19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 02/1987

Incendie d'hôtel à Puerto Rico

L'article qui suit a été écrit par le correspondant de la Revue allemande «112 Magazine», en collaboration avec Harvey Eisner de la revue américaine de la prévention incendie «Firehouse», qui, peu de jours après l'incendie, avait visité les lieux du sinistre et relevé les premiers témoignages des pompiers.

L'incendie du Dupont Plaza à San Juan, Puerto Rico, le 31 décembre 1986, a été l'incendie d'hôtel le plus désastreux en Amérique depuis 1946: 96 personnes sont mortes, 140 autres blessées. De nombreux h8tes bloqués dans les étages supérieurs ont dû être évacués par hélicoptère ; les pompiers, la police, les garde-côte et des volontaires ont lutté pour sauver des vies. La majeure partie des victimes ont été découvertes, les unes sur les autres dans le casino de l'hôtel. Elles sont mortes en tentant de fuir par une porte du casino qui ne s'ouvrait que vers l'intérieur! L'hôtel n'avait pas de système automatique de détection d'incendie et de fumée et son installation sprinkler n’était que très limitée.
Une enquête approfondie, menée par diverses autorités de Puerto Rico a permis d'établir que l'incendie était dû à un acte criminel. Trois individus arrêtés ont fait des aveux complets.
Comme première conséquence de l'incendie, les autorités de Puerto Rico ont alloué des fonds pour engager 300 pompiers supplémentaires et 37 employés pour la prévention incendie. De plus, une commission de dix spécialistes a été formée. Elle a étudié la sécurité incendie sous tous ses aspects et soumis des recommandations au Gouverneur de Puerto Rico pour améliorer la situation.

Description de l'hôtel
L'hôtel Dupont Plaza situé directement au bord de la plage Condado a été construit en 1963 par la Chaîne hôtelière Sheraton. A cette époque, des prescriptions relatives à la protection incendie des bâtiments avaient été édictées.
Le complexe hôtelier comprenait une tour de 20 étages avec 423 chambres (chacune avec balcon), un casino et son restaurant occupant deux étages, plusieurs petits magasins, une salle de bal et une discothèque. Il occupait plus de 400 personnes.
Toutes les sections étaient interconnectées au rez-de-chaussée par un grand hall de réception. La tour, le casino et l'entrée principale de l'h6tel avaient été construits conformément aux prescriptions de protection incendie de l'Association américaine de prévention contre l'incendie (NFPA). La grande salle de bal comportait des matériaux inflammables non protégés. Le casino, était situé au deuxième, respectivement à l'étage principal de l'hôtel, sous l'immeuble de grande hauteur et derrière une salle de réception. C'est là que se trouvaient la plupart des hôtes du casino quand le feu s'est déclenché. Par la suite, ils ont été incapables de fuir, à cause de la panique et la rapide propagation des flammes.
Le casino avait deux sorties, porte battante vitrée vers le hall de réception et porte en bois vers les ascenseurs, cette dernière ne s'ouvrant que vers l'intérieur.
Seule une partie insignifiante (Je l'hôtel, en dehors des cuisines, d'une buanderie au 9e étage et d'une salle de machines juxtaposant la salle de bal, était équipée da systèmes stationnaires d'extinction d'incendie. A Puerto Rico, les sprinklers ne sont pas obligatoires dans les hôtels. Lorsque le feu s'est déclaré, l’hôtel comptait un millier d’hôtes dont approximativement la moitié se trouvait dans le bâtiment. A ce jour, il n'est toujours pas possible de savoir combien de personnes non clientes de l’hôtel se trouvaient dans le casino. Selon certaines estimations il y aurait eu approximativement 175 clients, employés et spectateurs.

Des problèmes avec un syndicat
Plusieurs employés de l'h6tel faisaient partie d'un syndicat qui se préparait à manifester contre la compagnie hôtelière. Dans l'après-midi du 31 décembre, la direction de l’hôtel avait mis une salle à la disposition des membres de ce syndicat pour une réunion. Plus tard, des clients ont dit avoir entendu des rumeurs qu'une manifestation aurait lieu dans le voisinage de la plage Condado. Auparavant, plusieurs employés de l’hôtel avaient reçu des lettres de menace. Juste avant le début de la réunion, un téléphone anonyme informait la police qu'une bombe avait été placée dans l’hôtel. Deux policiers dépêchés sur place furent informés par le personnel que la direction ne souhaitait, pas de fouille du bâtiment et que tout était en ordre.
Apparemment, trois débuts d'incendies criminels s'étaient déclarés dans l’hôtel pendant la période du 20 au 31 décembre. Dans chaque cas, des matelas ou des draps de lit furent allumés dans des salles de service ou d'équipement, L’hôtel avait engagé 28 personnes supplémentaires pour le service de sécurité.
 

L'incendie se déclare
Quelques minutes après la fin de la réunion du syndicat l'incendie a été allumé le long de la paroi sud de la salle de bal où des cartons et des caisses en bois ayant servi d'emballage pour des meubles livrés le jour précédent avaient été empilés. L'incendiaire s'est servi d'un combustible liquide. Cette zone était séparée du reste de la salle par une cloison suspendue.
A 15 h 30, un client qui quittait le casino a remarqué de la fumée qui pénétrait dans le hall de réception par le foyer. Neuf minutes après que le feu ait été bouté les fenêtres du rez-de-chaussée éclataient presque toutes en même temps. Il était alors devenu pratiquement impossible pour quiconque de fuir la salle du casino où l'épaisse fumée et les effets de l'incendie provoquaient la panique. Seuls quelques clients purent se sauver en sautant par les fenêtres cassées d'une hauteur de 5 m. Le feu était attisé par l'appel d'air provenant des fenêtres ouvertes et, en l'espace de quelques minutes, l'incendie gagnait l'ensemble du casino et du hall d'entrée. Les six ascenseurs de la tour devenaient inutilisables. Plusieurs centaines d'h6tes furent surpris dans leurs chambres par la fumée montant le long des parois et gagnant les corridors.
 
