19 Octobre 2016  |  Sécurité
Publié dans Hotel Security Worldwide 07/1990

Manille est-elle sûre?

Tandis que des rumeurs de coup d'Etat traînaient dans l’air, Business Traveller Asia Pacific testait les mesures de sécurité hôtelières et jetait un oeil sur le bulletin d'information de l'ambassade des Etats-Unis.

On ne se soucie plus tellement des coups d'Etat à Manille. Une sorte de mépris dû sans doute à l'accoutumance après une douzaine de tentatives de putsch en quatre ans et un flot de bruits alarmants évoquant des complots au moins deux fois par semaine depuis le plus récent coup manqué en décembre dernier.
Les touristes paraissent eux aussi blasés, malgré les craintes manifestées par le passé au sein du marché local du voyage.
Les fusillades du mois de décembre les avaient chassés pour quelques semaines, mais ils sont revenus. La plupart des hôtels de la capitale des Philippines étaient occupés à plus de 80% à la fin de février et prévoyaient à nouveau un exercice annuel profitable.
«La dernière tentative de putsch était de loin la plus grave et la plus violente, mais elle ne semble pas nous avoir affectée autant que par le passé», note un hôtelier de Makati. «Nous pensions que les affaires allaient vraiment péricliter, mais nous avons redressé la courbe presque tout de suite». Inutile de chercher des offres à prix discount, des promotions spéciales, ou d'autres mesures adoptées habituellement par les hôteliers pour appâter les touristes après les périodes troublées de ce genre. De fait, les prix hôteliers augmentent au rythme annuel ordinaire. C'est le «business as usual».
La raison en est probablement que le dernier coup d'Etat avorté n'était pas si terrible. Les rebelles de décembre ont ennuyé de nombreux voyageurs en les bloquant dans leurs hôtels de Makati, mais ne les ont pas blessés. Au contraire, selon tous les témoignages, les révoltés se sont montrés polis, se sont excusés auprès des touristes et furent positivement chevaleresques.
Si l'on en croit les comptes rendus les plus fiables, seuls six étrangers durent voir un médecin, la plupart pour des lésions légères et accidentées.
Une Chinoise fut tuée au cours d'une fusillade dans une rue de Makati. Un Américain plutôt inconscient, qui prenait des photos de la «fête» depuis la fenêtre de sa chambre, reçut une balle dans le bras, probablement parce qu'un tireur avait pris l'éclat de son flash pour celui de coups de feu.
Il existe même des histoires de romance révolutionnaire mettant en scène une femme d'affaires allemande courant dans les collines avec un dynamique rebelle qu'elle avait rencontré lorsqu’il occupait son hôtel. Les services de promotion
touristique philippins avaient comme slogan «Oui, les Philippines sont explosives...venez vous éclater», accompagnant des photos de feux d'artifice, de guerriers tribaux et du volcan Mayon en éruption (ils ont entretemps cessé cette campagne, jugée «inappropriée» comme celle de l'année précédente, «Fiesta Islands»). Peu nombreux seront ceux qui dénieront aux Philippines la qualité de belle destination touristique, et ces ries ne sont pas non plus un mauvais but de voyage d'affaires.
Les inconditionnels verront sans doute dans les «caudillos» bondissants une autre facette du «package» organisé. Mais le pays est-il sûr, au sens des exigences quotidiennes de sûreté du voyageur moyen? Les hôteliers estiment que leurs clients jouissent de la même sécurité que partout ailleurs dans le monde, dans le respect des normes de l'industrie hôtelière. Les officiels du tourisme gouvernemental affirment queles Philippines sont sûres pour les voyageurs «sensibles» et le deviennent de plus en plus. La communauté internationale paraît en tout cas se sentir à l'aise là-bas. Mais le gouvernement américain, probablement le plus suspicieux et conservateur chien de garde des intérêts étrangers, ne se déclare pas si confiant en ce moment. Le dernier bulletin d'information aux voyageurs de l’ambassade des Etats-Unis est assez long et ses lecteurs habituels le jugent in habituellement pessimiste. Evoquant une «poursuite de l'insurrection et des activités criminelles des communistes», il fournit une liste détaillée de zones - situées pour la plupart en province - où le Département d'Etat conseille de ne pas se rendre, ainsi que d'autres secteurs où «les visiteurs doivent faire preuve de prudence».
«La plupart des principales destinations touristiques dans le plus grand nombre de secteurs urbanisés sont en principe considérées comme sûres» , mais le bulletin exhorte les gens à «faire attention dans les zones de distraction nocturne des grandes villes».
Relevant que «à chaque instant, dans chaque secteur des Philippines, une situation incontrôlée peut se développer», les auteurs suggèrent «une vigilance particulière» de la part des Américains voyageurs ou résidents.

