19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 04/1988

Expériences récentes relatives aux incendies dans les hôtels

par W. G. Peissard, technical editor, Cerberus Ltd. à Männedorf

Les Incendies dans les hôtels et habitations attirent toujours l’attention, en particulier s’Il y a mort d’homme. Le plus souvent de tels événements sont rapidement oubliés, engloutis dans la masse d’informations à sensation donnée par les médias. Cet oubli comporte un grand danger: les corrections ne sont pas réalisées et aucune leçon n’est tirée de ces expériences.

 
Deux Incendies ne sont jamais identiques
En décembre 1980, durant l’incendie du Grand Hôtel MGM à Las Vegas, 86 personnes perdirent la vie, la plupart par asphyxie. Lors de l’incendie de l’Hôtel Dupont-Plaza à Porto-Rico le soir de la Saint-Sylvestre 1986, ce sont 96 personnes qui perdirent la vie dans les flammes cette fois. Dans le cas de l’Hôtel International à Zurich, en 1987, six personnes décédèrent probablement par asphyxie due à la fumée et au manque d’oxygène. Une catastrophe n’est jamais identique à une autre, mais, l’analyse de tels événements tragiques permet toutefois de faire certaines observations qui rejoignent celles qui ont été faites aux Etats-Unis lors de recherches expérimentales effectuées par le Mutual Research.
Théoriquement, ni les caractéristiques architecturales, ni l’agencement intérieur ne devraient provoquer de telles catastrophes. Ce n’est cependant que théorie, car les prescriptions actuellement en vigueur n’étaient pas appliquées dans beaucoup de pays ou de régions, il y a dix ans. En outre, il est de plus en plus courant d’utiliser des matières plastiques sous toutes formes: revêtements de parois, sols et plafonds, literie, tables et sièges, lingas et rideaux, etc. Le développement extrêmement rapide de certains incendies conduisant à des catastrophes est provoqué, dans de nombreux cas, par l’action conjointe de combustibles liquides et de matériaux inadéquats pour les aménagements et la décoration intérieurs. Quant à l’origine des incendies, il s’agit très souvent de négligences ou de malveillances.
Deux groupes d’expériences ont été réalisées, simulant des situations proches de la réalité:
  • incendies avec flammes, déclenchés eux-mêmes par une flamme, comme lors d’actes de malveillance;
  • incendies à feu couvert, qui correspondent à la majeure partie des cas réels.
 
Le nombre d’expériences de chacun des groupes ne reflète pas la fréquence des types d’incendies, mais contribuent plutôt à tester les sprinklers à réponse rapide quant à leur capacité à protéger les personnes dans les hôtels. Ce premier aspect a été complété par l’étude des réactions des détecteurs de fumée lors d’incendie à feu couvert.
 
 
But des essais
Il s’agissait de vérifier quelles conditions de protection devaient être remplies afin que les personnes se trouvant dans un hôtel pendant un incendie puissent se mettre d’elles-mêmes en sécurité, sens blessure, ni dommage. Trois différentes affectations causées par le feu susceptibles d’affecter la sécurité des personnes furent mises en évidence:
  • l’influence de la chaleur, par exemple avec brûlures directes et les effets généraux d’une température excessive, y compris les chocs thermiques;
  • l’influence des produits de combustion, à savoir étourdissement et asphyxie par le monoxyde de carbone (CO), par l’acide cyanhydrique (HCN), par un manque d’oxygène dans l’air et par une teneur trop élevée en dioxyde de carbone;
  • les influences psychiques dues à l’opacité et à la désorientation, ajoutées à la peur de perdre la vie; la panique avec toutes ses suites, l’augmentation de la tension et du rythme cardiaque qui peuvent conduire à l’infarctus.
 
L’absence d’indications et d’information sur les mesures de sécurité propres à l’hôtel, de même que la méconnaissance des lieux peuvent représenter un facteur aggravant. Il faut, en outre, ne pas oublier que les occupants d’une chambre voisine, qui n’est pas directement touchée par l’incendie, peuvent être sérieusement menacés, en particulier par l’obstruction des voies d’évacuation.
 
