interrelations with other social hierarchies. These conceptions can be observed in the decisions issued by criminal prosecution and correctional authorities against suspected, prosecuted, or sentenced female and male offenders, but also in the opinions of lay people. Lastly, beyond criminal decisions, it is the very access to socio-legal treatment that sees gender inequalities. Overlooked by the legislator and by social and criminal justice institutions, female “criminals” account for heterogeneous life trajectories. To the multiple circumstances of their delinquency correspond complex intervention needs that must be addressed adequately.


30 Mars 2018

Violences conjugales dans les ménages à Abidjan: victimisation et maintien dans le couple chez la femme

Cette étude a pour objectif d’identifier les déterminants psychosociaux du maintien dans le couple chez des femmes victimisées. L’hypothèse postule que la faible estime de soi et l’attachement insécurisé contribuent au maintien dans la relation conjugale violente. Sur le plan méthodologique, deux groupes de femmes ont participé à l’enquête: les femmes victimes qui demeurent dans la relation violente (n=50) et les femmes victimes ayant quitté la relation violente (n=70). L’échelle d’estime de soi globale de Rosenberg, le test de l’attachement amoureux d’Hazan et Shaver et une version abrégée de l’échelle des tactiques de la violence de Murray Strauss, ont été administrés aux 2 groupes. Il en ressort que les femmes victimes qui maintiennent la relation conjugale présentent une faible estime de soi et un attachement insécurisé par rapport au groupe ayant quitté la relation conjugale violente. L’étude de cas montre également que les femmes développent des comportements adaptatifs à la violence comme stratégie de gestion de la violence. Ainsi, elles sont dans le déni de la réalité conjugale violente.
30 Mars 2018

Création de normes et réponses aux situations-problèmes en autogestion - Enquête ethnographique dans un espace culturel autogéré en Suisse

Cet article questionne la création de normes et la réponse à la transgression dans un espace où chaque membre possède le même pouvoir de décision. Nos pistes de réflexions sont issues d’une enquête de terrain au sein d’un espace culturel autogéré (ECA) en Suisse. Ce lieu, en plus de proposer une offre culturelle alternative, revendique un «vivre autrement» au point d’être parfois considéré comme en marge des normes et valeurs de la société dans laquelle il évolue. Cette enquête constate un cadre normatif flou et fluctuant, et met en évidence que lorsqu’un individu est auteur d’un acte problématique, à défaut de procédures claires, un schéma d’événements réactif se met en place pour y répondre. Celui-ci a pour objectif de définir le degré de problématisation dudit acte et, le cas échéant, de développer une stratégie en réponse. Pour faire face à de tels «actes-problème», le principal outil est la discussion collective caractérisée par une position similaire de chaque membre dans le processus de prise de décisions. Certains enjeux, propres au fonctionnement autogéré, ont été soulevés et concordent avec la littérature portant sur ces espaces. Cependant, cette recherche souligne que ce fonctionnement particulier repose sur des éléments relevant à la fois du développement de politiques publiques et de la justice réparatrice. En particulier, cette contribution discute de la perception de l’«acte-problème» par les membres de l’espace culturel autogéré, lequel se base moins sur son auteur que sur ses conséquences. Enfin, elle réfère aux stratégies développées par la discussion qui privilégient la résolution de problème en se refusant autant que possible à la rétribution.
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