19 Octobre 2016  |  Incendie
Publié dans Hotel Security Worldwide 01/1987

Toutes les 34 heures... le feu menace un hôtel!

par W. G. Peissard*

En 1980, selon des statistiques officielles, un incendie s'est déclaré dans un hôtel dans le monde toutes les 34 heures. Bien que les dommages causés varient de cas en cas et que le nombre des victimes, heureusement, est relativement faible, la fréquence du risque introduit un élément d'insécurité dans un secteur qui bénéficiait jusqu'alors d'une confiance quasiment illimitée envers les risques d'incendie.

Le risque et ses causes
Le feu est malheureusement une réalité à laquelle il faut faire face. De tous les incendies dans les hôtels. 37,6 % prennent naissance dans les chambres d'hôtes, 31,2 % dans les locaux accessibles à tous, 17,9 % dans les cuisines et chambres d'entreposage, 6.1% dans les zones de service et les alentours de l'hôtel et 5,2 % dans les locaux techniques. Les causes de ces incendies difficiles à définir et un certain nombre d'impondérables doivent être pris en considération: des clients peu familiers des lieux, des changements fréquents de personnel, un manque de prudence, I’indifférence, la nonchalance: 40,7 % des incendies sont dus aux cigarettes! Quant aux autres causes d'incendies, les statistiques sont également catégoriques: 16,6 % sont dus à des installations ou appareils électriques défectueux, 13,1 % à des interventions criminelles, 6,2 % à la cuisine, 6,2 % aux équipements techniques et 17,2 % à des causes diverses. Ces statistiques sont suffisantes pour donner à réfléchir aux hôteliers et aux clients.

La responsabilité du client: où commence-t-elle, où finit-elle?
Point n'est besoin d'être non-fumeur pour condamner la distraction et l'insouciance de certains clients qui jettent leurs allumettes ou leurs mégots à peine éteints dans la corbeille à papier ou qui s'endorment avec leur cigarette entre les doigts. De nombreux incendies sont aussi dus à l'emploi d'appareils de chauffage, de réchauds, de sèche-cheveux et autres que l'on a oubliés de déclencher.
Mais, il ne suffit pas que le client prenne garde à sa propre sécurité. Il doit aussi signaler à la direction toutes les défectuosités qu'il constate.
Une autre mesure importante est d'être bien informé : «Lors du choix de son h6tel, le client doit demander s'il existe une installation de détection-incendie ».
Aux Etats-Unis, la National Fire Protection Association (NFPA) a établi que si la découverte de l'incendie et l'alerte des pompiers étaient retardés, le nombre des victimes était cinq fois et l'importance des dégâts huit fois plus élevés.
Immédiatement après son arrivée à l'hôtel, le client doit s'enquérir de la façon dont les hôtes sont alarmés en cas de danger et comment il peut déclencher lui-même l'alarme (fig. 1). Il ne devrait pas se gêner de poser de telles questions; de leur réponse peut dépendre sa propre sécurité et celle des autres clients.
 

Fig. 1. Les problèmes commencent la où les pompiers n'arrivent pas à temps.
 
Dès qu'il s'est installé dans sa chambre, le client doit se familiariser avec les sorties de secours, les chemins de fuite et leurs caractéristiques particulières. En effet, dans la fumée ou en cas de coupure de courant, il ne pourra souvent trouver son chemin qu'en tâtonnant.
En ce qui concerne le comportement à suivre en cas d'incendie, il faut se référer aux directives affichées dans la plupart des chambres d'hôtels.

Comment accroître la protection-incendie?
Le premier souci d'un hôtelier est certainement le confort et la sécurité de ses clients. Les meilleures recommandations sont certainement celles qui passent de bouche à oreille. Et pourtant, le risque d'incendie est comme une épée de Damoclès et l'enjeu est énorme : il ne s'agit pas seulement de la sécurité de ses clients et de son personnel, mais il y va de sa propre existence.
Ceci est particulièrement vrai s'il y a des victimes et des blessés. Les frais de remise en état ou de reconstruction coûte généralement bien davantage que ce qu'il peut toucher de son assurance, sans parler du manque à gagner, des coûts d'exploitation et d'assurance plus élevés.

Quelles mesures prendre?
Une étude menée par la chaîne des hôtels Sheraton et l'entreprise suisse de sécurité Cerberus sur l'évolution du risque d'incendie dans les hôtels a abouti à des conclusions et des recommandations intéressantes pour tous les hôteliers. Si certaines d'entre elles sont bien connues des responsables de la sécurité, d'autres apportent quelques lumières sur les mesures et stratégies nécessaires pour contrer cette menace croissante.
Considérant que la situation varie fortement d'un h5tel à un autre à travers le monde, il est pratiquement impossible de faire des recommandations globales valables pour tous. Une étude préalable, minutieuse, doit être faite pour chaque cas. Dans de nombreux pays, il est possible de s'assurer les services de conseillers neutres et compétents. Ces spécialistes sont en mesure de mettre le doigt sur les points faibles et de fixer correctement les priorités.
Les mesures à prendre se répartissent en trois catégories principales.
 
