19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 01/1987

Hôtel brûle ... à Kristiansand

par E. Ahlander*

Une expérience norvégienne, traumatisante, démontre une fois de plus que la construction et l’exploitation d'un hôtel nécessite une meilleure prise de conscience des risques de l’incendie.

Un incendie, qui s'est déclaré dans un hôtel de la ville norvégienne de Kristiansand (62’000 habitants), aux premières heures de la matinée du 5 septembre 1986, a provoqué la mort de 14 personnes. De plus, 54 hôtes de l’hôtel ont dû être conduits à l’hôpital. Les dégâts matériels se sont élevés à près de 8 millions de dollars.
Un regard au bâtiment et aux circonstances de l'incendie peut fournir des informations utiles pour la planification d'hôtels futurs, et aux chargés de sécurité.
L’hôtel Caledonien, de 11 étages, en béton, avait été construit en 1969. Il dispose de 200 chambres d’hôtes avec 400 lits, des restaurants, un bar à cocktails, une salle pour le petit déjeuner et des salles de conférences. Dans la nuit du 5 septembre, 113 clients résidaient à l’hôtel.

La première phase d'intervention
A 4 h 40, le portier de nuit alertait la caserne des sapeurs-pompiers par téléphone : «Incendie à l’Hôtel Caledonien». Quelques secondes plus tard, encore pendant l'appel téléphonique, le système de transmission d'alarme automatique, relié à la caserne des pompiers se déclenchait également.
Lorsque l'équipe d'intervention, dix pompiers et trois véhicules, arriva trois minutes plus tard, un incendie violent faisait rage au niveau du rez-de-chaussée, avec un très fort dégagement de fumée. Par plusieurs fenêtres des chambres d’hôtes des étages au-dessus, des gens appelaient au secours. La première échelle pivotante mise en place, les travaux de sauvetage commençaient et les premières personnes étaient mises en lieu sûr. Par radio, le chef des pompiers demanda des renforts (pompiers volontaires, sapeurs-pompiers en congé).
L'intensité du feu et l'épaisse fumée sont telles qu'une pénétration à l'intérieur de l’hôtel, même avec des appareils respiratoires lourds, est impensable.
La situation architecturale particulière rendait les travaux de sauvetage par l'extérieur très difficiles. En effet, l’hôtel Caledonien a la particularité d'avoir un socle constitué du rez-de-chaussée et de deux étages, une terrasse saillante formant un «angle mort » empêchant l'échelle de dépasser le 4e étage.
Il ne fut donc possible de porter secours sans difficulté qu'aux hôtes qui se trouvaient en dessous de ce niveau. Par mégaphone, on recommandait aux personnes prisonnières des étages supérieurs de chercher momentanément refuge dans les salles de bain. A 5 h 10, soit 30 minutes après que l'alarme ait été donnée, la situation n'était pas encore sous contrôle.
 
L'alerte catastrophe
A 5 h 15, la direction de l'intervention, après consultation avec la police, décida de déclencher l'alerte catastrophe. Ceci signifie la mise en état d'alerte de l’hôpital régional, de la Croix-Rouge, du corps de sauvetage «Falken» ainsi que des corps de pompiers des entreprises de la ville. De plus, une autre échelle pivotante était demandée à la ville voisine, ainsi qu'un hélicoptère de sauvetage de l'Armée de l'Air stationné à Stavanger.
Par hasard, une grue mobile se trouvait à proximité. La police a pu atteindre le machiniste et faire amener le véhicule sur les lieux pour participer aux travaux de sauvetage.
La grue avait une hauteur de travail maximale de 33 m. A l'aide d'un container en guise de benne, des pompiers équipés d'appareils respiratoires lourds ont été montés le long de la façade. Malgré la mauvaise visibilité à travers l'épaisse fumée, il a été possible de sauver des clients par les fenêtres de leurs chambres jusqu'au 8e étage, une opération extrêmement difficile en même temps que très improvisée.
Entre temps, les renforts de pompiers étaient arrivés et il était dès lors possible de lancer une offensive générale contre le feu qui, alors, atteignait le deuxième étage. Plusieurs lances on été mises en action, ainsi que trois canons à eau et un moniteur à mousse.
 

Fig. 1. C'est la première fois en Norvège qu'un hélicoptère a été utilisé lors d'un incendie comme moyen de sauvetage.

Le sauvetage par les airs
L'hélicoptère de sauvetage, un «Sea King» avec un équipage de cinq hommes, arriva sur place à 6 h 40. Des gens étaient toujours prisonniers dans les étages supérieurs et ne pouvaient être sauvés ni à l'aide de l'échelle, ni à l'aide de la grue. Un sanitaire fut déposé sur le toit de l’hôtel au moyen du treuil. Il lui fut possible d'atteindre trois personnes qui appelaient à l'aide par les fenêtres aux 9e et 10e étages, de les amener sur le toit d'où elles furent emmenées en lieu sûr. Pour une autre personne qui avait déjà tenté de se sauver par le toit. l'aide arrivait trop tard. Cette personne était morte avant son arrivée à l’hôpital.
Après cette opération de sauvetage, plusieurs pompiers équipés d'appareils respiratoires ont été transportés sur le toit par l'hélicoptère, de manière à pouvoir pénétrer dans le bâtiment de l’hôtel par cette voie.

