19 Octobre 2016  |  Sécurité
Publié dans Hotel Security Worldwide 05/1989

Hôtels: l'exemple asiatique

par Nancy Cockerell

A quelques évidentes exceptions près, les hôteliers d'Asie sont très soucieux de sécurité. La raison en est souvent attribuée au fait que bon nombre d'établissements sont gérés par des chaînes hôtelières internationales qui s'imposent des standards de sécurité très élevés au niveau mondial. Mais les législations gouvernementales sont aussi devenues plus strictes au cours de ces dernières années.

A Bangkok, tes clients d'hôtel devraient - au moins sur le papier- être bien protégés de l'incendie, puisque les règlements officiels exigent un poste d'alarme à chaque étage, ainsi qu'un extincteur et un tuyau d'incendie pour chaque centaine de mètres carrés de bâtiment.
Sont stipulés: des portes anti-feu et anti-fumée, des voies de secours extérieures (dont plusieurs hôtels sont néanmoins dépourvus) pour quitter les lieux en cas d'urgence, un éclairage automatique, des plans d'évacuation dans chaque chambre et des autocollants indiquant le numéro des pompiers (199) sur chaque téléphone. Les hôtels doivent également entraîner leur propre équipe de lutte anti-incendie.
Les nouveaux hôtels de Hong Kong doivent posséder des sprinklers dans tout l'immeuble et des systèmes automatiques de détection d'incendie dans les chambres. Les autres parties du bâtiment doivent être dotées de portes anti-fumée, de prises d'eau, de tuyaux sur enrouleur et de signaux d'alarme manuels liés aux signaux automatiques. Tous les systèmes de détection doivent en outre être connectés au central des pompiers. Bien que ces règles n'aient pas de force rétroactive (et donc que les hôtels plus anciens ne soient pas obligés de s'y plier), les pompiers estiment que la majorité des établissements respectent ce qu'elles préconisent.
 
Un des hôtels préférés dans le monde: l'hôtel Regent, Hong Kong.
 
 
Les normes anti-incendie au Japon, renforcées en 1981, sont très strictes, bien que leur mise effective en vigueur soit une autre question. Les respecter semble une affaire de conscience professionnelle des propriétaires et gérants. Mais depuis l'Incendie du New Japan Hotel au début des années 80, un système de «label d'approbation» a été introduit, tandis que la liste des hôtels se trouvant au-dessous des normes était publiée. La vitesse avec laquelle, depuis, des incendies mineurs ont été maîtrisés dans des hôtels paraît indiquer que la leçon a porté...
La réglementation anti-incendie en Corée du Sud est très sévère, à la suite d'un sinistre d'hôtel au début des années 70, qui tua plus de 70 personnes. Toutes les chambres disposent de lampes d'alarme à flash et de masques à fumée; celles du huitième étage et des étages inférieurs sont dotées de glissières d'évacuation, auxquelles s'ajoutent des treuils et d'autres dispositifs.
Manille détient un triste record d'incendies d'hôtels. De 1984 au début de 1985, pas moins de six sinistres ôtèrent la vie à 42 personnes au total Les hôtels cinq-étoffes indépendants ou appartenant à une chaîne, eux au moins, ont renforcé depuis lors leurs mesures de sécurité, pour la protection de leur hôtes et pour préserver leur réputation.
A Singapour, le Service du Feu effectue deux fois par an une Inspection pour vérifier que les sorties de secours ne soient pas obstruées, que les ascenseurs d'incendie fonctionnent et que les autres règles soient bien respectées. Tous les hôtels construits en hauteur doivent posséder deux escaliers d'évacuation, des tuyaux d'incendie et des détecteurs de fumée ou de feu installé à chaque étage, connectés au poste de pompiers le plus proche. Ces précautions ont porté leurs fruits, puisque les incendies d'hôtels sont inconnus à Singapour.
Mais si la sécurité des bâtiments semble satisfaisante, qu'en est-llde celle des personnes?
 