Les limites du supportable
Combien de temps une personne peut-elle endurer les effets d’un incendie ? Parmi les facteurs mentionnés ci-dessus, le monoxyde de carbone (CO) est la cause principale de décès. La limite de survie lors de perturbations dues à la chaleur ou aux gaz est largement fonction de la durée. L’action conjointe de gaz différents, ainsi que l’attitude de la personne jouent également un rôle. Il est connu que lors de paniques ou de frayeurs, la fréquence des pulsations et de la respiration s’élève. Il s’ensuit que le CO présent est inspiré en quantités encore plus grandes et son action néfaste est accélérée per le fait qu’il est absorbé par le sang deux fois plus rapidement que l’oxygène. La fumée obstrue la vue en provoquant la peur qui elle-même augmente la fréquence des respirations. Quelqu’un qui connait une voie d’évacuation ne se laissera pas aller à la panique aussi rapidement qu’une personne non informée.
Il n’y a donc pas, au vu des divers effets que peut avoir un incendie sur la personne humaine, de règles très générales à tirer; dans ce domaine l’on doit se contenter de valeurs moyennes. Ainsi, une concentration moyenne de 4000 ppa (0,4 %) de monoxyde de carbone (CO) devrait, selon l’expérience, provoquer la mort en l’espace d’une heure. Lors d’un manque d’oxygène (O2), une valeur limite inférieure à 9% ne doit pas être dépassée, mais il serait faux de tenir compte de cette seule valeur, puisque la fréquence des respirations a tendance à augmenter lors d’un incendie et qu’aux abords du feu l’émission de CO s’amplifie. La limite supérieure pour le CO2 est de 10%, mais encore une fois, dans le contexte d’un incendie l’on ne peut pas se limiter à un calcul simpliste en disant que 10 % de CO2 doit réduire la teneur en N2 et O2 de l’air de 10 % également. Théoriquement cela signifierait que la proportion d’oxygène dans l’air serait ramenée de 21 à 19 %, ce qui est tout au plus désagréable, mais absolument pas dramatique. Ici également, c’est la conjonction de différents éléments qui joue, car un feu dans un local consomme bien de l’oxygène, mais pas d’azote.
L’aveuglement dû à la fumée, a une influence sur la peur et la panique. Le seuil critique se situe aux environs de 45 %. En ce qui concerne la chaleur, les spécialistes ne sont pas d’accord sur tous les points. Selon les experts la valeur extrême semble se situer aux alentours de 150 °C, température qui ne devrait pas empêcher une fuite immédiate dans la mesure où la chaleur à hauteur de plafond n’a pas enflammé les revêtements de la pièce.
 
Critères réalistes
Celui qui dit, écrit ou fait quelque chose en matière de protection contre les incendies dans les hôtels doit s’appuyer sur des bases claires. La priorité absolue doit être la sauvegarde des vies humaines. Les biens matériels, aussi précieux soient-ils, ne viennent qu’en deuxième lieu. Dans la pratique toutefois, ces priorités relativement strictes sont adoucies par le fait que pratiquement toutes les mesures prises en faveur de la sauvegarde de vies humaines lors d’un Incendie contribuent également à préserver les bâtiments et d’autres biens matériels.
Transposé dans la pratique, cela signifie:
  • ne pas tolérer les conditions favorisant l’apparition d’un danger, mais les éliminer par un processus de pas à pas, en établissant des priorités, y compris pour les négligences d’entretien général souvent tolérées mais cause fréquente d’incendies imprévisibles;
  • lors de rénovations du bâtiment, de changement de la décoration intérieure, l’observation de cette première règle permet de réduire les risques;
  • prévoir des zones de tolérance ou de restrictions afin de réduire les risques liés à la cigarette, aux réparations, aux travaux en cuisines non supervisés, aux buanderies etc.; prendre des mesures pratiques (cendriers, supervision, etc.)
  • veiller en permanence à une détection précoce du danger; les incendies se développent de manière exponentielle dans le temps; des chambres et des corridors envahis par la fumée font rapidement la une de la presse à sensation;
  • planifier et exercer les interventions adéquates du point de vue du matériel et du personnel, à qui il faut assurer une formation convenable.
 