L'hôtel Manila: priorité à la sécurité
 
 
Il leur conseille de ne jamais voyager de nuit en dehors des zones urbaines et, plus généralement, d'éviter de quitter les sentiers battus à aucun moment. Le bulletin est si sinistre qu'il a provoqué les foudres du Département philippin du tourisme.
Rafael Alunan, Sous-secrétaire d'Etat au tourisme, estime que ce texte est inspiré par la politique, et doit «faire pression» dans le contexte actuel de fragilité des relations diplomatiques entre Washington et Manille. Quoi qu'il en soit, le bulletin d’avertissement est pris au sérieux: d'autres ambassades à Manille en ont repris le texte pour leurs propres ressortissants, fl est de lecture recommandée pour tous les visiteurs des Philippines, particulièrement pour ceux qui prévoient de circuler à l'extérieur des principaux centres. Le bulletin peut être obtenu dans toutes les ambassades américaines et, à Manille, une version parlée est disponible à toute heure sur un répondeur automatique.
Si Rafael Alunan est irrité par les conseils de l'ambassade jugés exagérés, il fulmine littéralement contre un documentaire récent largement diffusé à Hong Kong et nommé Vacances fatales, lequel met en scène les dangers présumés des Philippines.
Alunan juge ce film responsable de la baisse inhabituelle des voyages à Manille lors du dernier Nouvel-An chinois. «C'est typique de Hong Kong. Il nous ont déjà fait le coup... nous rabaisser pour se propulser eux-mêmes», commente-t-il.
Alunan est formel: les Philippines sont l'une des destinations les plus sûres.
«Bien sûr, nous ne pouvons pas garantir à 100% la sécurité de chaque visiteur. Personne, aucun pays ne peut faire cela. Mais arpenter les rues des Philippines est aussi sûr, voire plus sûr, que d'arpenter celles de Les Angeles, New York, Londres ou Sydney».
Ces sentiments sont partagés par des résidents étrangers et des visiteurs réguliers. NI la Chambre de commerce américaine, ni son homologue européenne ne fournissent par exemple d'avertissements particuliers aux visiteurs.
«Nous ne publions pas de bulletins ou de choses de ce genre parce que la plupart des gens qui viennent ici et avec qui nous sommes en contact sont des visiteurs «sensibles» - c'est juste une question de bon sens, comme dans n'importe quel autre pays», dit le président de la Chambre de commerce américaine, Mart Blacker.
«Manille est sûre, aussi sûre que n'importe quel autre endroit», affirme pour sa part Emmanuel Tic, son, de la Chambre européenne de commerce. Ticson nuance pourtant sa phrase en parlant de certaines zones de la ville, en particulier le quartier de vie nocturne d'Ermita. «Cela peut être dangereux, là-bas.., si vous devez y aller, soyez un peu prudent».
Ermita est en fait la cible première d'une nouvelle campagne de réhabilitation menée par le Département du tourisme.
Celui-ci muscle sa propre unité de police, en ouvrant plus de postes le long du boulevard pour plus de contrôle visuel et de facilité d'intervention.
Il n'est pas question de réprimer les habitués des bars et des filles, mais de passer les menottes aux escrocs et hors-la-loi du quartier. La police touristique affiche déjà une victoire: avoir mis sous les verrous deux gangs qui s'attaquaient aux visiteurs étrangers l'an passé. L'un était spécialisé dans le vol à l'arraché aux guichets des changeurs et l'autre faisait commerce de drogue, souvent frelatée.