Le feu sous contrôle
Aux environs de 7 h, la situation générale se présentait comme suit: gros dommages aux 1er et 2e étages; une personne a été trouvée morte. Le nombre des clients de l’hôtel sauvés au moyen des échelles et de la grue ne pouvait pas être connu en raison de la situation chaotique durant la phase initiale de l'incendie. Comme on s'attendait à ce que d'autres personnes soient encore dans les chambres, les pompiers commençaient une fouille systématique de l’hôtel, étage par étage. L'hélicoptère avait atterri et restait à disposition en cas de besoin.
A 8 h 54, la direction de l'intervention annonçait que le «feu était sous contrôle». Les travaux post-extinction pouvaient débuter dans les divers étages. La recherche d'autres victimes continuait.
 

Fig. 2.

La phase finale
Le hall d'entrée avec la réception et le bureau qui y est rattaché (dans lequel se trouvait la cartothèque des clients) est totalement carbonisé. Le coffre-fort, dans lequel il devrait y avoir des indications sur le nombre de personnes se trouvant dans l'h6tel, ne peut d'abord pas être ouvert en raison de sa température très élevée.
Le centre informatique, au deuxième sous-sol était intact. La police tente de dresser une liste des personnes encore manquantes. Par la radio et la télévision. les h6tes de I'h6tel qui ne sont pas en traitement à l’hôpital sont priées de s'annoncer à la police. Au cours des recherches menées dans la matinée. les corps de 13 victimes ont été découverts, Seules deux victimes présentaient des brûlures: toutes les autres étaient mortes sous l'effet des gaz de fumée.
 
Des chemins de fuite enfumés
L'Hôtel Caledonien avait été construit conformément aux normes de construction de l’époque Parallèlement à l'escalier principal, il y avait deux cages d'escalier de secours, respectivement de fuite, disposant de gaines de désenfumage et d'extraction de chaleur. Le système de détection d'incendie automatique (avec des détecteurs de chaleur) était relié à la caserne des pompiers. Le propriétaire avait renoncé à l'installation de sprinklers, une mesure qui avait été chaudement recommandée par les services du feu, mais qui n'était pas obligatoire d'après les prescriptions en vigueur.
A part l'heure défavorable à laquelle l'incendie s'est déclaré (la première alarme a été déclenchée à 4 h40, alors que les hôtes étaient dans un profond sommeil), divers autres facteurs ont contribué à son déroulement fatal:
  • suite à la très rapide propagation du feu, la réception, le «centre nerveux» de l’hôtel, n'était plus opérationnel:
  • les portes coulissantes des deux ascenseurs n'étaient pas étanches à la fumée; la fumée et les gaz pouvaient atteindre les étages supérieurs par les cages d'ascenseurs ;
  • les portes des cages d'escaliers de secours auraient dû avoir une résistance au feu correspondant à la classe A60; cette condition n'avait pas été respectée; l'une de ces portes a été complètement brûlée après très peu de temps déjà; la fumée a pu se propager sans obstacle par cette cage jusqu'au 11e étage, empêchant toute fuite par cette voie ;
  • les exutoires de fumée et de chaleur, dans les cages d'escaliers de secours étaient des systèmes à commande mécanique; les dispositifs de déclenchement étaient placés à l’intérieur même des cages et n'étaient plus accessibles très peu de temps après le début de l'incendie ; il était alors impossible de commander le système et, ce faisant, d'améliorer la situation en aspirant les fumées ;
  • la cage d'escalier principale (qui n'était pas séparée en zones coupe-feu ou séparée par des portes intermédiaires) n'était déjà plus utilisable comme chemin de fuite peu de temps après le début de l'incendie;
  • il faut également mentionner que l’hôtel n'avait pas de masques à gaz à mettre à disposition.

Les causes de l'incendie
Selon l'enquête de la police judiciaire, l'incendie est sans contestation possible imputable à un câble électrique défectueux alimentant un réflecteur dans le restaurant au premier sous-sol. Il a été clairement établi que c'est le lieu du foyer de l'incendie.
La présence de matériaux facilement inflammables explique la rapidité et la force de la propagation du feu par le large escalier, menant du restaurant au sous-sol (inoccupé à cette heure-là) au rez-de-chaussée où se trouvait la réception et le bar «Balustrade».
Lors de l'enquête des policiers, un portier de nuit a déclaré que le feu était monté du sous-sol comme s'il avait jailli d'un «lance-flamme».
Encore pendant la phase initiale des travaux de sauvetage, le feu s'est propagé aux 1er et 2e étages par l'escalier principal, une intervention par l'intérieur était dès lors impossible.


* Norwegian Foreign Correspondant for « 112 » - Magazin der Feuerwehr (Germany) Photos: Forsvarets Opplysngstjeneste


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