19 Octobre 2016  |  Sécurité
Publié dans Hotel Security Worldwide 05/1989

Sécurité: le concierge en première ligne

par Thierry-Brian Oppikofer

L'international Concierge Institute (ICI - Fondation Ferdinand Gillet), créé par Jean Gillet, Président d'honneur de l'Union internationale «Clés d'Or», a organisé en mai à Paris une fort intéressante matinée d'information sur les problèmes de la sécurité hôtelière. L'ICI forme les futurs Concierges d'hôtels de haut rang et les stagiaires en uniforme impeccable étaient les destinataires de ces Informations. Bien que leur rôle ne soit pas celui d'agents de sécurité, il demeure évident que leurs responsabilités et leur position stratégique dans l'accueil et l'organisation d'une réception d'hôtel en font les premiers concernés par la maîtrise des risques de toute sorte pouvant mettre en danger leur clientèle et leur établissement.
On notait la présence, ce matin-là à l'ICI, de nombreuses personnalités de l'hôtellerie: Jean Gillet, président et fondateur de l'ICI et patron des relations publiques du Grand Hôtel Inter-Continental; Pierre Porte, président des Clefs d'Or France et Chef concierge du Méridien Montparnasse, ainsi que président de l'ICI Paris; Pierre Berthet, directeur de l'ICI Paris et du Bureau national et International des Clefs d'Or; José Rabadan, secrétaire général des Clés d'Or l’internationales et Chef concierge de l'Intercontinental Paris; Marc Bertaut, Chef concierge du Mariott - Prince de Galles; Alain Dreyer, Chef concierge du Sofitel Paris-Invalides; Jacques Desjeunes, Trésorier des Clefs d'Or internationales; MM. Dialo, Chef concierge du Powers Paris, et Correia, Chef concierge du Hilton Orly, etc.., sans oublier bien sûr une délégation de Hôtel Security Worldwide Association.
Les orateurs rassemblaient compétence et concision. Le Commissaire de police principal Alain Beaujard, patron du Service Information Sécurité (SIS) de la Préfecture de police de Paris, est le «Monsieur Sécurité,, de la Ville-Lumière. Martine Monteil, chef adjointe de la Brigade des Stupéfiants et du Proxénétisme, l'Inspecteur divisionnaire François Abjean, chef du «Groupe Vol à la tire et rats d'hôtel» et son collègue de grade Gérard Labro occupaient la tribune.
Mme Monteil traça un portrait plutôt inquiétant du Paris de la drogue. On ne saisit- selon les estimations policières - qu'environ 10% des stupéfiants introduits en France.
Autrefois, l’on parlait du «Triangle d'Or» asiatique comme du lieu de production principal de ce poison des sociétés occidentales; aujourd'hui, il conviendrait plutôt d’évoquer le «Croissant d'Or», puisque les toxiques arrivent de plus en plus des pays du Proche-Orient, notamment de ceux où la guerre a facilité le trafic de drogue: Afghanistan, Iran, Liban, etc.
Martine Monteil a aussi tenu à mettre en garde les futurs concierges contre le délit multiforme de proxénétisme. En effet, une callgirl qui rencontre un client dans un hôtel et qui laisse en partant un pourboire au concierge ou à n'importe quel employé du palace fait du bénéficiaire un proxénète. Evidemment, la question d'interprétation est primordiale, de même que la conscience, de la part de l'employé, de recevoir une gratification pour des raisons précises. Mais enfin, mieux vaut prévenir...
Par ailleurs, si les trafiquants de drogue de grande carrure savent se faire passer pour des gens respectables et constituent une clientèle inévitable pour les vendeurs de voitures, les sociétés de services, les banques et les palaces, leur activité conduit à un accroissement énorme de délits de vol, de vandalisme et d'agression. Aux concierges de faire preuve de vigilance et de signaler aux autorités tout fait suspect qui pourrait compromettre la réputation de leur établissement.
L'inspecteur Abjean, dont le nom a été cité avec effroi lors d'un congrès de voleurs à la tire en Colombie (!), a traité pour sa part de la criminalité des pickpockets, voleurs organisés et autres «visiteurs» de chambres d'hôtel. Originaires surtout d'Amérique latine et de préférence du Pérou (statistiquement, le pourcentage est net), les pickpockets se lèvent tôt, travaillent à plusieurs, et leur lieu de résidence est en général un petit hôtel discret. Par contre, leur lieu d'activité a plus de classe: le hall d'un palace, ou éventuellement les salons de Roissy-Aéroport. Ils connaissent évidemment leur métier et n'hésitent pas à investir: on cite le cas d'un riche Arabe dont la mallette dut remplacée par une autre, identiquement cossue, mais vide.
 
