19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 06/1989

Concevoir un hôtel en pensant au feu

par Regina Babaran

Ces dernières années ont vu s'imposer dans toute l'industrie hôtelière la question de concevoir un hôtel qui soit à l'abri de l’incendie. La prise de conscience des architectes, des décorateurs, des hôteliers, du législateur et du public s'est accrue sous l'impact de la catastrophe du Dupont Plaza, à Porto-Rico, voilà trois ans.
Bien que l'intérêt pour la protection contre l'incendie fluctue en fonction des annonces de nouveaux drames per la presse, on s'intéresse manifestement de plus en plus aux chambres et bâtiments susceptibles de résister au feu. De nombreux fabricants ont développé des produits nouveaux, à hautes propriétés de résistance aux flammes. De même, les sprinklers se sont imposés lors de rénovations et de nouvelles constructions.

Des lois plus strictes
Les lois concernant l’incendie - les textes, règlements et procédures d'inspection qui varient suivant les endroits deviennent peu à peu plus sévères. Des recherches et des tests poussés sont effectués couramment sur les nouveaux produits anti feu, tandis que des structures de contrôle comme l'Association nationale américaine de protection contre le feu (NFPA) développent, imposent et révisent périodiquement les prescriptions de sécurité. Il y a pourtant encore du chemin à faire.
Les subtilités complexes du design de sécurité concernent un hôtel sous tous ses angles, de sa «peau» extérieure jusqu'aux gonds des portes de ses chambres. De nombreux établissements n'ont pas encore été adaptés aux normes actuelles, qui varient d'Etat en Etat. De plus, tandis qu'il existe de nombreuses normes d'architecture, les éléments meublant l'intérieur ne font pas souvent l’objet de règlements précis parce qu'ils sont distincts de la structure du bâtiment.

La sécurité est coûteuse
Soyons honnêtes: créer des intérieurs résistant au feu est plus coûteux. Norman De Haan, qui dirige à Chicago la firme de design qui porte son nom, est un spécialiste de l'inflammabilité II estime qu'un supplément de dix à vingt pour cent doit être prévu si l’on veut créer une chambre d'hôtel au top niveau de la sécurité-incendie.
Mais cela n'est pas une raison pour écarter le design anti-feu de votre budget. Si vous voulez économiser, faites-le ailleurs/De Haan, qui est architecte diplômé et concepteur d'intérieur, recommande de choisir un designer en fonction de ses conceptions en matière de sécurité.
Des éléments comme les rideaux, les tapisseries,/es matelas et la literie sont classés par la NFPA et d'autres organismes locaux ou nationaux en fonction de leur résistance au feu. Ces catégories sont établies sur la base de quatre sortes de tests: inflammabilité, dimension de la flamme, fumée et toxicité. Martin Jacobs, directeur de la recherche et du développement chez Uniroyal Plastiques, a récemment traité de ces catégories de tests lors d'un séminaire organisé par la Fondation industrielle de la Société américaine des concepteurs d'intérieur.
Selon M. Jacobs, les tests d'inflammabilité sont les plus couramment pris en compte dans les règlements d'incendie municipaux et régionaux. Ces tests déterminent la facilité avec laquelle le matériau concerné brûle s'il est confronté à une source spécifique de chaleur. Ils vont du test de la cigarette (notamment appliqué pour les matelas ou les chaises rembourrées) à celui du contact direct avec une flamme.
Les tests de dimension de la flamme se réfèrent à la vitesse de propagation du feu lorsqu'il s'est déclenché. Des chambres comprenant des matériaux hautement inflammables peuvent connaître le phénomène de «flash», qui est la propagation extrêmement rapide et subite de la flamme lorsqu'une zone a atteint une chaleur critique. Enfin, les tests de fumée et de toxicité évaluent les dangers annexes du feu: la fumée visible et les émanations toxiques invisibles. M. Jacobs souligna que les designers devraient être parfaitement au courant des tests essentiels pour un projet hôtelier. Il y a toujours un manque de données concernant les qualités de tel ou tel matériau en situation réelle; ainsi, votre concepteur doit faire preuve d'un certain jugement.
Cette responsabilité sera plus facile à assumer dans le futur: M. Jacobs a signalé qu'une étude financée par la NFPA développait des logiciels informatiques permettant de mesurer le comportement des matériaux dans des situations d'incendie.

