19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 04/1988

L'incendie de l'hôtel Tivoli et la sécurité contre l'incendie en Belgique

par Christina Mackenzie à Bruxelles

Il n'y a pas de lois en Belgique qui régissent la sécurité contre l'incendie dans les hôtels. Des suggestions et des normes inofficielles, oui, mais des lois, non. Dans ces conditions il peut paraitre surprenant, dans un pays qui compte 1994 hôtels, que les Incendies d'hôtels ne soient pas plus nombreux.
A la suite de l'incendie qui a détruit l'hôtel Tivoli à Bruxelles, au début de cette année, dans lequel quatre personnes ont péri et sept ont été blessées, les pompiers disent avoir reçu de multiples demandes de la part des hôteliers pour faire des contrôles de sécurité dans leurs hôtels.

Le Tivoli était un petit hôtel quatre étoiles dans la banlieue de Laken au nord de Bruxelles. Bien que l'enquête soit toujours ouverte, il est avancé que le feu aurait été bouté délibérément par une jeune femme en enflammant son matelas avec une cigarette. Selon la police, le feu a tué un enfant de sept ans, un homme handicapé et deux autres personnes. Il a détruit la moitié du bâtiment causant des dégâts estimés à 2 ralliions de francs belges (57’000 dollars).
Le Tivoli était un des 234 hôtels du centre de Bruxelles (population environ 950’O00). Selon le chef des pompiers, M. Charles de Sneyder, responsable de la sécurité incendie de cette partie de la capitale belge, «il faut toujours qu'il y ait d'abord un accident dans ce pays avant que l'on fasse quoi que ce soit». Il a notamment cité le cas d'un incendie d'hôtel dans la ville côtière de Blankenberge, au début des années 80, dans lequel trois personnes sont mortes. Selon M. de Sneyder, après l'accident un projet pour la sécurité contre l’incendie a été élaboré, «mais a été aussitôt étouffé par le débat sur la régionalisation».
En cela, il se référait à la rivalité historique entre les Flandres et la Wallon/e, ainsi qu'à l'éternel débat sur l'accroissement de l'autonomie de chaque région, débat largement responsable des délais énormes pour l'adoption des lois.

Situation injuste et nébuleuse
M. Luc de Bauw, secrétaire général de l'Horeca, l'Association belge des hôteliers, a admis que «la sécurité contre l'incendie est un problème majeur», en Belgique. Pour l’instant, le maire de chaque ville est responsable de la sécurité contre l'incendie dans les hôtels. «Ce qui nous conduit à une situation très injuste et nébuleuse: les règlements sont très souples dans certains cas et dans d'autres pas», dit M. de Bauw, qui ajoute qu'un décret devrait être adopté dans les mois à venir per le gouvernement régional des Flandres. Ce décret spécifiera les normes de sécurité pour les hôtels existants avec au moins 10 clients payants ou quatre chambres. Ces mesures ne concerneront que les 1053 hôtels de la partie flamande de la Belgique, dans le nord du pays. Dans l'immédiat, il n'y a pas de projet de loi similaire en Wallonie, dans la partie francophone du sud du pays. Mais, M. de Bauw ajoute: «Je pense que d'ici à l’année prochaine nos collègues wallons auront fait de même.» Entre temps, les normes de sécurité contre l'incendie dans les 707 hôtels wallons seront établies selon la fantaisie des maires locaux.
Pour M. de Bauw, «il est impossible d'exclure totalement les risques incendie, mais, malgré tout, les dommages pourraient être maîtrisés». Au sujet du débat sur les standards de sécurité contre l’incendie en Flandres, il admet que le dialogue entre les hôteliers, les pompiers atlas ingénieurs est loin d’être aisé. Et d'ajouter que les pompiers et les techniciens proposent des standards inapplicables dans de nombreux hôtels existants «en raison de la difficulté de transformer la structure de base d'un bâtiment». D'après lui, «un bon nombre» d'établissements construits par le passé auront beaucoup de peine à se conformer à une nouvelle réglementation, quelle qu'elle soit.
A la différence d'autres pays, les pompiers belges n'ont pas de pouvoir coercitif. Ils ne peuvent que conseiller, et leurs conseils ne deviennent légalement contraignants que s'ils sont approuvés per un des départements de l'Hôtel de Ville. Ainsi, les pompiers ne peuvent pas vérifier les standards de sécurité d'un hôtel à la demande d'un particulier.
 