Vue de Singapour
 
 
Mini-enquête sur la sécurité hôtelière à Singapour
Une mini-enquête effectuée récemment à Singapour par Hotel Security Worldwide en collaboration avec le magazine de Hong Kong «Business Traveller» a démontré que la sécurité est un souci permanent pour les hôteliers. «Les hôtels sont des lieux où l'on cultive l’hospitalité. Et une sécurité étroite est inhospitalière!», se plaint un directeur général d'hôtel «Nous n'avons pas beaucoup de chances d'empêcher les crimes prémédités et bien préparés. Nous cherchons évidemment à décourager les malfaiteurs, mais ne pouvons totalement nous garantir contre leurs méfaits». Souvent, les hôtes eux-mêmes sont la principale source de tracas en matière de sécurité. Le fait que le client, surtout dans l’hôtellerie, ait toujours raison (même s'il a souvent tort!) rend difficile la vie des responsables de sécurité.
C'est à qui va sortir de l'hôtel en laissant pendre de sa poche la clé de sa chambre, à qui va contourner le dispositif de sécurité pour faire entrer subrepticement une callgirl dans sa chambre, à qui va reprocher à l'hôtel la disparition, le matin suivant, de son portefeuille, de son passeport et de sa montre en or, à qui refusera de se donner la peine d'utiliser le mini-coffre proposé par tout bon hôtel et demandera ensuite le dédommagement de la perte de son appareil-photo flambant neuf, disparu de sa chambre…
 
 
Singapour présente un danger spécifique: les boissons «assaisonnées». Plusieurs fois par an, apparemment, un client d'hôtel emmène une femme de rencontre dans sa chambre, où sa conquête verse un soporifique dans son verre. Lorsque le «pauvre» client se réveille, son portefeuille et ses biens ont disparu avec la femme en question.
Les hôteliers de Singapour expliquent qu'ils doivent bien sûr observer une certaine discrétion quant aux visiteurs (euses) invité(e)s dans des chambres, mais que sinon, la sécurité est stricte. Dans de nombreux hôtels, des gardes surveillent les entrées, mais les parkings en sous-sol peuvent être des points faibles, offrant un accès facile au bâtiment. Une fois introduites à l’intérieur, les personnes étrangères risquent peu d'être repérées.
La question se pose différemment pour les dames asiatiques. Au cours des cinq Jours de cette enquête, au moins cinq séduisantes épouses de délégués à une conférence à Raffles City furent poliment Interrogées dans le hall de leur hôtel. Elles étaient évidemment toutes des clientes authentiques de l’hôtel et furent un peu vexées d’être prises pour des «dames de la nuit». Mais peut-être vaut-il mieux, pour les hôtels, trop penser à la sécurité que pas assez.
 
Holiday Inn, Guilin/Gwellin.
 
 
La plupart des vingt meilleurs hôtels de Singapour utilisent toujours des clés traditionnelles, tandis que certains, comme le Goodwood Park, le Hilton, le Hyatt, le Pan Pacific et les Sheraton Towers, sont dotés de cartes-clés. Le Westin Stamford et le Plaza, de même que le Holiday Inn Park View, ont choisi le système Marlock, qui est en installation au Royal Holiday Inn. Le Marina Mandarin possède des serrures programmables munies de clés traditionnelles. Les hôtels sont généralement fermes en ce qui concerne les appels téléphoniques, refusant de donner le numéro de chambre d'un client et demandant au correspondant le nom dudit client avant de passer l’appel. Mais il y a des exceptions. Bien que n'appartenant pas exactement à la même catégorie que la plupart des hôtels concernés par notre mini-enquête, le Peninsula Hotel de Singapour (qui n'a rien à voir avec le célèbre groupe hôtelier du même nom) laisse quelque peu à désirer en matière de sécurité des hôtes. Non seulement le personnel de réception et celui du central téléphonique fournissent-ils le numéro de chambre du client, mais encore transmettent-ils des appels non souhaités durant la nuit. Si un hôte désire vraiment un massage, il peut certainement arranger cela de lui-même (ou d'elle-même)!
 
 


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