Les nuances de l'anti-feu
En attendant, votre concepteur devrait être rompu à toutes les nuances de la sécurité-incendie. Même la disposition des meubles dans une chambre peut empêcher- ou faciliter- la propagation des flammes. Ted Pearson, directeur du design chez Rita St Clair Associates à Baltimore, note que les matériaux cachés comme le rembourrage de matelas et de coussins devraient être résistant aux flammes. Bien que la réglementation ne le précise habituellement pas, choisir de tels matériaux peut être une question de vie ou de mort. Et il n'est pas difficile de/es trouver sur le marché.
Un important fournisseur de chaises pour l'hôtellerie et la restauration bourre systématiquement ses coussins de mousse résistant au feu, par exemple. Ces chaises sont assez dures. Pour des rembourrages plus doux, De Haan recommande des meubles dont la structure et/'intérieur contiennent un réseau de fibre de verre, ce qui veut dire que le feu carbonisera la surface mais ne pénétrera pas dans le rembourrage.

Synthétique et naturel
Une autre question lorsqu'on parle de choix de matériaux est de déterminer s'il faut utiliser des tissus et rembourrages traités chimiquement ou offrant par nature une résistance aux flammes. Ted Pearson, dont le portefeuille de projets hôteliers comprend le Peabody Court à Baltimore et l'intercontinental de Miami, rappelle qu'il y a de nombreux matériaux naturellement résistant au feu. Il relève que les tissus traités chimiquement ont tendance à être rêches et que, si on les nettoie souvent avec des solvants, ils perdent leur capacité de résistance au feu. Quoique, ajoute-t-il, beaucoup de matériaux soient changés régulièrement dans un hôtel, en raison de l'usage intensif. De Haan souligne un problème particulier, en matière de tissus, lorsque des étoffes différentes sont combinées, comme par exemple un traversin synthétique recouvert d'une taie en tissu naturel. Selon un rapport de la NFPA, une telle combinaison a des caractéristiques qui pourraient créer un danger non défini en cas de feu.
Beaucoup de nouveaux produits et de découvertes en design de sécurité se produisent par la simple réflexion sur la question. Rita St Clair Associates a par exemple proposé des balises lumineuses de secours au bas des murs, car les indications d'urgence sont en général trop hautes pour être aperçues si le corridor est envahi par la fumée. Une autre idée de bon sens: plutôt qu'une moquette de couloir qui butte contre les seuils des chambres, utilisez un matériau anti-feu comme des carrelages qui freineront la propagation du feu.
Le design de sécurité dépend aussi du type d'espace concerné chambre, lobby, couloir, etc. - et de la forme architecturale. «Combiner des matériaux dans des lieux publics est un ensemble complexe de décisions, note M. Pearson, et les paramètres qui conditionnent une conception de sécurité comprennent la taille, les sorties, les sprinklers, l'utilisation de la pièce et la texture des murs, recouverts ou peints. Le type du bâtiment dicte beaucoup de décisions de design. Un lobby ouvert du genre atrium, par exemple, présente des exigences de sécurité différentes de celles d'un lobby traditionnel».
La sécurité est le défi le plus important que le design doive relever.
Assurez-vous de disposer de concepteurs qui sont au point en la matière et souvenez-vous que le prix à payer maintenant sera moindre que celui qu'entraînerait un incendie de votre établissement.

L'article ci-dessus a paru dans le numéro d'Hotel & Motel Management daté du 19 décembre 1988. Regina Babaran est une journaliste spécialisée dans le design hôtelier, qui vit dans le New Hampshire (Etats-Unis).


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