La police enregistra l'an dernier 700 plaintes, la plupart concernant des vols ou filouteries; elle intercepta les responsables ou récupéra les biens dans un tiers de ces cas.
Alunan admet que l'unité de police spécialisée pourrait faire mieux si plus de gens connais salent son existence et celle du service de permanence d'assistance touristique. Des brochures et des présentoirs ont maintenant ~té distribués pour promouvoir ce service fonctionnant 24 heures sur 24. Alunan promet une aide rapide, quelque problème qu'un touriste ait pu rencontrer.
Pour beaucoup de voyageurs, la sécurité commence à leur hôtel, et les hôteliers de Manille paraissent dignes de confiance à cet égard. La sécurité semble avoir été renforcée à la suite des événements de décembre.
Business Traveller soumit les systèmes de sécurité à une série de tests voilà quelques mois, et la plupart des hôtels s'en sortirent très bien.
Parmi les douze plus grands hôtels, tous sauf un (l'exception étant le Mandarin Oriental, ce qui est intéressant) placent des gardes de sécurité à l'entrée, qui contrôlent les serviettes, sacs à main, etc. Les hôtels possédant des parkings en sous-sol inspectent tous les véhicules. Ces contrôles ne sont cependant pas aussi sévères qu'ils le devraient.
Un correspondant (étranger) visita tous les hôtels concernée et passa tout droit aux contrôles sans que sa mallette soit inspectée, sauf dans trois établissements: le Century Park Sheraton, l'interContinental et le Manlla.
Les Philippins, quant à eux, étaient fouillée consciencieusement dans chacun des hôtels.
Les hôtels marquent plus de points dans le contrôle des appels téléphoniques, ce qui est appréciable dans une ville connue pour les communications non désirées qui harcèlent les touristes, provenant de vendeurs, prostituées, etc. Des tentatives de franchir le barrage téléphonique de la réception manquèrent leur but dans tous les palaces, sauf au Manila Midtown, au Silahis International, à l’Holiday Inn et au Philippine Plaza où nous pûmes obtenir de l'opérateur qu'il nous connecte avec une chambre.
En ce qui concerne l'honnêteté du personnel, les hôtels de Manille furent bien classés lors d'un autre test. Nous fîmes en sorte qu'un client «oublie» 2000 pesos et une carte de crédit sur sa table de nuit en quittant sa chambre. Dans les six hôtels testés, le tout n'avait pas bougé lorsqu'il revint à midi. Il s'agissait des établissements suivants: Century Park Sheraton, Holiday Inn, Hyatt Regency, Inter-Continental, Manila Hôtel et Peninsula.
Il n'était évidemment pas possible de mettre au point un test aussi réaliste en ce qui concerne les dispositifs anti-incendie.
Nous choisîmes de demander à un officier supérieur du service du feu son opinion sur les systèmes de prévention dans les principaux hôtels de la capitale philippine.
«En ce qui concerne les 4 et 5 étoiles, ils sont aussi stars que les meneurs immeubles de la ville, dit-il, mais les hôtels plus petits et meilleur marché sont parfaits si vous choisissez plutôt une chambre au rez-de-chaussée pour ne pas avoir à sauter de trop haut!».


Polymedia Meichtry SA | Chemin de la Caroline 26 | 1213 Petit-Lancy | Genève | T: +41 22 879 88 20 | F: +41 22 879 88 25 | info@polymedia.ch