Fig. 2. A gauche: grâce l’installation de détection automatique, la porte coupe-feu se ferme d’elle-même et empêche la propagation de la fumée (pour autant que personne ne l’ait bloquée!): à droite: dans les bâtiments anciens, une deuxième voie de secours n’est souvent réalisable qu'à l'extérieur: une solution possible.
 
Mesures architecturales
L'analyse montre que la propagation rapide du feu, une fois l’incendie déclaré, est pour une bonne part, fonction des dispositions architecturales de hôtel.
Pour cette raison, il est recommandé que le bâtiment soit autant que possible subdivisé en plusieurs zones coupe-feu, en fonction de sa grandeur. Le principal objectif est d'empêcher la propagation du feu d'un étage à un autre, voire d'une zone à l'autre.
On sait par expérience que les cages d'escalier et d'ascenseur, les gaines de ventilation et de climatisation, les conduits techniques et autres contribuent énormément à la propagation de la fumée et du feu vers les zones voisines. Il est donc essentiel que ces zones soient conçues comme coupe-feu et comportent des obturations à l'épreuve du feu.
Les sections coupe-feu, les voies et escaliers de secours doivent être équipés de portes à fermeture automatique étanches à la fumée et actionnées dès que se manifestent des produits de combustion (fumées, aérosols, etc.) et non seulement en présence de flammes et de chaleur. Les chemins de fuite et les sorties de secours devraient de préférence être marqués juste au-dessus du sol. Les lampes de secours devraient également être placées assez bas pour qu'elles restent visibles même dans un corridor rempli de fumée.

Mesures d'exploitation et d'organisation
Lorsque les mesures architecturales adéquates ont été prises, des mesures d'exploitation et d'organisation doivent être mises en place pour empêcher qu'un feu se déclare. Dans le cas de hôtel, il y a certaines limites dans ce sens que tant les hôtes que le personnel désirent pouvoir fumer, avoir des chambres correctement chauffées et jouir du confort.
Des directives propres à assurer la sécurité sont indispensables. Elles ne doivent pas être un alibi pour ne pas respecter l’exécution des prescriptions anti-incendie. Des contrôles périodiques sont indispensables, non seulement dans les chambres, mais aussi dans toutes les dépendances de hôtel: locaux du personnel et d'exploitation, lingerie, cuisines, locaux ouverts au public, etc, L'entretien des installations électriques et autres fait également partie des tâches d'exploitation. Elles nécessitent, elles aussi, un contrôle régulier.

Mesures complémentaires
Les mesures architecturales, d'exploitation et d'organisation ne sont pas suffisantes en elles-mêmes. Elles doivent généralement être complétées par des équipements techniques auxiliaires (fig. 2). Une protection efficace contre le feu comprend trois aspects: éviter les incendies (y compris l’information adéquate), la prévention active et la lutte contre le feu. Chaque h6tel devrait être équipé d'équipements d'extinction manuels ou automatiques facilement accessibles et marqués correctement (fig. 3). L'efficacité d'un système dépend largement de sa sensibilité et de son temps de réaction. Un système d'alarme doit être d'un fonctionnement totalement sûr, instantané ; l'alarme doit être déclenchée au bon endroit.
 

Fig. 3. Lorsqu'on a besoin d'un extincteur, c'est aussi le dernier moment pour appeler les pompiers. Un téléphone à proximité de l’extincteur n'est pas superflu.
 

Conséquence d'une détection-incendie et d'une alarme tardive ou rapide dans les hôtels.


Détection automatique
Il est difficilement pensable, considérant la pénurie et les coûts du personnel, d'assurer une surveillance humaine 24 heures sur 24. Un système fiable de détection et de contrôle automatique est donc indispensable. L'investissement en vaut la peine (fig. 4).
Considérant la durée de vie élevée de la plupart des équipements, il est amorti assez rapidement grâce à la sécurité additionnelle et aux coûts d'exploitation plus faibles. Une fois de plus, la vitesse est un élément clé. Une autre statistique de la NFPA le démontre (tableau). Ces chiffres sont assez éloquents par eux-mêmes.
 
Fig. 4. L'alarme sélective ou générale des clients est une nécessité absolue. Des dispositifs tels que la radio peuvent résoudre le problème de façon élégante.
 


* Technical Editor, Cerberus Ltd.


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