Résultats des expériences
Il y a lieu de préciser que les expériences se sont limites aux incendies dans les chambres d’hôtels. Cette limitation n’est pas justifiée dans le cas de l’incendie du MGM, ni dans ceux du Dupont-Plaza et de l’Hôtel International, puisque dans tous les trois l’incendie prit naissance dans une zone cuisine/restaurant. L’effet de ces incendies fut également considérablement réduit per la mise en oeuvre de mesures structurelles et opérationnelles, de même que per l’entraînement du personnel. La limitation des expériences aux chambres se justifie per le fait que statistiquement une grande partie des incendies débutent dans les chambres des clients.
Voici donc les considérations extraites du rapport établi par le Factory Mutual Research:
«Douze expériences ont été faites dans une chambre d’hôte et un corridor reconstitué, dans le but de tester d’une part la puissance des sprinklers horizontaux à grand rayon d’action et à réponse rapide et d’autre part la réaction des détecteurs de fumée optiques et à ionisation. Pour les huit premiers essais, l’incendie a été déclenché par une flamme qui a été induite par allumage électrique dans une corbeille à papier métallique. Pour ces huit essais, deux conditions différentes ont été utilisées: dans la première série la corbeille à papier se trouvait à côté d’un siège, à proximité immédiate d’une table et des rideaux. Dans le deuxième cas, l’inflammation a été provoquée à proximité directe du lit. Pour les deux séries d’expériences, quatre essais ont été effectués. Tous les meubles, à l’exception de la table, provenaient d’un fabricant d’équipements hôteliers.»
«Dans quatre autres expériences, un feu couvant a été provoqué sous la couverture d’un lit, au moyen d’un plongeur. Aussi bien pour les incendies que pour le feu couvant, quatre conditions de ventilation ont été testées:
  1. chambre et corridor ventilé par la porte ouverte de la chambre;
  2. première variante avec la porte fermée;
  3. chambre non ventilée, mais corridor ventilé par une porte ouverte;
  4. troisième variante avec la porte fermée.»
 
Par le fait que le feu couvant, pendant la durée du test, ne conduisit à un incendie que dans un cas, au bout de 52 minutes il fut décidé de bouter le feu par une flamme, ce qui fit fonctionner les sprinklers lors de feux couvants.
Le rapport indique que : «Lors des essais avec la porte de la chambre fermée, tous les détecteurs de fumée réagirent suffisamment tôt - avant la mise en action des sprinklers - pour permettre aux hôtes de s’enfuir, grâce à une alarme précoce et claire. Avec les portes ouvertes, les détecteurs placés dans le corridor réagirent également avant les sprinklers.»
«L’opacité dans la chambre atteignit 100 % avant le déclenchement des sprinklers et se maintint à ce niveau lors de tous les essais.»
Le rapport établit encore que: «Parce que la température des gaz à 1,5 m de hauteur atteignit entre 93 et 121 ºC en 23 secondes et que l’opacité au moment du fonctionnement des sprinklers était proche de 100 %, l’alarme précoce par les détecteurs de fumée est susceptible de diminuer les risques d’atteinte à la santé et d’augmenter les chances de fuite.»
 
Conclusions
Il existe des conditions architecturales, en particulier dans les anciens hôtels, où l’utilisation de sprinklers, surtout dans les chemins de fuite, est une nécessité, tant que l’exploitation peut être maintenue. Dans tous les cas cependant, une installation de détection d’incendie bien conçue et correctement réalisée dans les chambres comme dans les chemins de fuite, est utile pour annoncer un danger dès son apparition, et permettre ainsi la fuite et une intervention rapide.
L’absence de détecteurs de fumée dans les chambres expose l’hôte, dans la chambre duquel un incendie se déclare, au danger d’asphyxie, vu que l’émission de gaz atteint des valeurs critiques avant la détection de l’incendie. L’avertissement d’un hôte voisin peut constituer un maillon faible de la chaîne si elle ne peut être assurée automatiquement et contrôlée sûrement.
La formation du personnel en vue de situation critiques n’est pas l’expression d’une psychose; elle est au contraire la preuve d’un comportement responsable du directeur de l’hôtel.
 
Référence: Rapport technique FMRC J.IOM3N5.RA(4) Factory Mutual Research, mai 1988, à la demande de l’Agence fédérale de gestion de situation de danger de l’administration du feu américaine, Washington DC 20472


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