19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 03/1988

«Quand ça arrive, tout va très vite...»

par Pascal Zähner

Depuis le 14 février 1988, la vie du directeur de l'hôtel International de Zurich a changé. Qu'ai-je fait, que n'ai-je pas fait, comment aurais-je pu éviter que le feu, pire ennemi de l'hôtelier, ne vienne s’attaquer à mes murs et à mes clients? Ces questions, Monsieur V. Winiker se les est posées des milliers de fois depuis l'incendie qui a ravagé un étage de son hôtel sans y trouver de réponse. Il ne méritait pas ça. Qu'un vieux palace mal équipé connaisse des problèmes, à la rigueur, mais l'Hôtel International de la chaîne Swissôtel, ce cinq étoiles de 700 lits construit en 1970 et répondant & toutes les normes de sécurité en vigueur à l'époque, impensable. Pourtant, en ce dimanche d'hiver, à la suite d'une imprudence d'un employé, six personnes ont péri asphyxiées au 24e étage dans le restaurant panoramique de l'hôtel.

Les traits tirés, le visage marqué par les nuits sans sommeil, deux mois après la tragédie Monsieur Winiker n'arrive pas à accepter la dure réalité. Il parle par bribes, esquisse de vagues sourires, il cherche, il ne comprend toujours pas. «J'étais au Portugal le jour du drame, j'avais quitté Zurich la veille pour deux semaines de vacances avec ma famille» dit-il «j'aurais voulu être là le jour de l’incendie.., et après tout, non, j'aurais certainement agi de manière inconsidérée pour sauver ce qu'il y avait à sauver.»
Les mains crispées, le regard évasif Monsieur Winiker explique les causes de l'incendie: «Les consignes étaient très strictes concernant les réchauds. Les employés avaient l'obligation de les remplir dans un local prévu à cet effet à un étage inférieur. Ce jour-là, un employé a envoyé une fille chercher un bidon de 5 litres d'alcool à brûler et a rempli un réchaud dans une annexe de service du restaurant panoramique... Désormais l'alcool à brûler est interdit dans l’hôtel et je conseille à tous les hôteliers d'en faire autant. Vous savez quand ça arrive, tout va très vite l’être humain a ses limites.»
«L’incendie aurait pu avoir des conséquences moins graves » dit Monsieur Winiker «si les quatre clients n’étaient pas revenus sur leurs pas pour aller chercher le sac à main de l'un d'eux. Une femme de 85 ans est sortie à temps sans aucun problème! Parmi les membres du personnel, certains ont très bien réagi, alors que d'autres ont complètement paniqué et ont quittés les lieux au plus vite, sans s'inquiéter de quoi que ce soit. L'évacuation de l'hôtel s'est, par contre, fait dans le calme » précise Monsieur Winiker.
Ce drame nous a appris des choses que tout hôtelier devrait connaître sans avoir à passer par les circonstances que nous avons connues» dit Monsieur Winiker. «D'abord il faut commencer par prendre la sécurité très au sérieux. Le cahier des charges de chaque employé doit comprendre une partie sur la sécurité. Ensuite, il faut exercer le personnel tous les mois, à plus forte raison lorsqu’on a un taux de rotation de 70% parmi les sommeliers et le personnel de cuisine, comme c'est le cas de l'Hôtel International. Enfin, il nous faut institutionnaliser un «mode de pensée sécurité». A cet égard, les écoles ont un rôle important à jouer. Il est impératif qu'elles mettent l'accent sur tous les problèmes de sécurité auxquels un hôtel peut être confronté.»
 

«Je pense, d'autre part, que l'enquête établira de nombreuses erreurs de construction. L’hôtel a été construit en 1970 et il correspond parfaitement aux normes en vigueur à l'époque. L'ampleur de l'incendie nous a démontré qu'elles étaient certainement insuffisantes, sinon trop peu sévères. Il me semble incroyable qu'aujourd'hui encore de telles installations soient acceptées!» s'exclame Monsieur Winiker. «L'ascenseur feu, par exemple, n'était un ascenseur feu que de nom. Quinze minutes après le début du sinistre, il était bloqué comme les autres. Après trente minutes, les pompes électriques d'alimentation en eau sont tombées en panne et les pompiers n'ont tout simplement plus eu d'eau...»
«J'assumais moi-même la responsabilité de la sécurité, or aujourd'hui, j'approuve l'attitude de la police qui demande qu'un tel poste soit occupé par une personne différente, qui soit en rapport avec la police et puisse prendre des décisions de manière indépendante.»
«Nous ne manquions pas de bonne volonté, l'année dernière, la police nous a demandé d'installer pour 300 000 francs suisses de détecteurs, nous l'avons fait. Maintenant, nous allons installer des sprinklers un peu partout, dans les étages souterrains, au rez-de-chaussée, au premier et des détecteurs viendront équiper tous les couloirs et toutes les chambres. Les circonstances nous ont ouvert les yeux.»
L'enquête qui permettra de définir les responsabilités promet d'être longue et pourrait conduire à l'introduction de normes de sécurité plus sévères dans le canton de Zurich. Au 24e étage de l'Hôtel International les ouvriers dégagent les derniers gravas et un nouveau restaurant ouvrira bientôt ses portes. «En dehors des pertes d'exploitation du restaurant, l'incendie a eu beaucoup moins de retombées négatives que nous ne l'avions pensé» dit en conclusion Monsieur Winiker «les deux semaines qui ont suivi étaient très calmes, certains clients ont annulé leur réservation, mais le taux d'occupation de cette année ne devrait pas baisser de plus de 3 à 5 % et l'année prochaine devrait être une année normale.»


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