Etude cas par cas
Du fait de l’absence de lois, les pompiers bruxellois basent leurs conseils sur une proposition de loi de 1982 qui n'a pas encore ~té adoptée. A cet égard, comme l’a mis en évidence M. de Bauw, il sera de toute façon difficile, pour les hôtels anciens, de se conformer à certaines de ces lois. Voici quelques exemples de propositions: une façade principale par aile doit être accessible per les voitures de pompier; les supports en acier du bâtiment doivent avoir une résistance au feu d'une heure; les escaliers doivent avoir une largeur minimale de 80 cm et chaque chambre doit avoir au moins deux sorties; les murs, les plafonds et les sols des cuisines doivent résister au feu pendant une heure... D'autres recommandations, qui paraissent élémentaires telles que l’installation d'un système généralisé de détection incendie, ne peuvent être exigées légalement dans les hôtels existants «sauf dans des circonstances exceptionnelles», selon le document qui n'expose pas la nature de ces circonstances.
La sécurité dans les nouveaux hôtels belges n'est guère meilleure que dans les anciens. D'après M. de Sneyder, quand les permis de construire sont soumis à l'Hôtel de Ville, les plans sont envoyés à la section pour la prévention de l'incendie du service du feu. Le bureau établit alors un rapport sur les mesures de prévention à entreprendre. Mais là encore, ce rapport n'est pas contraignant légalement à moins qu'il soit inclus dans le permis de construire.., ce qui est normalement le cas. Pour l'établissement du rapport le fonctionnaire «s'inspire d'une série de normes publiées en juin 1980 sur les bâtiments de taille moyenne et haute,» dit M. de Sneyder. Ces normes (nbn s21-201, 202 et l'addendum de 1984 et nbn s21203), ont hautement Influencé celles d'avril 1987 (nbn s21-205) qui devraient théoriquement former la base d'une loi spécifique aux normes de sécurité pour les hôtels.

Moins cher de payer des amendes
Selon M. de Sneyder, les bâtiments construits comparés aux plans originaux, sont parfois très différents. Afin d'essayer d'enrayer les abus, l’occupation du bâtiment est théoriquement interdite jusqu'à ce qu'un certificat de conformité soit délivré par l'Hôtel de Ville. Un pompier doit alors contrôler si toutes les normes incendie prescrites dans le permis de construire ont été respectées. «il arrive souvent que ce ne soit pas le cas», dit M. de Sneyder. En théorie, l'Hôtel de Ville accorde alors 60 jours au constructeur pour s'adapter, mais comme les bâtiments sont souvent déjà partiellement occupés avant la fin des travaux, certaines normes de sécurité de moindre importance ne sont jamais observées, il est souvent moins cher pour le constructeur de payer une amende, plutôt que de recâbler ou d'ajouter des pertes de secours supplémentaires.
La Commission de la Commune européenne (CE), le Parlement européen et l'Association des consommateurs européens ont exprimé leurs inquiétudes concernant les normes de sécurité inadéquates contre l'incendie dans les hôtels de plusieurs des douze Etats membres de la CE. Une recommandation a été adoptée par le Conseil de la CE en décembre 1986, mais elle n'est pas contraignante à l’égard des états membres. Toutefois, selon M. de Sneyder, les responsables de la sécurité incendie belges s'inspirent déjà de ces recommandations pour définir les standards de sécurité des nouveaux bâtiments.

Principale cause d'Incendies: les cigarettes
«Quoi que les hôteliers fassent», dit M. de Bauw, «il faut se souvenir que 87 % des incendies d'hôtels en Belgique sont causés par des fumeurs dans leurs chambres». M. Geert Raes, Vice-Directeur de l'hôtel Métropole, un hôtel de quatre étoiles avec 410 chambres datant du 19e siècle et se trouvant au centre de Bruxelles, pense qu'il est inutile de s'attarder sur ce que les hôteliers font pour rendre les bâtiments sors, vu qu'il est presque impossible d'interdire aux clients de fumer dans leurs chambres. Bien que rHôtel Métropole possède des détecteurs de chaleur et de fumée dans les corridors, dans toutes les pièces publiques et dans les cuisines, il n'y en a pas dans les chambres.
Une enquête faite au hasard dans les hôtels de Bruxelles a démontré que les hôtels modernes ont généralement des détecteurs dans toutes les chambres, tandis que les hôtels moins récents ont tendance à n'en avoir que dans les zones publiques.
Etant donné que de nombreux incendies débutent dans les chambres, l’installation de détecteurs dans celles-ci est peut-être la première et la plus simple des modifications que les hôteliers belges devraient entreprendre.


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