 
Autre sorte de malfaiteurs, les rats d'hôtel. Ils s'introduisent dans les chambres «intéressantes» selon plusieurs méthodes. Il y a le simple loquet qui cède grâce à une carte de crédit ou un morceau de bouteille plastique introduit entre la porte et le mur. Sinon, une méthode à plus long terme consiste à louer une chambre de prestige et à faire un double de la clé. Quelques jours plus tard, on revient et l’on embarque les valeurs. Il y a aussi la complicité de certaines callgirls: un riche client s'est ainsi fait gruger d'un demi-million parce que sa douce compagne avait prévenu un rat d'hôtel de la cachette du magot.
Les conseils aux concierges: repérer les individus suspects: badauds immobiles trop longtemps, photographes, quidams observant les clients qui rendent leur clés (on a vu des bandits se faire remettre la clé dix minutes après, profitant de l'inattention de l’employé). Méfiance surtout lorsque vous travaillez dans un très grand hôtel. Il faut songer à cacher les clés dès que le client les rend. La direction devrait aussi envisager, si possible, de dissimuler le lieu de rangement des clés à la vue du public.
A noter enfin que les bandes d'écumeurs d'hôtels passent de Paris à Genève ou à Bruxelles très régulièrement, selon un rythme étudié et en utilisant toujours les mêmes méthodes.
Le dernier cas traité par les experts du SIS de Paris fut l'attaque d'hôtel. Attention, souligne le commissaire Beaujard, les criminels ont changé. Plus question de simple appât du gain: ils s'identifient à des héros de film ou à des «caïds» et veulent parfois tant utiliser la violence qu'ils en sont eux-mêmes les victimes, comme ces gangsters qui avaient mitraillé une vitrine de sécurité et avaient été atteints par leurs propres projectiles qui ricochaient!
Les attaques se produisent normalement vers 4 heures du matin, moment où aucun hôtel ne dispose de beaucoup de personnel et où les employés sont atteints par la fatigue. Les conseils peuvent ici sauver des vies: ne jamais fixer les attaquants dans les yeux; ne pas faire preuve d'empressement, ni d’héroïsme; obéir passivement; afin de limiter les dégâts, noter tout ce qui ne peut se modifier chez le malfaiteur: taille, défauts physiques, usage de la main gauche, etc. et non couleur des cheveux ou autres moustaches qui peuvent tromper les policiers qui tenteront de retrouver l’agresseur. Enfin, la prévention comprend une fois de plus, pour le concierge, une grande vigilance. Il n'est pas normal qu'un extra se renseigne sur les horaires de nuit. Il n'est pas non plus logique qu'un touriste se mette à photographier le hall..., une attaque de malfrats, comme d'ailleurs un attentat, ne se fait jamais sans reconnaissance répétée des lieux et recherche de renseignements fiables.
Pour lutter contre une éventuelle dépose de bombe, les mesures suivantes sont préconisées: n'accepter de garder un paquet que si l'on connaît le client. Ne pas hésiter à demander au propriétaire du paquet ou de la valise de l'ouvrir devant vous. Faire déposer les sacs au vestiaire lorsque quelqu'un de «menacé» se trouve au restaurant par exemple. Au bar, vérifier de temps en temps sous les banquettes si «quelque chose» n'a pas été oublié volontairement.
 

Note: Le SIS se tient gratuitement à disposition au No. de téléphone 46 34 20 34 à Paris.


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