L'intervention des pompiers
A 15 h 40, les sapeurs-pompiers recevaient un appel de l’hôtel. Immédiatement, des véhicules étaient dépêchés sur les lieux. Pendant le trajet déjà, las pompiers remarquaient une grande colonne de fumée venant de la direction de l’hôtel; le chef de brigade appela immédiatement du renfort.
Lorsqu'ils arrivèrent sur place, 10 à 15 blessés gisaient devant l'hôtel. Une centaine de personnes étaient sur les balcons. A ce moment, l'incendie s'est propagé sur la totalité des deux étages de la partie en terrasse de l’hôtel, y compris le casino. Dix autres personnes grièvement blessées, qui avaient sauté par les fenêtres du casino, étaient trouvées sur la gauche du bâtiment.
Les pompiers du premier véhicule d'extinction. n'ayant pas d'appareils respiratoires sur leur véhicule, ont installé deux lances en direction du hall d'entrée et tenté d'enrayer le développement de la chaleur et de la fumée par pulvérisation d'eau. L'écroulement du revêtement et les éclats de verre rendaient la pénétration très difficile. Un peu plus tard, un autre pompier équipé d'un appareil respiratoire put pénétrer, tout seul, jusqu'à 25 m à l'intérieur du bâtiment avec une lance. Là, il s'est trouvé en face d'un véritable «tunnel de feu». La totalité du hall de réception était en feu, les flammes étant attisées par un fort vent venant de la plage.
Aux environs de 16 h, cinq lances étaient en fonction. Une soixantaine de personnes appelaient au secours depuis les balcons des chambres. Un client a sauté du 7e étage en direction de la piscine; il est tombé 2 m à côté, sur le ciment, et s’est tué.
Il n'était pas possible d'utiliser l'échelle pivotante qui ne pouvait pas passer par-dessus une terrasse plate de 30 m de large pour atteindre la face de la tour. Une dizaine de pompiers ont pu atteindre les balcons inférieurs en se servant d'échelles à glissière. Ils commencèrent immédiatement à chercher les personnes qui se trouvaient dans les chambres et les corridors.
Les hôtes, dont certains étaient complètement paniqués, ont été invités à quitter leurs chambres et à se rendre aux étages supérieurs. Il y avait deux cages d'escalier, toutes les deux pleines de fumée. En montant, les pompiers trouvaient de plus en plus de personnes complètement désorientées, à qui ils donnaient de l'air à l'aide de leur propre appareil respiratoire. Sur la façade extérieure gauche de l'hôtel, au-dessus de la salle de bal, les flammes et la fumée avaient atteint le 6e étage.
 

Sauvetage par hélicoptère
Au cours de la première demi-heu.re, des hélicoptères ont été envoyés sur les lieux. Les garde-côte avaient été chargés de la coordination des opérations. Il existait bien un plan de sauvetage par hélicoptère, mais celui-ci n'avait jamais été exercé.
Des problèmes auxquels les théoriciens qui ont dessiné les plans de l’hôtel n'ont pas pensé se précisèrent rapidement. Sur le toit, les superstructures des ascenseurs et du conditionnement d'air occupaient près des deux tiers de la surface. Les hélicoptères, et en général un seul à la fois à cause des pales du rotor qui frôlaient dangereusement les structures, ne pouvaient atterrir que dans un coin du toit.
Malgré ces problèmes, ainsi que quelques autres dus au vent, au bruit et à la fumée, cette opération était le seul moyen pour sauver les 215 personnes qui se trouvaient sur le toit.

Les victimes
Le hall de réception était complètement détruit. Les pompiers y ont découvert trois corps. Dans le casino, de nombreux corps gisaient dans un couloir. L’enquête après l'incendie a permis d'établir que 55 personnes étaient mortes dans cette zone.
Sur le côté opposé du casino. 25 victimes ont été découvertes, ainsi que trois dans la salle des croupiers qui, pourtant, avait résisté aux flammes. Trois autres victimes se trouvaient dans un ascenseur entre le premier et le deuxième étage; un client est mort par empoisonnement au 4e étage.
De plus, 140 blessés ont été amenés dans sept hôpitaux voisins et huit ont succombé à leurs blessures.
 

L’enquête
La police de Puerto Rico a fait appel au FBI et aux autorités américaines d'enquête en cas d'incendie (ATF) pour l'assister dans ses travaux. Après cinq jours, il y avait assez de preuves évidentes pour pouvoir déposer une plainte devant la Cour de justice américaine. Trois employés de l’hôtel furent arrêtés et accusés de complicité d'incendie volontaire et du meurtre de 96 personnes. Selon les enquêteurs fédéraux, le cas n'a pas été difficile à résoudre, du fait qu'aucune trace n'avait été éliminée et que le bâtiment en soi était resté intact.
L'enquête a également révélé que même l'intervention rapide de 100 pompiers n'aurait pas évité le nombre aussi élevé de victimes. Pour essayer d'éviter de telles catastrophes, l'installation d'un système d'alarme incendie automatique et un système d'extinction fixe sprinkler s'impose, en d'autres mots, des mesures qui font partie intégrante de la protection incendie des bâtiments.


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