19 Octobre 2016  |  Vol
Publié dans Hotel Security Worldwide 02/1987

La fraude et les criminels à la carte de crédit

par Stephen E. Garmon*

L'escroquerie à l'aide de cartes de crédit sévit aux USA avec une telle ampleur qu'elle menace d'en ébranler l'économie nationale. Stephen Garmon, des Services Secrets américains, décrit le mode d'action des malfaiteurs et montre comment le reste du monde peut gagner la bataille contre les escrocs à la carte de crédit.

On estime qu'il y a actuellement plus d'un milliard de cartes de crédit en circulation dans le monde entier; les trois quarts ont été émis aux USA.
Le taux de croissance des escroqueries à la carte de crédit, ainsi que le montant des pertes, sont inquiétants. Une grande société américaine a déclaré qu'avant 1978, ses pertes dues aux contrefaçons de cartes n'excédaient pas $25 000 par an. Récemment, la même société a déclaré des pertes supérieures à $105 millions - un reflet du problème en face duquel cette industrie se trouve.
Au début des années 70, l'industrie américaine des cartes de crédit faisait ses premières expériences de pertes substantielles dues aux escroqueries à la carte de crédit. La plus grande partie des fraudes impliquant la contrefaçon de cartes, ses portes-parole s'étaient alors rapprochés des Services Secrets pour leur demander assistance, une initiative totalement compatible avec la mission d'investigation historique de ces Services.
Nous allons nous concentrer sur deux des principaux types d'escroquerie sur le marché des cartes de crédit: l'usage frauduleux de numéros de comptes, l'usage et la fabrication de fausses cartes.
 
La fraude aux numéros de comptes
L'usage frauduleux de numéros de comptes englobe une grande variété de types d'escroquerie, en particulier dans les domaines de la vente par téléphone (télémarketing), de la vente de billets d'avion et de l'utilisation des réseaux de télécommunications, Ce sont des activités pour lesquelles seul le numéro de compte est exigé et non la carte de crédit elle-même. Les variations sur ce genre de crimes semblent sans fin : leur nombre augmente tous les jours.
 
Fig. 1. Un agent, des Services Secrets examine une carte de crédit suspecte.
 
La vente par téléphone est le domaine dans lequel ce genre d'escroquerie est le plus répandu. Ce n'est pas surprenant si l'on considère la croissance remarquable de cette industrie aux USA où le total des ventes dépasse 100 milliards de dollars par année.
L'industrie «régulière» de télémarketing est menacée par une «clientèle» qui commande des marchandises en utilisant, par exemple, des numéros de compte de cartes de crédit volées. Ces commandes sont généralement livrées à des adresses temporaires. Dès qu'il a reçu la marchandise, le «client» disparaît immédiatement.
Les pertes les plus importantes dans ce domaine, au détriment de particuliers, de banques et de sociétés de cartes de crédits, sont toutefois l'oeuvre de commerçants malhonnêtes. Ces derniers se procurent d'authentiques numéros de compte à l'occasion de ventes «normales».
Ils s'en servent ensuite pour établir des fausses factures qui seront créditées sur leur compte bancaire. Il ne leur reste plus qu'à s'évanouir dans la naturel!
 
Les contrefaçons
En 1985, les Services Secrets ont concentré leurs efforts sur l'usage et la fabrication de contrefaçons, Actuellement, la contrefaçon de cartes de crédit est en déclin aux Etats-Unis (les pertes dues aux contrefaçons ont diminué de 65%), Ce déclin est attribué à trois facteurs: l'impact positif de la législation fédérale, les efforts coordonnés des autorités fédérales et locales, les mesures qui rendent la contrefaçon des cartes beaucoup plus difficile.
 
Fig. 2. Comparaison de cartes de crédit.
 
Il n'en reste pas moins, qu'actuellement la contrefaçon de cartes existe toujours et qu'un nombre important d'escroqueries continuent de se faire avec des cartes modifiées. Ces contrefaçons sont le plus souvent réalisées par sérigraphie, lithographie offset ou par une combinaison des deux procédés.
Les quatre composantes de base d'une carte de crédit sont la piste magnétique, la signature, l'étampage et l'hologramme. Les pistes magnétiques peuvent être contrefaites en utilisant un morceau de bande magnétique prélevée sur une cassette son ou vidéo, fixé avec de l'adhésif ou un processus à chaud.
La zone de signature peut être «peinte» à l'aide d'une teinture latex et d'un stencil ou en laminant un bout de bande à chaud par dessus. Même les hologrammes ne sont pas inaltérables.
La modification des cartes plastiques est relativement simple. Les parties étampées ne sont qu'un élément de sécurité partiel. En effet, le matériel PVC a une mémoire dite de forme. Ainsi, en chauffant un peu la carte et en appliquant une faible pression sur les caractères étampés d'une vraie carte en plastique ces derniers s’aplatissent et s'effacent. Comme le plastique ne peut pas retourner complètement à son état original, des images résiduelles de l’étampage de base restent heureusement apparentes et permettent d'identifier une carte modifiée.
 
Les techniques d'investigation
Même si la fraude à l'aide de cartes de crédit est une forme moderne de criminalité, tes techniques d'investigation traditionnelles sont efficaces pour la combattre.
Comme dans de nombreux domaines les expertises légales et les analyses de laboratoire sont des facteurs d'investigation importants. Un dossier de référence est constitué. Il comprend une série d'échantillons de plastiques, de modèles d'étampages, de modèles de laminages et de cartes de crédit réelles. Un dossier de spécimens comprend, lui, tous les échantillons représentatifs des cartes en question. Ces deux dossiers offrent les bases nécessaires pour des analyses comparatives.
Les Services Secrets utilisent des systèmes sophistiqués, par exemple pour comparer les stries ou les rayures laissées sur les bords des cartes par les machines de découpage ou pour comparer les étampages de cartes contrefaites ou modifiées par rapport à une étampeuse. La composition organique et inorganique des encres et peintures utilisées, ainsi que des plastiques, peut être déterminée et comparée par rapport aux standards des cartes connues.
 
Fig. 3. Comparaison entre un spécimen et une carte suspecte.
 
Des comparaisons peuvent également être faites au niveau de défauts d'impression - qui peuvent apparaître sous forme de points, de lignes déplacées, de lignes interrompues, etc, Des empreintes digitales, claires ou latentes, peuvent #.tre relevées sur les presses d'impression, sur les cartes ou leurs composants, ainsi que sur les équipements de fabrication.
 
Conclusion
La contrefaçon de cartes de crédit reste une grande préoccupation et ceci sur le plan mondial, Tant que tous les émetteurs de cartes n'adopteront pas des formats et des dispositifs plus sûrs, cette forme de fraude persistera.
L'industrie des cartes de crédit travaille assidûment pour améliorer et garantir l'intégrité de leurs produits. Des filigranes magnétiques pour remplacer les bandes magnétiques, des «smart cards» ou cartes à puces, sont deux des techniques qui sont actuellement testées dans un certain nombre de marchés sélectionnés.
Cette menace envers l'économie mondiale ne pourra être enrayée qu'avec la coopération de tous les pays du monde et le soutien des institutions chargées de l'application des lois.
 
NDLR : Cet article est une version raccourcie de l'original qui a été publié pour la première fois dans « International Security Review» (GB).
 
 

* A propos de l'auteur: Officier des Services Secrets tort de plus clé 22 ans d'expérience en matière de protection et d’enquêtes criminelles. Stephen E. Garmon a été directeur adjoint du Bureau des Opérations de Protection avant sa nomination au poste de directeur suppléant des Services Secrets américains le 27 mars 1987.


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